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Revendications féminines dans la littérature | La condition féminine ou l’insoutenable difficulté d’être dans l’univers romanesque de Calixthe Beyala. 

La condition féminine ou l’insoutenable difficulté d’être dans l’univers romanesque de Calixthe Beyala.

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EL BOUAZZAOUI Mohamed
La condition féminine ou l’insoutenable difficulté d’être dans l’univers romanesque de Calixthe Beyala.-

« Dans ce monde, les lots des femmes ont trois noms qui ont la même signification : résignation, silence, soumission », Ahmadou Kourouma1

1 Française d'origine camerounaise, Calixthe Beyala est une écrivaine prolifique dont l'œuvre se focalise sur les conditions socio-économiques on ne peut plus bancales de l'Afrique postcoloniale. Optant pour une écriture transgressive et subversive, elle réussit à mettre à nu les multiples souffrances de la femme africaine. En effet, les personnages féminins autour desquels s'articule son œuvre permettent de prendre la mesure de la précarité, de l'injustice et de la violence caractérisée qui martyrisent la femme et l'empêchent d'émerger en tant qu'être libre et émancipé. Beyala se lance courageusement dans la dénonciation des travers de la société africaine, pétrie d'apriori et prise en otage par la phallocratie et l'arrivisme de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir. Dans quelle mesure l'œuvre romanesque de l'auteur est-elle dénonciatrice de la négation et de la néantisation de la femme ? Pour répondre à cette question, nous nous efforcerons, d'une part, d'analyser quelques aspects de l'annihilation de la femme, avant de nous focaliser, d'autre part, sur la féminitude comme engagement.

De l'annihilation de la femme.

2 La fiction de Beyala réserve une place de choix aux violations des droits de l'homme au Cameroun et ailleurs en Afrique, en particulier à travers les descriptions du traitement épouvantable infligé aux personnages, comme Tanga et à Anna-Claude dans Tu t'appelleras Tanga. Les deux femmes sont emprisonnées à cause de leur comportement jugé subversif: Tanga est accusée d'aider les enfants des rues à falsifier de l'argent; Anna-Claude, Juive française, est arrêtée pour avoir attiré l'attention du public et s'être affichée comme élément subversif et incontrôlable. Par le truchement de cette incarcération arbitraire des deux figures féminines en question, le texte de Beyala s'en prend à la mentalité sclérosée des hommes et dévoile l'insoutenable réalité dans laquelle évolue la femme africaine.

3 En remontant dans les souvenirs traumatiques de Tanga, nous comprenons qu'elle a bien subi la pire des maltraitances. « Je suis morte à ma naissance »2, dit-elle pour signifier tous les revers qu'elle a subis. L'atmosphère froide n'est pas seulement la caractéristique de la vie à Iningué, mais elle imprègne aussi le cercle familial et personnel de la protagoniste. Dès son plus jeune âge, elle est consciente d'un manque dû à l'absence d'amour. C'est ce vide émotionnel, combiné à la souffrance des mutilations physiques, qui préfigure la fragmentation irréversible du corps de Tanga. Et surtout, ce manque est gravé dans son esprit et dans son corps par le moyen de souvenirs négatifs et traumatisants liés à l'excision. Excisée à un âge précoce, elle est destinée à être exploitée par les hommes. C'est son propre père qui en abuse le premier avant de la livrer en pitance à tous ces hommes avides de chair, en contrepartie de quelques pécules. Regardant son passé d'enfant prostituée, Tanga évoque en ces termes la douloureuse épreuve :

Elle me persécute, me pourchasse, depuis le jour où la vieille3 ma mère m'a allongée sous le bananier4 pour que je m'accomplisse sous le geste de l'arracheuse de clitoris[...] Je n'ai pas pleuré. Je n'ai rien dit. J'héritais du sang entre mes jambes. D'un trou entre les cuisses. Seule me restait la loi de l'oubli. Le temps passait, je m'habituais à cette partie de moi qui s'était absentée5.

4 Le souvenir que garde Tanga de cette mutilation est souligné par les mots « trou » et « absenté ». La référence à l'« arracheuse de clitoris » est importante car Tanga reste passive; elle réagit silencieusement à ce moment décisif, marquant ainsi la transition vers la féminité. Le texte ne déploie pas de mots pour décrire la mutilation, mais le pathos silencieux de son corps se trouve dramatiquement mis en évidence par l'image du sang et par l'impossibilité d'oublier ce moment. Pourtant, l'amputation est également remarquable parce que l'identité personnelle de Tanga est effacée. Dans cet ordre d'idées, Eloïse Brière estime que la concision, comme blessure, signifie que Tanga « est la chose choisie des autres »6. Dans le roman, Beyala développe cette idée en montrant que l'excision du personnage anticipe sa désintégration en tant que personne et l'amène par la suite à renoncer au contrôle de sa vie. Elle est, par conséquent, broyée par la machine économique aveugle qui commercialise le corps des jeunes filles. Tanga est très consciente de son destin tragique : « Je me tais. Mais je sais, moi la femme-fillette soumise aux rites de l' enfant-parent de ses parents puisqu'il convient de commercer la chair pour les nourrir à cause du souffle de vie qu'ils m'ont donné, je sais que je suis petite et maigre, que mes cheveux crépus sont courts7 ». Dans cette économie inversée, les enfants sont responsables de la survie de la famille. L'aspect commercial de la vente du corps joue un rôle prépondérant dans le roman et est, en fait, lié à un enjeu social plus large, celui qui place Tanga dans un réseau basé sur l'exploitation. Dans la ville d'Iningué, espace imaginé par l'auteur, la famille de Tanga n'est pas à l'abri de la pratique très répandue de la prostitution enfantine. Tout au long de son histoire, Tanga décrit d'autres enfants qui sont également victimes de ce système d'échange disproportionné. En plus des enfants prostitués, il y a aussi des jeunes femmes traînées dans une structure économique déformée.

