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Appel à contribution (Ouvrage collectif)


Approche des faits de langue et de discours en amazighe, entre linguistique et littérature

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Lieu : FLSH - Saïs - Fès

Echéances:


Date limite pour soumettre une proposition : mercredi 30 septembre 2020
L'événement aura lieu à partir de : mercredi 30 septembre 2020
Responsable scientifique:Larbi MOUMOUCH


Laboratoire : Langue, Littérature, Imaginaire et Esthétique

Appel à contributions pour un ouvrage collectif

Dossier thématique : Approche des faits de langue et de discours en amazighe, entre linguistique et littérature

Argumentaire

La recherche linguistique sur l'amazighe s'est focalisée sur certains domaines plutôt que d'autres. Beaucoup de travaux ont été effectués sur la grammaire, la syntaxe, la phonétique, la phonologie, la morphologie, la lexicologie, la sémantique. D'autres domaines sont très peu représentés, la recherche tarde encore à s'y développer : la pragmatique, l'énonciation.

L'ouvrage collectif que nous proposons aujourd'hui tente de rattraper le retard accusé dans ce domaine et d'ouvrir des perspectives de recherche nouvelles.

Nul ne peut contester aujourd'hui la place et l'importance de l'énonciation dans la linguistique moderne et dans les sciences du langage. Elle constitue « l'un des apports heuristiques majeurs des sciences du langage », affirme Gian-Maria Tore(2016 :433). La distinction saussurienne entre langue et parole – cette dernière étant la « grande oubliée du structuralisme post-saussurien » (Hagège, 1984 :108) –a permis d'ouvrir une brèche dans la linguistique moderne qui prend ses distances avec l'étude immanentiste de la langue en tant que système cols sur lui-même. Le mérite est ainsi reconnu à Benveniste : « Sa contribution fondamentale consistait à précipiter la fin de l'immanentisme en prenant pour position ontologique radicale d'envisager le réel du langage et de l'insérer dans l'appareil théorique » (Sungdo Kim, 1997). L'intérêt portera désormais sur le discours et sur la situation d'énonciation, en ramenant le sujet au cœur de la problématique linguistique : « L'énonciation est cette mise en fonctionnement de la langue par un acte individuel d'utilisation », cet acte individuel « introduit d'abord le locuteur comme paramètre dans les conditions nécessaires à l'énonciation. Avant l'énonciation, la langue n'est que la possibilité de la langue. Après l'énonciation, la langue est effectuée en une instance de discours qui émane d'un locuteur (Benveniste, 1974 : 80-81).

En abordant les discours ordinaires, médiatiques, littéraires, la linguistique de l'énonciation voit son objet d'étude s'élargir, s'enrichir, et s'orienter vers des questions plus larges, favorisant ainsi l'émergence d'approches et d'analyses diversifiées. A ce propos, Maingueneau (1999 : 3) affirme : « Le domaine de l'énonciation s'est considérablement agrandi depuis les réflexions programmatiques de Benveniste et Jakobson à la fin des années 50, et l'on se trouve aujourd'hui devant un champ de recherches vaste et actif ». De ce fait, l'énonciation, loin de se réduire à une notion ou même à une théorie applicable, constitue un « riche éventail de pistes de recherches, un bouquet de possibilités, distinctes et voisines, d'appréhender les faits de langage, dans leur amplitude et épaisseur » (Gian-Maria Tore, 2016 :434).

Marquant le retour de la subjectivité (le sujet parlant) dans le langage, le sujet devient « sa propre énonciation, son historicité, sa temporalité » (Meschonnic, 1995 : 49). De ce fait, l'énonciation aborde les marques de cette subjectivité, les modes d'inscription du sujet parlant dans son discours, les traces linguistiques égocentriques, dites déictiques ou embrayeurs, l'hétérogénéité linguistique, lapolyphonie, la prise en charge des discours et des points de vue, la deixis littéraire et les divergences énonciatives.

Aborder les problématiques de l'énonciation dans le domaine de l'amazighe, c'est formuler l'ambition d'une description générale des faits énonciatifs qui se manifestent en langue (déictiques personnels, marqueurs temporels, démonstratifs, verbes de mouvement, temporalité des thèmes verbaux, etc.). Il s'agit ainsi de procéder à une analyse énonciative, qui dépasse les traditionnelles analyses grammaticales. Dans ce sens, il sera utile de procéder, dans la langue amazighe, à un inventaire des marques grammaticales sui-référentielles, des formes spatiales déictiques, des marqueurs temporels déictiques et anaphoriques, de la valeur déictique ou anaphorique des démonstratifs et des particules d'orientation spatiale, du classement des verbes foncièrement déictiques, etc.

