logo site

Le personnage kunderien :Entre la crise mnésique et la dictature de l'oubli

(publié le: 23/06/2020)Cet article a été consulté 224 fois
SENIHJI Marieme

Le personnage kunderien :Entre la crise mnésique et la dictature de l'oubli

Résumé

La problématique de la mémoire n'a cessé de susciter plusieurs écrits dans le champ de la littérature. Explorer ce domaine sombre et ésotérique de l'existence humaine, c'est se confronter à plusieurs visages de cette problématique. La mémoire suggère l'autre alternative qui est l'oubli, les deux entrent en jeu dans la construction identitaire du personnage. Dans les romans de Kundera, les configurations de la mémoire et le problème de l'oubli ne sont pas seulement des éléments de la pensée romanesque, mais s'érigent en thèmes centraux qui entretiennent des relations complexes et ambiguës avec l'Histoire collective et les intrigues personnelles.
Mots clés : mémoire, oubli, identité, pathologie, Histoire, idéologie, traumatisme, instrumentalisation, devoir.

Introduction

1Dans une Tchécoslovaquie traumatisée par les affres du régime totalitaire russe, les personnages kunderien sont confrontés aux attaques que subit leur mémoire tant individuelle que collective dans une véritable tragédie de l'oubli. En effet, la réécriture de l'Histoire par le régime politique est une forme d'oubli organisé qui hante les personnages. L'idylle totalitaire prive les gens de leur mémoire, efface le souvenir du passé et réécrit l'Histoire du point de vue du présent. Car, l'idylle est obligatoirement totale et totalitaire. Elle exige que tout le monde danse suivant une symphonie harmonieuse et n'autorise pas que les notes s'égaillent. Il s'agit donc de questionner le texte du Livre du rire et de l'oubli1 pour déceler comment l'écriture de Kundera traite la problématique de la mémoire en déconstruisant subtilement sa fiabilité. La confrontation entre l'analyse d'une mémoire défaillante et l'oubli omniprésent concourt à peindre les contours flous d'une identité qui échappe au personnage.

2L'oubli organisé qui est à relier dans ce roman avec la force de l'idéologie totalitaire n'entraine pas la perte de l'avenir mais la perte du passé individuel et collectif. Le cynisme des régimes totalitaires use de la tyrannie de l'image pour façonner une mémoire collective fragmentaire et incertaine, apte à adhérer facilement au paradis communiste d'où retentit le rire des anges. C'est ainsi que la pendaison de Clementis exige fatalement son effacement des photographies officielles qui sont dépositaires de la mémoire collective tchécoslovaque. Ce militant communiste n'est plus au service de l'idylle de l'innocence proclamée par les communistes. Aucune trace de lui ne doit venir déranger le présent politique et le paradis totalitaire. Avec une ironie acerbe qui glose la terreur du verbe, le narrateur met en perspective les deux photographies qui soulignent présence et absence de ce militant communiste. La toque de fourrure restée sur la tête de Gottwald est le seul vestige du passé enterré. La photographie devient le catalyseur d'une mémoire truquée, voire instrumentalisée. Elle sert de manipulatrice des esprits en y fixant seulement les images qui sont fidèles au mythe communiste, qui glorifient ses signes, symboles et figures. Le but étant d'écarter, voire de gommer toute représentation qui desservit l'idéologie totalitaire, qui porte atteinte à la logique rationnelle de la mémoire idyllique. Cette mémoire est ce que le philosophe Ricœur appelle la « mémoire instrumentalisée » dans sa mise en relation avec l'idéologie. En effet, Ricœur soutient que les abus de la mémoire collective résultent

3

« d'une manipulation concertée de la mémoire et de l'oubli par les détenteurs du pouvoir (…) Cette instrumentalisation s'attaque par la suite à l'oubli. Les stratégies de l'oubli se greffent directement sur un travail de configuration narrative : on peut toujours raconter autrement, en supprimant, en déplaçant les accents d'importance, en reconfigurant différemment les protagonistes de l'action, en même temps que les contours de l'action (…) Le péril majeur, au terme du parcours, est dans le maniement de l'Histoire autorisée, imposée, célébrée, commémorée – de l'Histoire officielle. La ressource du récit devient ainsi le piège, lorsque des puissances supérieures prennent la direction de cette mise en intrigue et imposent un récit canonique par voie d'intimidation ou de séduction, de peur ou de flatterie. Une forme retorse d'oubli est à l'œuvre ici »2