5 Tanga ne parvient pas à se défaire de ce passé douloureux malgré ses inlassables tentatives. Augustin Heldfred Asaah avance à ce propos que « les meurtrissures psychiques d'antan subies par Tanga paralysent tous ses efforts pour rechercher le bonheur et pour se réhabiliter. À maintes reprises, elle se bute aux cauchemars et aux agressions de la mémoire sans pour autant être capable de les exorciser »8. Tanga est un personnage condensant tous les malheurs de la femme africaine désarmée devant l'impitoyable oppression menée par l'homme. Son histoire personnelle qu'elle raconte, agonisante, à sa codétenue9, dans l'univers carcéral, s'apparente à bien des égards à une réelle tragédie. Malmenée depuis sa prime enfance, violée outre mesure et froissée dans sa dignité, elle appelle la mort de tous ses vœux pour échapper à l'oppression masculine : « Dans le velours de la nuit j'ai l'impression d'être légère, immatérielle, une ombre presque. Je veux assister à la mise en péril du corps par le corps. Détruire. Saccager. J'invoque la déflagration qui va apporter l'anéantissement. Tout piétiner pour n'avoir de la vie que son idée ? » Si Tanga souhaite une mort violente, c'est parce qu'elle y voit la meilleure manière de se venger de l'homme. Dans ce sens, nous pouvons avancer que Tanga cherche à élucider, voire à légitimer, les ressorts de cette violence10 (quelque peu fantasmée) à l'égard des hommes. Car ces derniers ont pu, la doxa aidant, anéantir l'être féminin et le vouer aux gémonies.

6 Le personnage féminin de Beyala est privé de sa liberté d'agir : la femme africaine est condamnée à évoluer dans l'atmosphère étouffante de la soumission et de la servitude. Toute velléité de s'épanouir et d'investir l'espace public est incessamment réprimée par une société attachée à des traditions archaïques érigeant la phallocratie en règle inviolable. Notons que Tanga s'oppose à la conception masculine selon laquelle les femmes, en tant que chose économiquement exploitable, se voient refuser le droit d'exercer un contrôle sur leur propre corps. En effet, elle met en scène une révolte personnelle contre le système, et ce en exprimant le désir de détruire certaines parties de son propre corps intime puisque les femmes sont culturellement perçues comme la propriété des hommes : « couper mes seins, embrigader mes fesses, trancher des nœuds gordiens »11. Par le choix de la violence, Tanga12 rejette systématiquement sa féminité et crie haro sur les agissements pervers de l'homme. Elle veut alors se désexualiser pour contrer cette perception pervertie que l'homme se fait de la femme. Son désir d'automutilation permet au lecteur d'identifier un autre exemple de fragmentation corporelle. Dans une scène avec l'un de ses amants, Cul-de-jatte, Tanga se concentre sur une autre partie féminine, l'utérus en l'occurrence, et adopte une autre attitude provocante: « je ne veux pas me multiplier. Je ne veux pas prêter mon ventre à l'éclosion d'une vie »13. Son refus d'augmenter le rang des enfants abandonnés, oubliés et errants autour d'Iningué est illustré dans ce passage. En défiant son amant, Cul-de-jatte, et le système, Tanga souhaite symboliquement éliminer sa capacité de reproduction en condamnant son utérus. À l'instar de sa mère ayant subi aussi l'épreuve de l'excision, Tanga décide de condamner son sexe: « Aujourd'hui, je suis femme. Mes mailles se resserrent. Je boucherai mes pantalons, tous mes pantalons sans erreur aucune »14 .

