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Appel à contribution (Ouvrage collectif)


Le corps en question : langage et représentations

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Lieu : FLSH - Saïs - Fès

Echéances:


Date limite pour soumettre une proposition : mardi 1 septembre 2020
L'événement aura lieu à partir de : mardi 1 septembre 2020
Responsable scientifique:Faïza GUENNOUN HASSANI


Lors de nos interactions quotidiennes, nous avons souvent tendance à concentrer notre attention sur le contenu du message que nous délivrons. Pour autant, le message verbal ne constitue nullement l'unique source de notre communication. Chaque fois que l'on parle, le corps supplée à ce que l'on dit par des dizaines de petits gestes, de mouvements des yeux, de changements de position et d'expression. En effet, selon les chercheurs,« toute communication présente deux aspects : le contenu [ digital] et la relation [analogique], tels que le second englobe le premier et est par suite une métacommunication1 »

Pour Pierre Bourdieu, le corps est perçu comme une sorte de signe par excellence parce qu' il signifie en permanence, parfois même en dehors de toute intention signifiante de l'individu « Le corps fonctionne donc comme un langage par lequel on est parlé2 ». De même, selon Sigmund Freud « Celui dont les lèvres se taisent bavarde avec le bout de ses doigts, il se trahit par tous ses pores3 ». Roland Barthes, quant à lui, explique la relation indubitable entre le corps et le langage en ces termes : « Ce que cache mon langage, mon corps le dit. Mon corps est un enfant entêté, mon langage est un adulte très civilisé.4 »

Le corps est donc un espace communicant, il est au centre des relations humaines, sociales et culturelles. Il est l'intermédiaire entre le Moi et l'Autre. C'est un extraordinaire lieu commun qui génère un dialogue interdisciplinaire. Plusieurs domaines de recherche, dont la sémiologie,la synergologie, la narratologie, la sociologie, l'anthropologie, la psychanalyse, la philosophie ont mis à contribution afin d'expliquer ses différentes manifestations et tenter de dévoiler ses secrets. Dans ce sens, une kyrielle d'études lui ont été consacrées dont celles de Marcel Mauss,1950, « Notion de technique du corps » ; Philippe Hamon, 1972, « Le statut sémiologique du personnage » ; Francis Bertholot, 1997, « le Corps du héros. Pour une sémiologie de l 'incarnation romanesque » ; David Le Breton, 1992, « La sociologie du corps » ; Michela Marzano, 2016, « Philosophie du corps»; Eva Lévine et Patricia Tou boui, 2015, « le corps » ;Joseph Messinger, 2011, « Ces gestes qui nous trahissent»...

Joie, passion, tristesse, souffrance, mélancolie ... sont autant de sentiments qui se manifestent consciemment ou inconsciemment, à travers le langage corporel. Il n'y a rien dans l'esprit qui ne se traduise dans et par le corps, disait Wilhelm Reich ; d'où la remise en cause de la scission cartésienne entre corps et esprit prônée par Descartes. Ce qu'Antonio Damasio appelle judicieusement dans son ouvrage « L'erreur de Descartes5 » et particulièrement explicite dès que l'on se met à lire le corps, à décrypter le texte qu'il constitue et à écouter les paroles qu'il délivre. L'esprit s'inscrit donc dans le corps. In séparables, l'esprit et le corps interagissent mutuellement en un sculptural mouvement d'énergies, tissé de souffles vitaux et créé par la pensée. Toute vicissitude de l'esprit, toute modification de l' humeur et des rapports génère un impact sur le corps et sur son attitude. Le corps traduit clairement ce que le langage refuse d'énoncer; porteur de son propre sens , le corps raconte son histoire. Le trouble des sens dont est saisie Phèdre en présence d'Hippolyte en est le meilleur témoin, il transforme son corps en vecteur de communication.

