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Appel à contribution (Ouvrage collectif)


Utopie/Dystopie ou la volonté de transformer le monde

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Lieu : Faculté des Lettes et des Sciences Humaines Saïs-Fès (Maroc)

Echéances:


Date limite pour soumettre une proposition : samedi 15 mai 2021
L'événement aura lieu à partir de : samedi 15 mai 2021
Responsable scientifique:Abdelghani EL HIMANI



Délais:

Envoi des contributions avant le 15 mai 2021.
L’adresse mail: elhimani.abdelghani@gmail.com



Université Sidi Mohamed Ben Abdellah
Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Saïs-Fès
Laboratoire de recherches « Langue, Littérature, Imaginaire et Esthétique »


PRÉSENTATION

Dans son ouvrage Idéologie et utopie, Paul Ricoeur considère l’utopie, au même titre que l’idéologie, comme un pan important de l’imaginaire collectif. En faisant référence aux travaux de Mannheim, il la définit par sa non congruence avec la réalité, par son caractère subversif dans la mesure où elle remet en cause l’ordre établi et par sa volonté déclarée de transformer la réalité en un monde meilleur.

Nous savons que certains travaux se limitent dans leur définition de l’utopie aux récits utopiques, initiés par l’ouvrage éponyme de Thomas More, et qui a donné naissance à un genre littéraire particulier. Nous ne limitons pas la portée de l’utopie à cette caractéristique générique puisqu’il est clair que l’utopie, en reniant et dépassant cette appartenance au genre narratif, s’est instillée dans d’autres types d’écrit, à savoir le théâtre (Nous pensons à la trilogie de Marivaux, par exemple), à l’essai… La preuve en est que les utopies socialistes échappent à ce carcan artificiellement imposé par certains travaux universitaires.

Par ailleurs, tout un ensemble de domaines sont également touchés par cette velléité utopique de changer le monde, d’agir sur la réalité pour la rendre parfaite, ou tout au moins meilleure. Mannheim n’hésite pas à mettre la religion du côté de l’utopie : ne part-il pas de l’utopie chiliastique pour définir l’utopie et opérer son classement. Le millénarisme, considéré par le sociologue allemand, comme l’expression la plus accomplie de l’utopie, nous incite à réanalyser certains mouvements religieux dans cette perspective ; cela remet en cause également la position marxiste qui confère à la religion une portée purement idéologique.

De plus, le concept de « Cité idéale » a imprégné bien de théories architecturales dont l’objectif principal est de permettre à l’homme de mener une vie heureuse dans l’espace urbain ; ces théories trouvent leur continuation dans ce que l’on appelle de nos jours la ville futuriste ou encore la ville intelligente.

Autant de domaines où l’utopie s’implante aisément et remet en cause la définition classique de l’utopie en tant que genre littéraire ou comme chimère impossible à réaliser. (Cf. les définitions données par les différents dictionnaires)

Mannheim insiste sur le fait que l’une des caractéristiques principales de l’utopie est bien sa projection dans le futur et sa forte prétention à la réalisabilité. En effet, toute utopie se veut réalisable et propose souvent un processus voire un programme pour qu’elle puisse se concrétiser dans le temps-espace. (Pensons aux différentes tentatives de réalisation des utopies saint-simoniennes ou encore l’expérience du Contadour de Giono, à titre d’exemples)

Cependant, nous savons que toute utopie ne peut se réaliser que par opposition à une autre. Chaque utopie contient en elle-même des éléments de contre-utopie. Mannheim insiste sur le fait que « les utopies sont nées et se sont maintenues en contre-utopies mutuellement antagonistes ». En fait, l’utopie a pour but de structurer la réalité, tout en étant en non-congruence avec elle : elle est animée par un désir dominant de transformer irrémédiablement tous les aspects de la vie ; c’est pour cela que Geertz la caractérise comme étant « un système symbolique englobant ».