7 De plus, cette idée de fermer son sexe prend des implications textuelles plus complexes. Bien qu'il soit plausible de supposer que sa vision répugnante de son sexe est en partie héritée des femmes de sa famille, elle déclare également une position militante, dirigée contre les femmes soumises de sa société. En disant « je suis femme », Tanga affirme son choix : elle veut bloquer sa partie génitale pour se protéger des intrus. Ayant appris les difficultés de sa mère, elle sait que les hommes trahissent, maltraitent et exploitent les femmes à travers la relation déséquilibrée du pouvoir sexuel. Tanga fait allusion à une autre façon de boucher15 son vagin pour en interdire l'accès aux hommes: « Je m'accroupis, je ramasse une motte d'argile incrustée de graviers. Je l'enfouis dans mon sexe »16. Rejetant l'idée de procréer, elle évolue psychologiquement et adopte Mala, un enfant abandonné. À notre sens, cela correspond à une tentative de reconstruction du corps démembré. Tanga veut que Mala devienne son fils imaginaire à travers lequel elle produirait la vision utopique d'une vie de famille fondée sur l'amour. Autrement dit, c'est le besoin vital d'une véritable structure familiale qui la pousse à créer un ailleurs imaginaire, à rêver d'une vie idéale et paisible où l'enfant Mala et Tanga échapperaient aux épreuves chaotiques de la vie à Iningué.

8 Pour surmonter le poids écrasant du passé, Tanga mène un travail de restructuration sur elle-même. En effet, elle aspire à renaître : « je suis décidée à regarder mon nombril aussi longtemps que possible, jusqu' à la limite, le dépasser et revenir au nombril »17. Pour contester l'ordre social, elle doit d'abord réparer symboliquement les parties coupées de son corps. Le nombril, associé à la naissance, sert à raviver le désir de reproduction de Tanga, et à entrevoir la possibilité de s'attacher à quelqu'un d'autre pour établir un lien amoureux. C'est Mala qui comble l'intérieur de Tanga et lui fait oublier les mutilations sexuelles qu'elle a subies. Aussi cette dernière veut-elle remplir la fonction de la mère pour redonner à Mala l'enfance qui lui a été brutalement confisquée : « Je veux t'élever, t'amener à l'école, te préparer ton pépé-soupe, repasser tes vêtements »18. Cela atteste l'attachement humain de Tanga, attachement catalyseur d'une force collective à même de contrer les sévices de la société destructrice propre à l'ère postcoloniale. En effet, contrairement à son désir antérieur de s'automutiler les seins, Tanga embrasse la maternité en donnant le sein à Mala : « J'ai donné les seins à Mala. Je suis allée retrouver mon fils oublié »19. Par ce geste maternel, Tanga renaît grâce, notamment, à cette relation humaine qu'elle entretient avec Mala, enfant qui finit par l'appeler : « Je sortais un sein. Il tétait. Il s'endormait. Je me souciais de son bonheur dans mon bonheur. Nous étions à la fois nos sauveurs et l'œil du mal qui nous guettait. Je le savais. Mais j'étais prête à tout pour mettre mon visage à la lucarne qui promettait la délivrance »20. Certes, par l'allaitement, le corps de Tanga se remembre et retrouve sa nature et son harmonie, cependant, force est de constater que « l'œil du mal », comme symbole maléfique, plane au-dessus des personnages et préfigure une menace de leur éphémère quiétude. Cette présence maléfique de l'œil sert à ramener le lecteur au fil conducteur du récit : la relation de Tanga avec Mala est seulement basée sur l'imagination. Tanga se réinvente en tant que mère et crée ainsi une fantaisie d'un lien amoureux, mais ce n'est qu'un subterfuge qui lui permet d'oublier temporairement l'horreur de la vie quotidienne.

9 Beyala à travers le personnage de Tanga donne à voir le phénomène de la prostitution qui prend des proportions insoutenables dans l'Afrique. Si Tanga est forcée de se prostituer, cela dénote la déchéance de la structure familiale et le silence bruyant de toute la société. Beyala se saisit de cet effondrement de valeurs pour critiquer, non pas la figure de la prostituée, mais tout le système politique, équivalant à un néocolonialisme responsable de tous les maux qui s'abattent sur l'Afrique. Certes le texte de Beyala est très violent, mais cela fait naturellement écho à la violence caractérisant tous les aspects de la vie en Afrique. Beyala dénonce fermement toutes les formes de contrôle que la société exerce sur le corps féminin : excision, test de virginité entre autres. L'héroïne beyalienne doit choisir entre sujétion et contestation. Tanga, à l'instar d'Ateba dans C'est le soleil qui m'a brûlée21, fait montre d'une révolte démesurée « qui n'épargne ni les matrones assujetties aux conventions de la société, ni, bien entendu, le patriarcat, accusé d'exercer à l'encontre de la gent féminine une véritable « dictature des couilles ! »22. D'une part, Beyala s'indigne de la veulerie des matrones et de leur passivité car celles-ci ne font que perpétuer certaines pratiques passéistes, d'autre part, elle dénonce la mentalité phallocentriste réduisant la femme à un être de seconde catégorie, un corps à offrir aux prédateurs en guise d'objet sexuel23. Le texte de Beyala ambitionne de réhabiliter l'image de la femme en engageant celle-ci à militer en faveur d'une société épanouie, bien délestée de ses paradoxes et de ses injustices. C'est pourquoi Tu t'appelleras Tanga recèle des images dépréciatives (des jouisseurs gauches, des obsédés sexuels éhontés) de l'homme comme s'il s'agissait de lui porter le chapeau des malheurs de la femme africaine. En revanche, le texte tisse la possibilité de délivrance à laquelle la femme doit croire et agir en conséquence. Dans tout le roman, le corps féminin devient le lieu de résistance par excellence. C'est à travers le corps que la femme africaine remet en question l'idéologie promue par l'Homme phallocrate et ébranle le pouvoir dont celui-ci se recommande.