« Je le vis , je rougis, je pâlis à sa vue ;

Un trouble s 'éleva dans mon âme éperdue;

Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler ;

Je sentis tout mon corps et transir et brûler6. »

La littérature, au dire de Barthes, est« incontestablement langage ». Le langage corporel constitue la face cachée de la communication littéraire en apparence dominée par le verbe. Dans le texte littéraire, le corps joue un rôle fondamental ; il constitue un langage à part entière quele lecteur est invité à observer, écouter et déchiffrer pour comprendre le silence du personnage.Le langage non verbal dont use ce dernier pour exprimer ses sentiments ou émotions peut prendre forme à travers diverses dimensions : la périverbale (proxémie), la paraverbale(prosodie), la supraverbale (signes conscients), l'infraverbale (signes non conscients) ou l'holoverbale7 (décodage du langage non verbal dans sa globalité). Un très grand nombre d'informations seront ainsi instantanément perçues et décodées, sans passer par la mise en forme de mots. Le message naît de la relation et de l'interrelation entre ces divers signaux pris ensemble et provenant de sens et de canaux différents. Ces dimensions enrichissent la communication verbale et lui confèrent du sens en la corroborant ou en l 'infirmant. Le visage,la démarche, les tics, le silence, la posture, l'occupation de l'espace ou même l'inaction peuvent refléter l'intériorité non exprimée par les mots dans le texte. Le comportement des deux protagonistes d'En Attendant Godot exprime à merveille cette incongruence entre le langage verbal et le langage corporel dans le théâtre de l'absurde :

« VLADIMIR : Alors, on y vas ?

ESTRAGON : Allons-y.

Ils ne bougent pas8 »

Le corps vient ici contredire le verbe, voir le remplacer, comme acte de langage à part entière. Le geste va se substituer au verbe pour créer un discours autonome.

Erotique, souffrant, martyrisé ou mythifié, le corps est ainsi devenu au fil du temps dans la production littéraire, quelle que soit son esthétique, un sujet incontournable. Aujourd'hui, à un moment où se développent de nouvelles manières de vivre et de s'exprimer, s' interroger sur les différentes représentations de l'imaginaire du corps s'avère plus que nécessaire. Partant du fait que tout système de communication non verbal est le produit d'une culture dont il véhicule les valeurs, ce collectif se donne pour objectif de se focaliser sur le corps, son langage et ses représentations, dans la production romanesque, poétique et dramatique, pour ainsi dévoiler sa capacité à symboliser différents aspects de la réalité à travers des pratiques (sociales,esthétiques, spirituelles . . . )

Les contributions des auteurs d'articles pourraient s'orienter vers les questions · :

- Corps et genre

- Corps public, corps privé .

- Le corps : dépendance/ indépendance par rapport à autrui

- Stéréotypes du corps

- Corps sensuel, corps pornographique

- Le corps transcendé, magnifié, béatifié, fantasmé

- Corps libre, corps enchaîné

- Le corps comme réseau de signes : cosmétiques, vestimentaires, sociaux ...

- Corps malade, blessé, violenté,

- Jeunesse/vieillesse du corps

- Corps surnaturel, fantastique

- Le corps objet/sujet

- Corps et culture

- Corps et migration

- Corps et religion

Responsable de l'appel à publication : Faïza GUENNOUN HASSANI

Langue de contribution : le français .

Modalités de contribution : Les articles d“une longueur de 10 à 15 pages en version Word etnon verrouillés (Format A4, Times New Roman, 12 pts, interligne simple, Marges : H : 5cm /B : 5cm / D : 4,5cm / G : 4,5cm / Entête : 0 / Pied de page : 4cm, alinéa : 0,5 cm,} sont à envoyer à collcorps2020@gmail.com accompagnés d ' un résumé et d 'une biobibliographie.avant le 01 septembre 2020, délai de rigueur.

1P. Watzlawick, J. Helmick-Beavin et Don D. Jackson, Une logique de la comunication, trad.de l'américain par

J. Marche, Paris. Seuil, 1972.

2Pierre Bourdieu, « Remarques provisoires sur la perception sociale du corps» in actes de la recherche en sciences

sociales, vol. 14, avril 1977.

3Sigmund Freud, Dora, 1905.

4Roland Barthes. Fragments d 'un discours amoureux. Seuil, 1977.

5A. Damasio, L 'Erreur de Descartes. la raison des émotions. M. B. M. Blanc (trad.). Paris. Odile Jacob, 2001 .

6Jean Racine, Phèdre1677.

7C'est ce à quoi s'emploie la synergologie, spécialité du décryptage du langage corporel.

8 Samuel Beckett, En attendant Godot, 1952.




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