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Revendications féminines dans la littérature | Les revendications féminines entre « Rêves » de Fatéma Mernissi et « Être » de Driss Chraïbi 

Les revendications féminines entre « Rêves » de Fatéma Mernissi et « Être » de Driss Chraïbi

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AMMAR Hamid
Les revendications féminines entre « Rêves » de Fatéma Mernissi et « Être » de Driss Chraïbi-

1 La littérature peut beaucoup1. Ses vertus, à en croire Todorov, sont nombreuses. Son rapport à la réalité humaine montre sans ambages qu'elle ne peut être désincarnée. Le souffle humain la parcourt, il revisite les recoins les plus reculés des mots. Le souffle d'émanation féminine y occupe une part considérable. Plusieurs écrivains apportent leur contribution à la cause féminine et consacrent à la femme une considération particulière, d'autant plus que la femme, étymologiquement parlant, désigne cet être qui a pour fonction d'enfanter dans tous les sens du terme, et dont la fonction biologique ne serait que la moindre. Prenant conscience de ce rôle déterminant dans l'évolution et le progrès des sociétés, écrivains et écrivaines se sont attelés à cette mission en mettant en scène le combat quotidien de la femme. Les uns font de la question féminine un point axial de leurs écrits, d'autres lui réservent une place dans leurs œuvres littéraires, interpellant ainsi le lecteur et l'invitant à revisiter ses représentations sur la femme, voire à les remettre en question.

2 Entre la femme libérée de Driss Chraïbi et la femme à libérer de Fatéma Mernissi se profile la problématique des revendications féminines chez les deux écrivains. En effet, si celles-ci relèvent chez Mernissi de l'aspiration à se libérer des carcans des traditions asphyxiantes pour s'inscrire dans la modernité, elles sont chez Chraïbi une réalisation concrète, une invasion qui dépasse le stade de l'évasion où se débattent les femmes mernissiennes et leurs rêves. Comment donc la confrontation de deux œuvres littéraires permet-elle de mettre en lumière deux visions différentes quant aux revendications féminines ?

3 Ainsi, notre hypothèse relève du souci de montrer, par le truchement du corpus choisi, que l'approche de la question des revendications féminines reste au niveau de l' « onirique » chez Mernissi, alors qu'elle s'inscrit chez Driss Chraïbi dans le cadre d'une « sensibilité du monde2 », pour reprendre des termes chraïbiens.

4 La Civilisation, ma Mère !... de Chraïbi relate l'histoire d'une mère qui, aidée et poussée par ses fils, investit le monde extérieur. Il s'agit de l'initiation d'une femme ne connaissant ni son entourage ni les grands changements qui affectent sa société cloisonnée, et qui, toutefois, montre une prédisposition à les accueillir. Rêves de femmes (1994), de Fatéma Mernissi, lui, rend hommage à la femme marocaine et décrit sa situation d'être humain existant seulement au gré des lois du “Harem“. Une première lecture des deux œuvres littéraires nous fait remarquer que le roman chraïbien compose, une avant-garde, avec des rêves d'après « Rêves » de Mernissi. L'homme y est le complice de la femme. Deux hommes, le narrateur et son frère Nagib auxquels s'ajoute le père à la fin, initient leur mère à la revendication de tous ses droits. Par cette complicité avec l'homme, l'écrivain cherche à refaçonner l'imaginaire arabe et y imprimer l'image d'une femme qui accède à la conscience de sa réalité et compte agir sur elle. En ce sens, Chraïbi reste visionnaire quant à l'approche de la question féminine. Même s'il avait publié son roman en 1975, bien avant Rêves de femmes (1994), il avait en fait inscrit la cause de la femme dans une vision plus large, une vision civilisationnelle comme en témoigne le titre. L'écrivain y transcrit “civilisation“ et “mère“ en majuscules.