Féminitude : une forme d'engagement.

10 La condition de la femme africaine, ses difficultés vécues au quotidien, l'injustice dont elle pâtit constituent le motif focal de l'écriture romanesque de Calixte Beyala. En effet, l'écrivaine s'adonne dans Assèze L'Africaine, à une critique virulente de sa société où la femme choit sous le poids d'une tradition étouffante et évolue dans un pays mortifié par la pauvreté et les pandémies. À travers le monologue intérieur d'Assèze, personnage féminin évoquant la mort de sa mère, le lecteur prend toute la mesure de la précarité dans laquelle évolue une société à part entière. Assèze, personnage éponyme, énonce non sans amertume: « Je pensais à sa vie. Mourir de malaria au XXe siècle alors que l'homme allait sur la lune ! Le monde disjonctait. Lasse et cendreuse, je pensais à cette vie en dégénérescence qui continuait en Afrique. La lutte pour la survie : la faim, la soif, la rougeole, le paludisme, le sida qui tuaient sans ordre de grandeur. »24 En réalité, le texte de Beyala pointe, au- delà de cette réminiscence douloureuse liée à la perte d'un être cher qu'est la mère, le crépuscule d'une Afrique décadente. La figure de la femme est, par le biais de ce qu'elle endure, l'incarnation d'un continent en déperdition effrénée. Le personnage féminin chez Beyala possède une conscience aiguë, même situé dans le contexte confortable de l'exil, dans le sens où il ne se limite pas à dénoncer ses problèmes privés, mais attire l'attention de l'opinion publique sur les maux qui gangrènent le continent africain dans sa globalité : « Je n'ai plus de projets, je n'ai plus rien. Je suis comme l'Afrique, comme toi et tous les exilés. Nous avons en réalité plus d'hiers que de lendemains »25. Il est à remarquer que, sur le plan énonciatif, le « je » évolue vers le « nous » de la collectivité. Ainsi le destin de la locutrice est-il celui de toutes les Africaines en butte au même sentiment de perte, au désarroi et au désespoir. À partir de la voix du personnage résonne en arrière-fond celle de l'Afrique trahie et trompée par une kyrielle de promesses dites postcoloniales. Cette voix charrie toutes les déceptions de l'Afrique et son désenchantement.

Je représente un continent dont la survie est bien compromise. Je suis née en voie de développement. Je vis en voie de disparition. Je n'ai aucune névrose. Aucune psychose. Ma torture hurle ailleurs, vers l'Afrique qui vit un blues dégueulasse et qui ne se voit qu'à l'ombre de ces propres ruines. Je ne noircis pas la réalité. Je la verdis, à la façon de l'Afrique qui faisande26.

11 Cet extrait illustre l'idée de la fusion entre le personnage et le continent africain. Or, la narratrice établit ici la radioscopie lucide de la déchéance de ce continent. En effet, ce fragment déploie un champ lexical du malaise : « survie », « compromise », « disparition », « torture », « dégueulasse », « ruines » et « faisande » sont autant d'éléments qui connotent l'indignation du personnage face aux apories d'un continent embourbé dans ses contradictions et incapable d'échapper au diktat de cette nouvelle élite, bornée et corrompue, ayant pris la relève après les indépendances. En outre, la phrase « je suis née en voie de développement » est un jeu de mot qui en dit long sur le grand retard accusé par l'Afrique. Le développement peine à y voir le jour au point que la narratrice est catégorique quant à son propre avenir et à celui de sa terre natale: «je vis en voie de disparition ». Écrasés par le dénuement économique, les Africains sont représentés par une série de métaphores négatives: les hommes sont « boue » et « « crasse »; les femmes sont qualifiées de « « fesses » et de « pondeuses » pour souligner ainsi leur fonction de marchandise échangeable. Les pays africains sont dépeints comme des prisons dont la seule échappatoire est la mort. Force est de souligner que l'œuvre de Calixthe Beyala regorge de personnages féminins exprimant avec force la plus haute des angoisses. Outre le mécontentement exprimé par Assèze, Soraya, sœur de cette dernière, dresse un portrait dysphorique de la situation qui prévaut en Afrique et cloue au pilori tous ceux qui président aux destinées de ce continent en les qualifiant de « vendus » : « Tous des vendus ! […] Où est l'Afrique dans ce déchaînement d'ambition et de corruption ? »27

12 L'expérience exilique ne semble pas apaiser et réconforter la femme africaine. En effet, Soraya et Ngaremba, héroïnes de Les Honneurs perdus, continuent à être habitées par le chaos régnant au pays natal. Elles sont enfoncées dans des cauchemars existentiels et des hantises au point de sombrer dans la démence. C'est dire que la situation troublante de l'Afrique évolue, à la longue, en une névrose individuelle. Par exemple, Ngaremba tente tant bien que mal de réunir les intellectuels africains autour de l'idée de participer au développement viable du continent noir, toutefois ses initiatives demeurent lettre morte face à l'indifférence totale de ces derniers : « J'ai créé un club d'intellectuels africain pour trouver des solutions aux misères de ma terre. Tout ce qu'ils savent faire, c'est boire, manger, danser et rire. C'est d'un triste ! »28 Nous assistons dans le roman à la profusion de l'ironie à l'égard des intellectuels de la rive sud. Cette ironie s'énonce à partir d'un registre bas pour accentuer le caractère ridicule de ce que Chevrier appelle «sacro-sainte virilité masculine »29.