Mais les phénomènes énonciatifs ne s'actualisent réellement que dans le discours. Et le discours littéraire en est une parfaite illustration. La linguistique de l'énonciation a largement renouvelé les outils d'analyse du texte littéraire et le « texte » littéraire a longtemps constitué empiriquement une sorte de pépinière qui fournit au linguiste de nombreux faits discursifs que l'analyse énonciative se prévaut d'être la seule capable d'éclairer. Citons encore une fois Maingueneau : « Quand on réfléchit en termes d'énonciation, on a accès à des phénomènes linguistiques d'une grande finesse (modalités, discours rapporté, polyphonie, temporalité, détermination nominale, méta-énonciation...) où se mêlent étroitement la référence au monde et l'inscription de l'énonciateur dans son propre discours. »

Le discours littéraire se démarque nettement du discours ordinaire, objet privilégié de l'énonciation. En effet, le discours littéraire est une « pseudo-énonciation » où le sujet parlant ne réfère pas obligatoirement au producteur réel de l'énoncé-texte littéraire. Il a cette particularité que « son énoncé se fonde sur un dédoublement du plan de l'énonciation » (Van Den Heuvel, 1999), d'où une double deixis, une double référentialité, externe et interne, la référentialité interne étant plus visible, plus saisissable à travers les marques et les traces des instances narratives fictionnelles (sujet parlant, locuteur, énonciateur).

Ce sont là autant de questions qui méritent d'être mise en avant dans l'analyse des œuvres littéraires amazighes, et, au-delà des sentiers battus, d'accéder aux particularités esthétiques de cette littérature en développement.La critique et l'analyse des productions littéraires amazighes ont tout à gagner en développant ces possibilités d'interprétation pour appréhender autrement la signification de ces textes. C'est là aussi une opportunité importante pour donner de nouvelles orientations dans les études littéraires amazighes.

En focalisant les travaux sur les questions d'énonciation en amazighe, nous invitons aussi les contributeurs à des analyses contrastives se référant à l'arabe (moderne ou dialectal), au français, à l'anglais, à l'espagnol). Ouvert au multilinguisme, l'ouvrage comprendra :

1- un volet théorique, qui sera très limité : les contributions peuvent exposer des éclairages théoriques sur la linguistique de l'énonciation, les fondements théoriques du concept d'énonciation, de la polyphonie, du dialogisme, de la modalité, de la deixis (Bakhtine, Bally, Benveniste,Bühler, Ducrot, Kerbrat-Orecchioni, Bres, Rabatel, etc.).

2- un volet descriptif et analytique, plus consistant et plus ciblé : les contributions peuvent ainsi traiter de l'un des axes suivants :

Sur le plan de la langue,

  • Les déictiques : personnes, temporels et spatiaux ;
  • Les thèmes verbaux en langue et en discours ;
  • Lesmarqueurs de modalisation : aléthique, déontique, épistémique, axiologiques ;
  • Le classement des verbes modaux ;
  • L'expression de l'évidentialité ou de médiativité ;
  • Les verbes de mouvement et ancrage énonciatif.

Sur le plan du discours, littéraire notamment :

  • Le fonctionnement des déictiques et des modalisateurs dans le discours (oral, ordinaire, médiatique ou écrit, romanesque, poétique) ;
  • Le statut du démonstratif entre deixis et anaphore ;
  • L'énonciation en poésie ;
  • La deixis littéraire dans le roman amazighe;
  • Les thèmes verbaux et leurs valeurs dans le récit ;
  • L'hétérogénéité énonciative : discours, points de vue, voix ;
  • La polyphonie dans le roman amazighe ;
  • Le dialogisme et l'intertextualité ;
  • L'analyse énonciative de l'ironie ;
  • Le statut du narrateur dans le récit en amazighe ;
  • Les particularités de l'énonciation (production et réception) des discours relevant du régime de l'oralité (conte, poésie, proverbes, etc.) ;
  • Les problèmes de la traduction des marqueurs énonciatifs.