5 Fatéma Mernissi, elle, écrit la femme et ses revendications en cherchant à diagnostiquer les raisons qui l'ont réduite au statut de bibelot au sein d'un mode de vie que l'écrivaine condamne sans appel. Aussi se met-elle, dès les premières pages de son livre, au cœur de la problématique qu'elle localise au niveau des “hudud3“, des frontières sacrées, de l'enfermement, voire de l'esclavagisme. Il s'agit d'une maison où vivent sa grand-mère paternelle, ses oncles, cousins, et autres parents, avec sa petite famille nucléaire, un patio, avec une fontaine au centre, entouré de chambres. Les portes et fenêtres des chambres donnent toutes sur ce patio. Une bâtisse aux allures de forteresse. C'est un harem. Non pas impérial, cher à l'imaginaire et aux phantasmes des occidentaux, mais familial. En même temps, l'écrivaine, par la voix d'une petite fille, la féministe engagée qu'est devenue Mernissi, souligne la volonté des femmes d'échapper à la séquestration qu'impose ce harem :

Quand Allah a créé la terre, disait mon père, il avait de bonnes raisons pour séparer les hommes des femmes, […]. L'ordre et l'harmonie n'existent que lorsque chaque groupe respecte les hudud. Toute transgression entraîne forcément anarchie et malheur. Mais les femmes ne pensaient qu'à transgresser les limites. Elles étaient obsédées par le monde qui existait au-delà du portail. Elles fantasmaient à longueur de journée, se pavanaient dans des rues imaginaires.4

6 Au-delà de l'implication directe de Mernissi qui explore les rêves de femmes et leur volonté de transgresser les “hudud“, Chraïbi inscrit son roman dans une réflexion “philosophique“ quand il pose la question de l'homme aux prises avec la modernité, le destin du tiers monde à travers le destin d'une femme5. L'exergue, une citation du sociologue américain Lester Ward, l'illustre parfaitement : « Est-il vrai que l'homme parviendra finalement à dominer l'univers entier, à l'exception de lui-même ?6 » La domination de l'univers, surtout avec l'avènement de la technique et la science comme “idéologie“7, interpelle. La science instrumentalisée et technique envahit profondément le monde et refaçonne le visage des sociétés : « (la) prolifération de la technique […] accroît non seulement son extension mais aussi son emprise8. » Tenant compte de cette réalité, Chraïbi préconise une naissance, ou du moins une renaissance.

7 L'incipit, en italique, est transcrit à la cadence des vagues qui rythment la réflexion chraïbienne et en révèle toute la portée du renouveau et de la sérénité :

Voilà le paradis où je vivais autrefois : mer et montagne. Il y a de cela toute une vie. Avant la science, avant la civilisation et la conscience. […] Une vague vient du fond du passé […]. Une autre vague vient par-dessus la première et fulgure. Étincelle et ruisselle d'une vie nouvelle. […], toutes ont la même voix, répètent le même mot : paix, paix, paix…9

8 À cette “paix“, Chraïbi insinue la possibilité pour la femme d'y accéder, mais au prix de se voir infliger quelques affres de l'existence : « Souffrance et amertume d'avoir tant lutté pour presque rien : pour être et pour avoir, faire et parfaire une existence […] tout était à commencer, tout à espérer. Naissance à soi et au monde. »10.

9 Une lutte se profile à l'horizon du roman. Le narrateur et son frère Nagib s'apitoient sur la fragilité physique de leur mère : « elle était là, debout, se balançant d'un pied sur l'autre et me regardant à travers deux boules de tendresse noire : ses yeux. Elle était si menue, si fragile qu'elle eût pu tenir aisément dans mon cartable, entre deux manuels scolaires qui parlaient de science et de civilisation11. » Cet apitoiement sur le physique de la mère ne peut qu'être terne et de peu d'importance en comparaison avec sa solitude. Celle-ci interpelle aussi : « elle n'avait personne à qui parler, à qui se confier, déserver le trop-plein de son cœur12. » Telle qu'elle est, menue et solitaire, mais aussi désemparée « face à des produits de la civilisation qui l'assaillent, l'agressent13», la mère ne perd aucunement la joie de vivre. Avec son profil de femme singulière et agissante, elle s'apparente à une graine prometteuse et annonce le changement : « les clous, les sociétés, les sentiments peuvent se rouiller à la longue. Pas ma mère. Elle était un arbre, cerclée dans une cour de prison, mais que le moindre souffle de printemps pouvait faire bourgeonner et fleurir avec luxuriance14. »