13 Malgré la mollesse des intellectuels, Ngaremba décide de faire cavalier seul afin de venir en aide à l'Afrique car elle sait pertinemment que son propre épanouissement dépend de celui du continent. Cette persévérance, aux allures donquichottesques, conduira le personnage dans les affres de la folie. Bien convaincue de l'inanité de l'élite africaine, elle en vient à des gestes ésotériques pour demander au ciel de bénir l'Afrique. En effet, outre les incantations, elle « déversait entre des arbres des poudres […] cassait des œufs au carrefour »30. Or, ni ses prières ni ses gestes mêlant sorcellerie et offrande n'ont pu changer la situation africaine. Cet échec est vécu par le personnage comme un sentiment d'impuissance, voire comme une trahison : « Si je ne tiens pas ma promesse, la terre s'ouvrira et des crêtes de feu jailliront de ses entrailles pour me frapper en plein visage »31. La promesse non honorée génère de la dépression chez Ngaremba et la met aux prises avec une mélancolie postcoloniale. Conséquemment, sa vie est frappée de vacuité. Si mélancolie il y a, c'est parce qu'elle est le résultat « d'une intolérance à la perte de l'objet et de la faillite du signifiant à assurer une issue compensatoire aux états de retrait dans lesquels le sujet se réfugie jusqu'à l'inaction […] ou la mort elle-même »32. En effet, l'état psychologique de Ngaremba est révélateur du désenchantement des peuples africains survenu le lendemain des indépendances. Son emballement pour un continent idéal se solde par une ruine mentale et une inappétence pour la vie. Ne pouvant faire le deuil de cette image idéalisée de l'Afrique, le personnage féminin sombre dans des désordres psychologiques et organiques (insomnie,boulimie excessive), conséquences fâcheuses du conflit33 interne dans lequel s'enferme le personnage.

14 La détresse de Ngaremba se manifeste clairement dans son langage. Elle ne réussit pas à produire des phrases achevées ; son propos est ponctué de ruptures comme si elle était incapable de structurer sa pensée. Sa parole est une cascade d'interrogations révélant au grand jour ses hantises enfouies quant à l'avenir de la terre-mère. Quoique déterritorialisée, en situation de migritude, elle agit comme un réprimé dans la mesure où sa parole est ostensiblement « répétitive et monotone. De l'impossibilité d'enchaîner, la phrase s'interrompt, s'épuise, s'arrête. Les syntagmes mêmes ne parviennent pas à se formuler »34. Ces signes pathologiques, soulignés par Kristeva à propos du réprimé, s'appliquent de bout en bout à Ngaremba dont le corps traduit la frustration psychologique35 en un mal physique. Cette somatisation ne tarde pas à mener le personnage féminin au suicide comme ultime expression de la révolte face aux apories socio-économiques de la post-colonie. Le suicide du protagoniste se veut un cri contestataire, voire un refus de tourner le dos aux promesses de demain et d'inhumer, avec résignation, l'idée d'une Afrique émancipée. Ngaremba va jusqu'à dire qu' « un Africain ne peut pas être heureux »36. Cette phrase suffit pour rendre compte du désappointement africain imputable à la désillusion après des années d'attente, marquées de promesses et de rêves. Le suicide de Ngaremba comme néantisation du corps est, dans la trame narrative de Les Honneurs perdus, l'allégorie du destin fatal et contrarié d'une Afrique placée sous le joug, absurde et néronien, de gouvernements passifs et corrompus. Nous pouvons avancer que Beyala inscrit certes son écriture dans un engagement en faveur de la femme, mais ce faisant, c'est la liberté et le développement de l'Afrique qui constituent le projet global auquel elle s'attelle. La femme et l'Afrique ont un destin commun. Elles forment un seul corps : si l'une continue à subir des travers, l'autre en reçoit les retombées et vice-versa.