4On retient ainsi le lien qui existe entre idéologie et Histoire. En effet, si l'idéologie est définit par Ricœur comme une forme de distorsion de la réalité à travers la légitimation de ce qui est3, l'histoire avec ses récits et ses images est également magnifiée par la pensée idéologique. Car, toute idéologie a besoin pour s'affirmer de l'appui d'une histoire officielle qui témoigne de sa véracité et lui accorde la force de maintenir ses représentations factices et illusoires. Le régime totalitaire opère une sélection permanente dans le récit de l'histoire canonique pour le reconfigurer. Il est des épisodes qui sont mis en premier plan, toujours chantés et glorifiés pour qu'ils restent fixés dans la mémoire, et il en est d'autres qui sont victimes d'un oubli historique et total car leur simple évocation constitue une tache qui perturbe les échos du rire angélique et annihile son effet. Ricœur souligne ainsi le danger que court l'Histoire officielle dans les pays régis par le totalitarisme. L'Histoire n'est pas une succession d'événements relatés objectivement, mais une représentation glorifiante et factice du régime politique en place avec ses symboles, ses rites et ses figures. La mémoire collective et individuelle ne retient pas ce qui est ou ce qui était, mais les choses telles que le régime veut qu'elles soient. Elle devient donc un simple instrument qui confirme continuellement l'existence d'une seule et unique Vérité totale et totalitaire qu'il est impossible de critiquer, de questionner ou d'analyser. Cette dénonciation de l'instrumentalisation de la mémoire par le politique est fréquente dans le roman kunderien. L'Histoire officielle est façonnée ingénieusement de façon à ce que les épisodes qui ne sont pas au service de l'idylle organisée se trouvent écartés. Il s'agit donc de la reconstruction et de la réécriture permanente d'une Histoire idyllique qui méconnait les échecs et refuse de voir en arrière ou de se remettre en question. La mémoire imposée par le politique se veut une mémoire de l'illusion, un ensemble d'images magnifiées qui défilent sans cesse dans le chant festif de l'idylle de l'innocence, dans la ronde des enfants du communisme qui chantent sans cesse la gloire d'un idéal, qui repoussent la réalité pour protéger une seule Vérité absolue, celle d'un régime qui promeut l'idylle de justice pour tous, qui méconnait la plaisanterie au profit du rire sérieux de l'ange . Kundera appelle « rire de l'ange » le rire qui retentit du paradis communiste, qui vient chanter le bien être des hommes et leur plein accord avec l'Histoire, il est le rire qui reconnait une seule et unique vérité et refuse le pluriel ou les perspectives. Ce rire est en opposition avec le rire du diable que kundera rattache fortement à une prise de distance par rapport à l'idylle commune, à une voix dérangeante qui déconcerte la vérité consacrée et refuse d'adhérer servilement au paradis angélique. On retrouve ce type de rire dans l'écriture kunderienne qui se teinte d'ironie pour inviter le lecteur à penser avec le roman, à émettre le rire du diable privilégié par le romancier.

5Le régime tente de gommer toute contradiction avec le passé. Il annihile les vestiges du passé et impose le silence à ceux qui s'en souviennent. Le régime fait taire les opposants ou les exile afin que l'harmonie factice de son monde reste intacte. L'invasion de Prague, si elle est un événement majeur dans l'histoire de la Tchécoslovaquie communiste qui souligne le visage noir du totalitarisme russe, est aussi l'événement effacé de la mémoire collective car portant atteinte au visage lumineux d'une « belle histoire ». L'épisode historique qui correspond à l'écrasement du printemps de Prague, étant un événement traumatique inscrit fortement dans une mémoire blessée d'un pays dépiécé, ne résiste pas aux forces de l'effacement que mobilise le totalitarisme, il devient, selon l'image kunderienne, une faute qu'on a effacé d'un devoir d'écolier. Le roman kunderien est représentatif de cette rapide force de l'oubli qui constitue le noyau de l'Histoire véridique: l'événement n'a pas encore fini de s'inscrire dans le présent que déjà les forces de l'oubli historique s'activent contre lui. La machine du temps ne tarde pas à faire du présent un passé oublié, inhumé. L'Histoire moderne est selon Kundera une suite insignifiante d'événements conçus comme étant banals. Le mal en Histoire est dissimulé par un autre mal qui le suit, l'efface de la mémoire de l'homme passif et incapable de réactiver son potentiel critique vis-à-vis de l'Histoire. L'homme est pris dans le piège de l'histoire organisée qui fait constamment appel à l'oubli et écarte le désir, voire le devoir mnémonique. Car, si l'oubli est cette force qui pèse sur la mémoire humaine, individuelle et collective, la mémoire devient la seule et unique arme de résistance que possède le personnage kunderien. Face à la menace de l'oubli qui guette les souvenirs personnels et collectifs, la mémoire humaine doit assumer la responsabilité de faire revivre ces images, ne serait-ce qu'à travers un éclatement mémoriel qui revisite constamment les faits et les souvenirs. Cependant, la mémoire de l'homme moderne est désormais incapable de préserver ses souvenirs en palimpseste, elle est la victime d'un jeu fatal qui procède par un effacement, voire une dissimulation d'un fait par un autre fait qui efface les reliefs du souvenir passé et sera effacé lui-même par un autre fait.