10 Le mal dont pourrait souffrir une femme interpelle aussi Fatéma Mernissi qui s'est attelée dans son livre Rêves de femmes à dénoncer en premier lieu le “harem15“, le mal de tous les maux. En effet, l'écrivaine prend la défense des femmes et s'allie à leurs revendications, à leur besoin d'émancipation. Partageant leur aspiration à la dignité et à la liberté, elle introduit la première femme dans son récit, en l'occurrence Habiba, à laquelle elle confère l'investiture de prêtresse de l'imaginaire aux côtés de Chama. Les deux femmes enchantent la narratrice par des fabulations propres à leur monde, à leurs sentiments, à leurs rêves surtout et à leur pouvoir démiurgique, créant l'avant-goût de la liberté que toute femme finirait par embrasser un jour ou l'autre :

Au plus fort de l'excitation, il m'arrivait de prendre mon coussin sur mes genoux et de me balancer d'avant en arrière, complètement sous le charme que nous lançaient Chama ou tante Habiba, grandes prêtresses de l'imaginaire. Tante Habiba était certaine que chacune de nous possédait en soi une sorte de magie, enfouie dans ses rêves les plus intimes. “Quand vous êtes emprisonnée, sans défense, derrière des murs, coincée dans un harem […], vous rêvez d'évasion. Il suffit de formuler ce rêve pour que la magie s'épanouisse. Les frontières disparaissent. Les rêves peuvent changer votre vie, et peut-être le monde finalement.“ Elle n'arrêtait pas de nous répéter que nous avions tous ce pouvoir intérieur, et qu'il ne tenait qu'à nous d'en jouer16.

11 Habiba, cas exemplaire de ces femmes déconsidérées et dévalorisées, dont se jouent les hommes à leur guise, est introduite dans le récit avec le dessein de manifester ses revendications. D'une part elle veut être reconnue comme épouse, d'autre part, elle demande de jouir de tous ses droits, exigeant notamment une protection contre l'arbitraire de la répudiation, un mal qui inflige aux femmes bien des souffrances :

Tanta Habiba, qui a été répudiée et renvoyée sans aucune raison par un mari qu'elle aimait tendrement, prétendait, en faisant allusion à l'invasion du Maroc par la France, qu'Allah avait envoyé les armées du nord pour punir les hommes d'avoir violé les hudud, les frontières sacrées d'Allah. C'est illégal de faire du mal aux faibles. Tante Habiba a pleuré pendant des années.17

12 La mère de la narratrice, en revanche, transcende ce stade des lamentations, apparemment condamnées à l'inanité du bellicisme de Habiba. En fait, elle promet le changement. Sa prise de conscience de la fragilité de sa situation de femme du harem la place au centre des revendications à l'esprit desquelles elle éduque sa fille, la narratrice. Elle exige, pour commencer, une vie conjugale intime : « Mais ma mère, qui déteste la vie collective du harem et rêve d'un éternel tête-à-tête avec mon père, n'accepte ce qu'elle appelle l'arrangement d'azma (de crise) qu'à la condition qu'aucune distinction n'apparaisse entre les femmes18. » Elle lutte pour échapper à cet état de pétrification auquel semblent vouées les femmes, notamment la grand-mère paternelle de la narratrice qui en offre l'exemple éloquent. La description d'une femme cloîtrée dans le temps et dans l'espace telle une idole, venant juste après la contestation de la mère, inclut la nécessité, voire l'urgence d'une telle revendication : « Notre grand-mère paternelle, Lalla Mani, occupe le salon occupé à ma gauche. Nous n'y allons que deux fois par jour, une fois le matin pour lui baiser la main, et une seconde fois le soir pour recommencer19. »