15 Les idées féministes exprimées au travers de l'œuvre romanesque de Beyala se trouvent condensées dans son essai intitulé Lettre d'une Africaine à ses sœurs occidentales37. L'auteur se réclame de la « féminitude », lieu d'énonciation à partir duquel elle exprime le vœu de voir l'Afrique réaliser un développement à tous les niveaux et surtout rompre avec les pratiques nuisant au statut de la femme. En parlant sans ambages de clitoridectomie, elle enfreint une règle sociale décrétant le silence absolu autour des sujets tabous. Son geste peut être qualifié de trahison dans la mesure où il ébruite les secrets de la tribu. Dans ce sens, Pierre Bourdieu précise que « les groupes n'aiment guère ceux qui vendent la mèche, surtout peut-être lorsque la transgression ou la trahison peut se réclamer de leurs valeurs les plus hautes »38. Malgré le risque encouru, Beyala, forte de sa féminitude, expose sans complaisance, dans sa lettre-essai, les ukases que les hommes imposent aux femmes africaines afin de les réduire à un strict rôle sexuel. Pour Beyala, « les hommes sont des dominants et la plupart des sociétés les éduquent en fonction de cette domination »39. Aussi s'en prend-elle à cette culture sclérosée qui hypothèque l'émergence de l'Afrique et frappe d'inanité toute tendance au progrès.

16 Le féminisme de Beyala, quelque peu radicaliste, est mû par le devoir d'opérer urgemment un sursaut de conscience chez les femmes africaines et de les inviter, par conséquent, à prendre leur destin en main. Le pari est de taille car la femme doit gérer à bon escient ce sentiment trouble résultant de « la conscience d'appartenir à une classe majoritaire qui ploie sous des pratiques barbares ; c'est aussi la conscience d'être chosifiée et de refuser d'être considérée comme un objet sexuel ou une machine à procréer ; c'est aussi la conscience d'être considérée comme une bête de somme et de travailler à sa propre libération économique, sociale et politique ; c'est enfin lutter pour faire tomber les préjugés qui font de la femme un être inférieur, né à genoux aux pieds de l'homme »40.

17 La féminitude, comme position et état d'esprit, représente le fer de lance du combat que Beyala livre, sans relâche, au discours de l'homme destiné à inférioriser la femme, voire à l'essentialiser. La féminitude comme engagement consiste à remettre en question la domination masculine au sens où l'entend Pierre Bourdieu41. C'est pourquoi Beyala souligne avec amertume que le mariage en Afrique est toujours considéré comme le signe d'un certain prestige familial et social. Le mariage est surdéterminé par la dot. Laquelle fait apparenter l'union matrimoniale à un acte de vente et l'inscrit dans une politique de marché. Cela est d'autant plus vrai que la dot est fixée en fonction de l'instruction de la future mariée (de la qualité du produit dirait l'Autre !). Pour Beyala, la voie royale pour soustraire la femme à cette loi du marché est de favoriser sa scolarisation et son instruction. Toutefois, un tel projet s'avère difficile à réaliser tant que le corps de la femme est soumis à une gouvernementalité42 institutionnelle et doxologique bien huilée. Le mérite de Beyala est d'inscrire le combat de la femme dans l'universalité, abstraction faite des frontières géographiques et culturelles. En effet, au travers de sa Lettre, elle invite ses sœurs occidentales à redoubler d'efforts pour que cessent la violence et l'injustice à l'endroit de la femme. C'est dire que le centre et la périphérie sont appelés à agir de concert afin de « sortir de la grande nuit »43.

18 En définitive, l'écriture de Calixthe Beyala, de par les trajectoires tourmentées des personnages féminins, verse dans le désespoir quant à l'avenir de la femme en Afrique. Tous les tableaux que l'auteur en brosse révèlent au grand jour les tribulations de celle-ci face à l'adversité de l'homme et de la doxa. C'est au travers d'une écriture violente, et par endroit osée, que la fiction de l'auteur incorpore un engagement inconditionnel en faveur de l'émancipation à la fois de la femme et de toute l'Afrique puisque les deux demeurent, sous sa plume, interdépendantes. Si les textes de Beyala nourrissent une vision dystopique du devenir de la femme, c'est parce que l'état des lieux dans le continent de la négritude est très préoccupant. C'est par une écriture-choc que Calixthe Beyala entend passer la rampe et être transitive.