6L'accélération de l'histoire moderne s'accompagne d'une accélération de l'oubli historique. La mémoire collective devient désormais incapable de conserver l'événement historique qui se défait de son importance au même titre que les aventures de la vie privée glissent fatalement dans un vide affreux, dans les gouffres abyssaux de la banalité. Il s'agit là d'une forme de désenchantement de l'homme moderne damné à contempler le spectacle ennuyeux de la vie collective et de sa vie privée, un homme qui se meut désespérément dans la difficulté ambiante de se concevoir comme sujet historique, un homme dépossédé de son identité et exilé dans un monde qui ne répond plus à ses aspirations

7Cette mise en relation de la vie privée et de la vie collective souligne que l'oubli opère une attaque double, il efface de la mémoire collective les épisodes qui ne sont pas conformes à l'idylle politique, et s'attaque ensuite à la vie privée des personnages pour les déposséder de leur passé personnel qui assure le maintien de leur identité. La réécriture de l'Histoire collective par le régime totalitaire s'accompagne d'une volonté de réécrire l'histoire individuelle par les personnages. Cette mise en perspective du personnel et du collectif est une technique constante dans le roman kunderien. L'événement politique est régi par les mêmes lois que les affaires privées. La situation politique en Tchécoslovaquie éclaire le problème métaphysique ordinaire de l'oubli auquel l'homme est confronté dans le quotidien. L'histoire de Mirek est celle d'un homme qui veut rompre avec son passé amoureux qui lui renvoie son image de militant communiste, un passé qui témoigne de son échec, de son ancienne croyance fervente en l'idylle déchue.

8Si l'Histoire canonique est sans cesse fixée dans les mémoires idylliques, la mémoire individuelle est sujette à une dégradation constante, elle s'efforce de survivre par-delà les forces qui l'annihilent. La mémoire du personnage kunderien engage un perpétuel combat contre elle-même, éclate par moments par le biais des réminiscences qui à chaque fois s'avèrent plus indécises qu'avant. C'est une mémoire fortement blessée et qui s'efforce de contempler sa blessure, de jeter un regard nostalgique mais vide sur les vestiges du passé comme seule et unique possibilité d'existence. C'est cette pression continuelle qu'exerce le politique sur les vies humaines, Il veut créer un homme facilement façonnable, dénué de son passé et dénudé de ses souvenirs, car un passé n'est pas simplement un album d'images irritées, pâles par la force du temps, c'est aussi et surtout un réservoir dépositaire de l'identité individuelle et collective, un référent constant du présent. On est face à un personnage constamment rattaché au passé. Sa mémoire peut donc être qualifiée de sérieuse et de négative car elle totalement tournée vers ce qui était. Le personnage exilé se meut dans les clivages d'une mémoire stérile qui reproduit sans cesse les mêmes images en boucle et tourne en un cercle vicieux. Ce personnage kunderien, même s'il est une figure de résistance à l'oubli historique imposé par le régime totalitaire, sa mémoire reste fortement négative et différente de celle de l'auteur. La mémoire de Tamina ne jette pas un regard sur le passé pour intégrer ses éléments dans le présent, elle est totalement découpée du présent, prisonnière des vestiges d'une vie antérieure dont elle s'efforce de capter les bribes, de reconstruire comme les pièces d'un puzzle les souvenirs qu'elle gardait encore de son mari. L'éloignement géographique, loin d'atténuer la force mnémonique, renforce paradoxalement la mémoire du personnage, obsédé par la recréation de ses souvenirs. Or, le souvenir même est une manifestation de l'oubli, le souvenir est une forme d'oubli par la réduction qu'il opère. Se souvenir d'un événement c'est le raccourcir en un bref résumé et le présenter tel qu'il se présente à l'instant même dans notre esprit. C'est ce qui fait que ce personnage devient quasi-tragique, car, s'il ne cesse de réinventer ses souvenirs déjà décomposés et fragmentaires, sa mort finale n'apporte aucune forme de compensation. L'échec de Tamina est à relier avec le triomphe du rire des anges sur l'ile des enfants. Depuis l'exil, le personnage de Tamina ne cesse de redouter l'empiètement de la Grande Histoire dans l'intimité de sa vie humaine. La mémoire du personnage exilé se distingue de la mémoire ordinaire par sa focalisation sur l'avant-exil, elle cherche à restituer ce qui a été perdu. Tamina est le personnage doublement exilé : d'abord de Prague, son pays, et puis de sa vie conjugale après la mort de son mari.