13 Les hommes et l'espace qui leur est réservé révèlent l'écart qui les séparent des femmes quant à l'accès, non pas à une certaine immensité spatiale, à son élégance non plus. La disproportion et l'injustice résident en la liberté de l'« Avoir » et surtout de l'« Être » en termes chraïbiens. Les hommes, dans leur monde exclusif, se démarquent par des privilèges matériels et moraux. Ils en jouissent au prix de la frustration et de la déception des femmes :

Sur le côté droit de la cour se tient le plus grand et le plus élégant de tous les salons : celui des hommes, où ils prennent leurs repas, écoutent les informations, traitent les affaires et jouent aux cartes. Les hommes sont en principe les seuls à avoir accès à un énorme meuble contenant un poste de radio trônant dans le coin de leur salon. Il est fermé à clé quand la radio n'est pas utilisée.20

14 La radio, dont la possession symbolise la liberté, permet, dans cet espace cloîtré, l'accès à la parole en tant que produit émanant du poste, mais invitant à en produire, tant les mots sont magiques. Cette bipolarité de la radio, surtout son second aspect, subjugue les femmes. Les hommes sont les seuls à détenir la clé qui permet d'y accéder. Toutefois, les femmes sont persuadées que la radio leur donne un avant-goût de liberté, ou plutôt elle les libère :

Mon père était sûr d'être avec mon oncle le seul à détenir les clés de ce meuble. Pourtant assez bizarrement, les femmes parvenaient à écouter régulièrement “La voix du Caire“ (çout al Qahira) quand les hommes sont absents. Chama et ma mère dansaient souvent sur les airs que la radio diffusait, accompagnant la voix de la princesse libanaise Asmahan dans Ahwa (Je suis amoureuse).21

15 Les mots ont un pouvoir démiurgique : ils nourrissent l'imaginaire. Habiba en est consciente ; elle y initie les autres femmes. En raison de leur mobilité et de leur accessibilité, les mots ouvrent une voie royale vers la liberté : « La libération commence quand les images se mettent à danser dans votre tête et que vous commencez à les traduire en mots. Les mots ne coûtent rien !22 » La radio offre un espace où se concrétise le privilège du verbe, son pouvoir d'extirper la femme de son emprisonnement pour l'installer là où il faut, dans la vie, dans le monde.

16 Les mots fonctionnent dans la dimension de leur représentativité, mais aussi dans cette valeur de dévoilement du pouvoir de l'être. La radio, grâce au verbal qui en forme la sève, est perçue comme une sorte de sauveur. Fatéma est initiée, par sa mère, à l'appropriation de ce pouvoir : « les mots peuvent […] vous sauver si vous maîtrisez l'art de les enfiler habilement. Ce fut le cas de Schéhérazade, la narratrice des mille et un contes. Le calife était sur le point de lui faire trancher la tête, mais elle a réussi à l'arrêter à la dernière minute, par la simple magie des mots23. »

17 La femme, dans le roman de Chraïbi, goûte à cet enchantement des mots. Produit de la technique qui subjugue et éblouit, la radio constitue une ouverture, une initiation à la liberté. La Mère est envoûtée. Elle accède à la richesse du monde extérieur, à ses différents espaces comme à ses diverses activités. Elle voyage dans le temps et dans l'espace. Cela explique pourquoi cette femme loge la radio dans la spatialité de la magie et l'entoure de tout un rituel :

- Allons, viens voir la radio. Elle alla d'abord revêtir sa robe d'apparat, brodée […], se parfuma au jasmin […]. S'assit sur les talons, les aisselles sur les genoux et le menton dans ses mains, dans l'attitude […], faite de gravité et d'incompréhension totale. Nagib tourna les boutons du récepteur, régla le volume, une voix hurla : -Blé dur 180, blé tendre 213, fenugrec 31, millet 20. Suivit une musiquette. J'en profitai pour demander à ma mère : - Eh bien, qu'en penses-tu ? Si elle pensait quoique ce fût, elle ne m'en dit rien. Ne bougea pas, ne m'entendit même pas. Le rêve l'habitait à présent, coulait dans ses veines, avait la fixité de son regard. […]. Nagib me fit un clin d'œil et nous quittâmes le salon sur la pointe des pieds. […]… “Chut ! elle écoute le sermon du vendredi… Elle est au théâtre… Au concert… 24