EL BOUAZZAOUI Mohamed

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Notes

1Ahmadou Kourouma, Monné, outrages et défis, Seuil, 1990, p.130.
2Calixthe Beyala, Tu t'appelleras Tanga, Stock, Panoris, 1988, p.74.
3Augustine H. Asaah écrit dans son article « La tradition matricentriste au service du radicalisme : l'image multidimensionnelle de la mère dans Femme nue, femme noire, de Calixthe Beyala » ( In Dalhousie French Studies, Vol. 76, 2006) que « Dans Tu t'appelleras Tanga, les rapports orageux entre la mère biologique, nommée péjorativement « la vieille ma mère, » et sa fille Tanga exercent une influence certaine sur la trajectoire fiévreuse de l'héroïne à telle enseigne que cette dernière se voit obligée de quitter le domicile parental et d'adopter un autre enfant de la rue dans la perspective de constituer une nouvelle relation mère-enfant. L'on peut dire […] que le programme de libération chez Tanga s'appuie sur « la nécessité [...] de tuer (figurativement) la mère » (p.102).
4Selon le dictionnaire des symboles, le bananier est le symbole de la fragilité. C'est un arbre dont les « tiges très tendres disparaissent après la fructification. C'est pourquoi le Bouddha en fait le symbole de la fragilité, de l'instabilité des choses », Jean Chevalier, Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/ Jupiter, Paris, 1982, p.104.
5Calixthe Beyala, Tu t'appelleras Tanga, Op, Cit, p.24.
6Eloïse Brière, « Problématique de la parole : le cas des Camerounaises » In Esprit créateur, N° 33/2, 1993, p.99.
7Calixthe Beyala, Tu t'appelleras Tanga, Op, Cit, p.34.
8Augustin Heldfred ASAAH, « Revers, révolte et réveil dans Tu t'appelleras Tanga de Calixthe Beyala » In Présence Africaine, Nouvelle série, N°. 161/162 (2000), p.255.
9La présence de Anna-Claude, une femme blanche, devient indispensable dans le roman pour que Tanga puisse raconter son histoire et témoigner de tous les abus qu'elle a subis. Dans la cellule, Anna-Claude est assoiffée de communication, « d'autant plus qu'elle savait que désormais seuls les mots pouvaient la nourrir », Tu t'appelleras Tanga, p. 12. Anna-Claude, la française emprisonnée, presse Tanga de lui raconter son histoire : « Je ne sais pas pourquoi je continue à te parler, dit. Tu pues la mort et tu refuses de me léguer ton histoire. Quel monstre es-tu donc? . . . Qu'as-tu de plus à rester à l'intérieur de toi? Tu vas mourir. Je le sens, je le sais. Donne-moi ton histoire. Je suis ta délivrance... Donne-moi ton histoire. Je l'embellirai pour moi, pour toi, Je la peindrai de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Donne-moi ton histoire et je répandrai ton rêve », Ibid., p.13.
10Les femmes dans l'univers romanesque de Beyala usent de la violence. En cela, elles ressemblent, toute proportion gardée, aux colonisés qui, selon Franz Fanon, voient dans la violence le moyen légitime de chasser le colonisateur et de recouvrer leur identité spoliée : « Qu'est-ce donc en réalité que cette violence? Nous l'avons vu, c'est l'intuition qu'ont les masses colonisées que leur libération doit se faire, et ne peut se faire que par la force », Franz Fanon, Les Damnés de la terre, Éditions La Découverte et Syros, Paris, 2002 p.72. Fanon ajoute qu'« Au niveau des individus, la violence désintoxique. Elle débarrasse le colonisé de son complexe d'infériorité, de ses attitudes contemplatives ou désespérées. Elle le rend intrépide, le réhabilite à ses propres yeux », Ibid., p.90.
11 Calixthe Beyala, Tu t'appelleras Tanga, Op, Cit, p.91.
12Ateba, dans C'est le soleil qui m'a brûlée, pense que la femme africaine pourra s'affirmer en tant que sujet libre si elle fait bannir l'homme de sa vie et de son univers de références. Aussi dit-elle que « la femme devrait oublier l'homme et évoluer désormais dans trois vérités, trois certitudes, trois résolutions […] revendiquer la lumière, retrouver la femme et abandonner l'homme aux incuries humaines », C'est le soleil qui m'a brûlée, Stock, Paris 1987, p.118.
13Calixthe Beyala, Tu t'appelleras Tanga, Op, Cit, p.176.
14Ibid., p.36.
15Tanga imagine une autre stratégie on ne peut plus surréaliste pour se protéger des hommes : « J'enfouis une vipère dans mon sexe. Il distillera le poison. Il envenimera quiconque s'y perdra », Ibid., p. 152.
16 Ibid., p.152.
17Ibid., p.61.
18Ibid., p.113.
19Ibid., p.177.
20Ibid., p.192.
21Calixthe Beyala, C'est le soleil qui m'a brûlée, op.cit., 1987.
22Jacques Chevrier, « La littérature francophone et ses héros » In Esprit, N°. 317 (8/9) (Août-septembre 2005), p.79.
23Dans Femme nue femme noire, le personnage féminin, Irène Fofo, après avoir échappé à un mariage forcé et avoir eu des démêlés avec sa mère, elle devient une fille dévergondée, servant aux hommes tous les mots scatologiques qu'elle connait, tous les mots osés pour désigner l'innommable : le sexe. Elle se livre de manière effrénée à des aventures charnelles : par le corps et par la sexualité débridée, elle entend recouvrer le pouvoir. Son attitude est celle d'une révoltée qui, moyennant le corps, aspire à l'appropriation de sa liberté et mettre à mal les dispositifs sociaux la condamnant au statut réduit de ménagère et d'objet sexuel. Dans ce sens, Simplice Demefa Tido affirme que « Femme nue femme noire […] est une esthétisation de la chair, mais une esthétisation qui va au-delà de la simple description des plaisirs du corps pour servir de moyen ou de canal à la femme africaine de revendiquer sa liberté et d'affirmer sa volonté de puissance d'être humain dans un monde régi par les lois de la phallocratie ». Voir Simplice Demefa Tido, « Le plaisir charnel au service de la liberté et du pouvoir chez Calixthe Beyala: une lecture de Femme nue femme noire » In Représentations de la féminité dans l'espace culturel francophone, Revue Communication interculturelle et littérature, Editura Europlus, Galaţi, 2010, p.182.