9Un personnage exilé de son pays porte continuellement en lui les traces indélébiles d'une blessure, d'une dépossession. La dépossession géographique dont était victime Tamina fait qu'elle redoute une autre dépossession, celle de sa vie privée et de ses souvenirs. Les carnets restés en Tchécoslovaquie courent la menace d'être agressés comme l'a été ce pays, de perdre leur valeur et leur intimité. Tamina est présentée comme un personnage dont l'identité, voire l'existence est rattachée fortement au bagage mnésique de sa vie conjugale, car et selon Ricoeur, « la mémoire est ce par quoi la personne construit son identité ; elle assure la continuité temporelle de la personne, et par ce biais, son identité »4. Cependant, l'échec de la mémoire de Tamina représenté par sa mort provient de ce que cette mémoire se nourrit constamment des mêmes souvenirs, elle est donc une mémoire de l'oubli, une mémoire qui ne fait reparaitre que des spirales de poussières d'un passé qui s'éloigne chaque jour du personnage. Tamina tente de résister aux ravages de l'oubli qui sème les vies individuelles au même titre que la mémoire collective pragoise. Cet oubli historique, ce contrôle et cette imposition d'une mémoire collective formatée n'est pas représentée seulement par le régime totalitaire, mais aussi par la famille de Tamina qui est à Prague. Ainsi, à sa belle-mère qui refuse de lui donner ses lettres s'ajoute son père qui manifeste sa jalousie à l'égard du fort attachement de Tamina à son passé conjugal. Contre la dictature de l'oubli, le personnage s'adonne à un éclatement mémoriel. Tamina cherche constamment à faire revivre ses souvenirs, à les restituer de bout en bout à travers la reconstruction de l'image de son mari défunt. L'obsession de la mémoire de Tamina se confronte continuellement à l'imperfection du souvenir transfiguré par le doute et l'incertitude. Le travail de mémoration devient un moment de recréation de l'image à travers l'ajustement corporel. Le visage masculin devient ainsi pour Tamina un véritable espace mémoriel, une forme qu'elle cherche à changer pour la faire correspondre à l'image de son mari

10 La misère de la mémoire humaine, voilà ce qui fait le tragique de la vie de Tamina. Fragmentaire et discontinue, la mémoire de ce personnage s'efforce de restituer l'ordre des souvenirs, de vaincre le pouvoir du temps. Si le régime totalitaire ne cesse de retoucher les photographies officielles pour magnifier l'histoire collective, si ces photographies sont toujours claires, les photographies individuelles qui sont dépositaires des souvenirs de la vie privée ne résistent pas à la force du temps et de l'oubli. La mémoire individuelle devient fortement défaillante, se dérobe devant l'indécision du souvenir et la difficulté de reconstruire les images et les figures. Tamina est en proie à la hantise du vide mnémonique. Sa mémoire défaillante se confronte sans cesse à son échec quand elle cherche à récupérer la totalité du passé. Le refus de la mémoire lacunaire et partielle et le désir d'une mémoire totale est le moteur de l'élan mnésique de Tamina. Se souvenir d'un passé, c'est réinviter des événements et des faits en vrac. Le souvenir est la forme imparfaite de l'événement, la résurrection d'un passé similaire à un cadavre déjà en décomposition. Tamina est en proie au fantasme résurrectionnel de la mémoire linéaire, son passé ne cesse de hanter son présent : la mémoire de ce personnage kunderien est déficiente parce qu'elle est linéaire, elle est un piège pour le sujet, parce qu'elle se concentre sur ce qui est du passé, elle ne peut jamais aspirer à être davantage qu'une mémoire de l'oubli et de la disparition. Tamina est donc un personnage condamné à contempler le vide du passé. La mémoire de Tamina est pour ainsi dire une mémoire négative où le passé devient la catégorie qui domine l'ordre du temps. Ainsi, Isabelle Daunais, dans son essai sur la mémoire romanesque nous rappelle que le présent romanesque se définit par son rapport au passé