Ceci nous amène à parler de la dystopie, genre qui date de la fin du 19ème siècle et qui a connu ses lettres de noblesse en critiquant amèrement le capitalisme et le communisme dans leurs manifestations les plus totalitaires. Par sa volonté de tout organiser, de tout gérer, de tout calculer – certaines utopies vont jusqu’à décider du nombre d’heures de sommeil ou de chambres à avoir dans une maison ou de l’orientation spatiale de cette dernière – l’utopie évacue complètement la liberté individuelle et réduit l’individu à un simple rouage dans la machine utopique (dystopique, dirions-nous).

L’utopie, une fois réalisée, est transformée malencontreusement en dystopie. L’individu est l’objet d’une déshumanisation avilissante : il devient un simple numéro et est réduit au statut de machine ou encore de robot. La dystopie entend tout réguler dans la vie de l’être humain qui, finalement, n’en est plus un : le désir sexuel est élagué et la procréation naturelle devient mécanique ; n’est-ce pas le comble de la chosification de l’être humain ?

Ce qui amène certains penseurs à parler de la mort de l’utopie : Mannheim lui reproche sa sclérose et sa transformation en une sorte de tableau de peinture qui empêche toute évolution ; cette régression serait due aussi à l’absence de conception globale de la réalité car cette dernière est désormais appréhendée de manière partielle et morcelée. Cette mort de l’utopie est due également, tout au long de l’histoire, à son rapprochement asymptotique de la réalité ; ne prête-t-on pas également, à ce sujet, une vision pessimiste à Cioran qui pense, tout de même, qu’aucune collectivité ne peut rester en vie sans fictions qui lui permettent de subsister en créant un imaginaire qui permet à l’homme de se projeter dans l’avenir ? C’est dans ce sens de renouvellement et de régénération de civilisations asphyxiées que René Dumont propose, dans son livre L’utopie ou la mort, de réhabiliter l’utopie afin de créer une société moins injuste et qui permettrait la survie de l’humanité. S’agit-il d’un retour à l’utopie ? Ricoeur ne croit pas non plus à la mort de l’utopie et se démarque nettement de la position exprimée par Mannheim et élargit la définition de l’utopie à toute volonté de transformer le monde.

Il s’agit donc d’interroger le concept de l’utopie et de ses corollaires, Contre-utopie/dystopie, dans leurs rapports avec les sciences humaines. Nous avons déjà fait référence à la sociologie en évoquant les travaux de Mannheim. La psychanalyse pourrait également contribuer à une analyse intéressante de l’utopie puisque certains travaux n’hésitent pas à parler de schizophrénie à son sujet.

Il n’est guère besoin de rappeler que l’utopie a été traitée par un certain nombre de philosophes. En effet, certains la font remonter jusqu’à la République de Platon. Nous pourrions aussi l’interroger à l’aune de l’esthétique : il suffit pour cela de penser aux idées des philosophes du romantisme allemand ou encore à celles de l’école de Francfort et tout particulièrement aux travaux d’Herbert Marcuse.



AXES

Nous ne pourrons pas nous étaler de manière exhaustive sur les rapports qu’entretient l’utopie avec différents champs et disciplines. Aussi, allons-nous proposer un ensemble d’axes de recherches assez riches pour permettre une multiplicité d’approches de la mouvance utopique aussi bien sur le plan théorique que sur celui de son application dà différents domaines.

Ces axes sont proposés à titre indicatif :

Utopie et utopies
Utopie, idylle, eldorado, pays de Cocagne, Paradis perdu
Utopie et robinsonnade
Utopie et dystopie
Utopie et idéologie
Utopie et modernité
Utopie, genre littéraire
Utopie et philosophie
Utopie et science humaines
Utopie et esthétique
Utopie et histoire
Utopie et politique
Utopie et religion
Utopie, idées utopiques et littérature
Utopie et architecture
Utopie et organisation sociale
Utopie, socialisme, marxisme
Vie/Mort de l’utopie
Utopie/Dystopie et Totalitarisme
L’image de l’homme dans la dystopie
Dystopie et science-fiction.



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