Langues de contribution : Français, Anglais, Espagnol, Arabe,

Responsable de l'appel à contribution : Larbi MOUMOUCH

Soumission des propositions d'articles

- Les articles, ne dépassant pas les 30 000 signes (notes, espaces et bibliographie compris), sont à envoyer avant le 30 septembre 2020 à l'adresse suivante : larbi.moumouch@usmba.ac.ma

Chaque proposition devra contenir le titre de l'article, des informations sur l'auteur: Prénom et Nom suivis de l'Institution de rattachement et coordonnées électroniques, un résumé de 200 mots maximum 5 mots clés, séparés par des virgules, l'article et sa bibliographie.

Références et bibliographie

Ægidius, Adam, 2012, L'énonciation dans la poésie moderne. Approche linguistique des genres poétiques, Bruxelles, Bern, Berlin, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien, Peter Lang.

Bally, Charles, 1932, Linguistique générale et linguistique française, Paris, Leroux ; nouv. éd. Bern, Francke, 1965.

Bakhtine, Mikhaïl, 1977, Le marxisme et la philosophie du langage, Paris, Editions de Minuit.

Bakhtine, Mikhaïl, 1978, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard.

Barberis Jeanne-Marie, 2009, « Les déictiques spatiaux dans la narration romanesque : cotexte, contexte et empathie » dans Actes du colloque Représentations du sens linguistique IV. Mémoires de Société Néophilologique. Helsinki. pp. 17-30.

Benveniste, Emile, 1966, 1974,Problèmes de linguistique générale. Gallimard, Paris.

Bres, J., Haillet, P., Mellet, S., Nølke, H. et Rosier, L., 2005, Dialogisme et polyphonie: Approches linguistiques, De Boeck Supérieur, Louvain-la-Neuve, Belgique.

Cervoni, Jean, 1987, L'énonciation. PUF (coll. Linguistique nouvelle), Paris.

Colas-Blaise, Marion, Perrin, Laurent et Tore Gian, Maria (Dirs.), 2016, L'énonciation aujourd'hui, un concept clé des sciences du langage, Lambert-Lucas, Limoges.

Danon-Boileau, Laurent, 1982, Produire le fictif. Ophrys.

Ducrot, Oswald, 1972, Dire et ne pas dire, Hermann, Paris.

Ducrot, Oswald, 1982, « La notion de sujet parlant » in Recherches sur la philospohie et le langage, p. 65-93.

Ducrot, Oswald, 1984, Le dire et le dit, Minuit, Paris.

Kerbrat-Orecchioni, Catherine, 1980,L'énonciation de la subjectivité dans le langage, Armand Colin. Paris.

Kleiber, Georges, 2003, « Adjectifs démonstratifs et point de vue », dans Cahiers de praxématique, n° 41, p. 33-54.

Kleiber, Georges, 1986, « Déictiques, embrayeurs, “token-reflexives“, symboles indexicaux, etc. : comment les définir ? », L'information grammaticale, 30, pp. 3-22.

Maingueneau, Dominique, 2010,Manuel de linguistique pour les textes littéraires. Armand Colin. Paris.

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Maingueneau, Dominique, 1981, Approche de l'énonciation en linguistique française, Hachette, Paris.

Morel, Mary-Annick et Danon-Boileau, Laurent (Dirs.), 1992, La Deixis, Actes du colloque en Sorbonne des 8-9 juin 1990, PUF, Paris.

Philippe, Gilles, 2000, «Les divergences énonciatives dans les récits de fiction » dans Langue Française n°128, pp. 30-51.

Philippe, Gilles, (éd.), 1998 « L'ancrage énonciatif des récits de fiction », Langue française, 120, pp. 3-8.

Rivara, René, 2000, La langue du récit: introduction à la narratologie énonciative, L'Harmattan, Paris.

Sungdo Kim, « Benveniste et le paradigme de l'énonciation », Linx [En ligne], 9 | 1997, mis en ligne le 06 juillet 2012, consulté le 16 juin 2020. URL : http://journals.openedition.org/linx/1051

Van Den Heuvel, Pierre. “Le rôle des déictiques dans la constitution du sujet”, in Goulet, Alain (dir.), 1999, Voix, Traces, Avènement : L'écriture et son sujet, Presses universitaires de Caen, Caen, pp. 117-127, disponible sur http://books.openedition.org/puc/9927

Van Den Heuvel, Pierre, 1984, Parole, mot, silence. Pour une poétique de l'énonciation, Paris, José Corti.

Vuillaume, Marcel, 1993, « Le repérage temporel dans les textes narratifs », Langages, 27ᵉ année, 112. Temps, référence et inférence. pp. 92-105.

Weinrich, Harald, 1973, Le Temps. Paris, Le Seuil.




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