24Calixthe Beyala, Assèze l'Africaine, Albin Michel, Paris 1994, p. 287.
25Ibid., p.343.
26 Ibid., p.318.
27Ibid., p.341.
28Calixthe Beyala, Les Honneurs perdus, Albin Michel, Paris, 1996, p.232.
29Jacques Chevrier, Littératures d'Afrique noire de langue française, éditions Nathan Université, Paris,1999, p.62.
30Calixthe Beyala, Les Honneurs perdus, Op, Cit, pp.310-311.
31Ibid., p.378.
32Julia Kristeva, Soleil noir, Gallimard, Paris, 1987, p.20.
33Franz Fanon explique dans Les damnés de la terre les ressorts des troubles psychologiques en affirmant que « cette pathologie est considérée comme une façon pour l'organisme de répondre, c'est-à-dire de s'adapter au conflit auquel il est confronté, le trouble étant à la fois symptôme et guérison. Plus précisément on s'accorde à dire que l'organisme (encore une fois il s'agit de l'unité cortico-viscérale, psychosomatique des Anciens) dépasse le conflit par des voies mauvaises, mais somme toute économiques. C'est le moindre mal que l'organisme choisit pour éviter la catastrophe », Les Damnés de la terre, Op, Cit, pp.279-280.
34Julia Kristeva, Soleil noir, Op, Cit, p.45. Un peu plus loin, Kristeva précise ceci : « La dépression délirante ou plus généralement l'humeur dépressive paraissent indissociables du ralentissement. Le ralentissement verbal participe du même tableau : le débit de l'énonciation est lent, les silences sont longs et fréquents, les rythmes ralentissent, les intonations se font monotones et les structures syntaxiques elles-mêmes […] se caractérisent souvent par des suppressions non recouvrables », Ibid, p.46.
35Concernant cette frustration, Patrice Gahungu Ndimubandi souligne à propos des personnages féminins de Beyala : « Si cette corruption de l'être et de l'univers beyalais se révèle dans la décadence sociale et des mœurs, dans une Afrique et un Cameroun en pleine déliquescence […], c'est surtout à travers le corps et la psyché des acteurs, éternels zombies errants, en mal de vivre, dans cet espace aux horizons tragiquement plombés, qu'elle se dévoile le plus dans toute son horreur », Patrice Gahungu Ndimubandi, Angoisses névrotiques et mal-être dans Assèze l'Africaine de Calixthe Beyala, L'Harmattan, Paris, 2009, p.6.
36Calixthe Beyala, Les Honneurs perdus, Op, Cit, p.385.
37Calixthe Beyala, Lettre d'une Africaine à ses sœurs occidentales, Spengler, Paris 1995.
38Pierre Bourdieu, homo academicus, Les Editions de Minuit, Paris, 1984, p.15.
39Calixthe Beyala, Lettre d'une Africaine à ses sœurs occidentales, Op, Cit, p.52.
40Ibid., p.11.
41Bourdieu écrit dans son livre La domination masculine « Les dispositions (habitus) sont inséparables des structures (habitudines, au sens de Leibniz), qui les produisent et les reproduisent, tant chez les hommes que chez les femmes, et en particulier de toute la structure des activités technico-rituelles qui trouve son fondement ultime dans la structure du marché des biens symboliques66. Le principe de l'infériorité et de l'exclusion de la femme, que le système mythico-rituel ratifie et amplifie, au point d'en faire le principe de division de tout l'univers, n'est autre chose que la dissymétrie fondamentale, celle du sujet et de l'objet, de l'agent et de l'instrument, qui s'instaure entre l'homme et la femme sur le terrain des échanges symboliques, des rapports de production et de reproduction du capital symbolique, dont le dispositif central est le marché matrimonial, et qui sont au fondement de tout l'ordre social : les femmes ne peuvent y apparaître qu'en tant qu'objets ou, mieux, en tant que symboles dont le sens est constitué en dehors d'elles et dont la fonction est de contribuer à la perpétuation ou à l'augmentation du capital symbolique détenu par les hommes », Pierre Pourdieu, La domination masculine, Seuil, Paris, 1998, pp.43-44.
42 La gouvernementalité est selon Foucault « L'ensemble constitué par les institutions, les procédures, les analyses et les réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d'exercer une forme bien spécifique, bien que complexe, de pouvoir, qui a pour cible principale la population, pour forme majeur de savoir, l'économie politique, pour instrument politique essentiel les dispositifs de sécurité », Michel Foucault, Dits et écrits, Tome III, Gallimard, Paris,1994, p.655.
43Achille Mbembe, Sortir de la grande nuit. Essai sur l'Afrique décolonisée, La Découverte, col. « Cahiers libres », 2010.
Mots-clés : Revendications | féminines | Calixthe Beyala

Pour citer cet article :
EL BOUAZZAOUI, Mohamed, "La condition féminine ou l’insoutenable difficulté d’être dans l’univers romanesque de Calixthe Beyala.", in Revendications féminines dans la littérature [isbn:9789920358040], pp.91-114


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