11

«Nous avons l'habitude de définir le présent par l'affirmative, c'est-à-dire par ce qui est actuel, par ce qui lui appartient en propre et n'existait pas avant lui. Nous oublions que le présent se définit tout autant et peut être même plus encore par la négative », par ce qui ne s'y reconnait pas ou ne s'y reconnait plus, par ce qui a cessé d'agir et nous fait comprendre que le temps a passé et que les choses ont changé »5.

12En effet, le présent de Tamina se définit par ce qui n'est plus. Il est un présent de l'absence, un point de repère qui permet de voir constamment en arrière. Ce personnage ne possède pas une véritable conscience du présent, il ne reconnait le présent que par rapport au passé. Ce qui caractérise la vie d'exilée pour Tamina sont la perte et la dépossession

13Ce qui constitue l'identité de ce personnage, c'est son attachement au devoir mnésique. Dans sa vie d'exilée, Tamina est un personnage qui lutte pour sa mémoire, qui s'efforce d'émettre un rire du diable par-delà les échos des multiples rires de l'ange. Tamina veut préserver le silence devant le bruit des paroles futiles, elle veut assumer son devoir de mémoire par-delà le ridicule du rire

14En effet, c'est ce conflit entre l'individu et l'Histoire qui donne naissance à une mémoire fragmentaire, une mémoire en panne, hantée par le souvenir passé qui se dérobe, qui se perd, au point que le personnage ait honte de sa mémoire qu'il culpabilise. Ce personnage est présenté comme un pantin dérisoire, une ombre fragile confrontée à un spectre monstrueux qu'est celui de l'oubli historique.

Conclusion

15 Les personnages kunderien, fortement désenchantés dans leurs existences, cherchent un possible réenchantement dans les souvenirs. Ainsi, les images du passé, même lorsqu'ils se manifestent sous une forme fragmentaire et incertaine, même lorsqu'ils deviennent une discontinuité fragile qui est menacée de disparition à chaque moment, requiert pour ces personnages une importance particulière. Ils s'efforcent de les capter, de les faire revivre, de les doter d'une existence même si elle est fluctuante, même s'ils sont voués à la fulgurance et à l'ellipse

Marieme SENIHJI
Université Sidi Mohamed Ben Abdellah

Références Bibliographiques


Kundera, Milan (1978), Le livre du rire et de l'oubli, Traduit du tchèque par Francois Kérel, Paris, Gallimard.
Ricœur, Paul (2000), La mémoire, l'histoire, l'oubli, Paris, Éditions du Seuil
Ricœur, Paul (1997), L'idéologie et l'utopie, Paris, Editions du Seuil.
Daunais, Isabelle (2008), Les Grandes Disparitions. Essai sur la mémoire du roman, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes.

Notes

1Milan, KUNDERA (1978), Le livre du rire et de l'oubli, Traduit du tchèque par Francois Kérel, Paris, Gallimard.
2Ricœur, Paul, La mémoire, l'histoire, l'oubli, Paris, Éditions du seuil, 2000, p. 579-580
3Ricœur, Paul, L'idéologie et l'utopie, Leçon d'introduction, Paris, Editions Seuil, 1997, p. 4
4Paul, Ricœur, La mémoire, l'histoire, l'oubli, op.cit., p. 116
5Isabelle, Daunais, Les Grandes Disparitions. Essai sur la mémoire du roman, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 2008, p.11

Mots-clés : mémoire | oubli | identité | pathologie | Histoire | idéologie | traumatisme | instrumentalisation | devoir.

Pour citer cet article :
SENIHJI, Marieme, "Le personnage kunderien :Entre la crise mnésique et la dictature de l'oubli", url https://www.opinaverba.com/articles/2020/SENIHJI-Marieme-personnage-kunderien-entre-crise-mnesique-dictature-oubli.php
Article publié le: 23/06/2020


Partager sur:
partager sur facebook