18 Le rythme de la vie de cette femme : « était lent, très lent, le rythme même de la terre. Fœtal25. » Mais les produits de la “Civilisation“, dont premièrement la radio, la secouent et l'initient à la vie : « elle était là, fidèle au poste. Attentive à toutes les souffrances, comptant les coups, à traits de crayon gras sur sa planche à lessive. J'étais au lycée, rapporte le fils, où j'étudiai l'humanisme et les humanités. Elle était là dans cette maison tombeau, apprenant la vie26. » Une force d'inertie qui prépare une cadence plus rapide, une évolution, voire une révolution promise : « non pas (par) sa vision du monde, mais sa sensibilité du monde. »27

19 Le téléphone participe, en tant que canal de communication tout comme la radio28, à l'ouverture et à la libération. L'échange verbal qu'il offre en fait une seconde aubaine pour la mère. Celle-ci établit un réseau de relations sociales grâce aux mots que le téléphone allait favoriser par la suite. La revendication implicite de la parole que confortent la radio et le téléphone se concrétise : « en 1940, dit son fils le narrateur, quand on nous installa le téléphone […]. Je me contentai de lui indiquer le mode d'emploi. Et la laissai au seuil de l'expression et de la communication humaine29. » La passivité se convertit alors en agir. Les mots, autrefois réprimés, surgissent et se fraient un chemin, traçant la voie de la reconstitution d'un être libéré qui peut, désormais, jouir de son autonomie et en faire bénéficier les autres. La “Mère“ se laisse guider par sa “sensibilité du monde“ qui enseigne et éduque plus que ne pourrait le réaliser une quelconque science : « Elle était capable de m'enseigner la géographie humaine bien mieux que ne l'avaient fait mes livres ou mes professeurs30. »

20 L'aspiration à un tel stade de l'agir qui transcende la revendication hante Fatéma Mernissi, cette enfant, témoin oculaire de Rêves de femmes et de leur lutte. En effet, elle exprime, à deux reprises aux préludes du récit, le désir et la volonté de devenir une femme agissante. Les modèles ne manquent pas : telle Shéhérazade, elle veut démêler le mystère des mots qui libèrent de tout, y compris de la domination des hommes : « Le calife était sur le point de lui faire trancher la tête, mais elle a réussi à l'arrêter à la dernière minute, par la simple magie des mots. J'avais hâte de savoir comment elle s'y était prise31. » Habiba aussi, ayant l'art de dompter les mots, est un modèle. La narratrice aimerait, à son tour, maîtriser les mots et les utiliser pour enchanter un monde désenchanté ; elle voudrait imiter sa tante : « Ses contes me donnaient envie de devenir adulte, pour pouvoir à mon tour développer des talents de conteuse. Je voulais, comme elle, apprendre l'art de parler dans la nuit32. »

21 Une autre figure féminine exerce son influence sur la narratrice. Il s'agit de Tamou fait irruption dans le harem et qui donne une forme féminine aux fabulations de Shéhérazade. Cette femme qui vient du Rif incarne l'héroïsme féminin qui subjugue les autres femmes. Ses revendications ne sont pas lettre morte ; leur aboutissement non plus.

Un matin à l'aube, à l'horizon de la plaine du Gharb, sur un cheval de selle espagnol, vêtue d'une cape blanche d'homme et d'une coiffure de femme pour que les soldats ne lui tirent pas dessus. Toutes les épouses adoraient raconter son arrivée à la ferme. C'était aussi bien que les contes des Mille et une Nuits, voire mieux, car Tamou était là, en chair et en os, pour écouter en souriant le récit de ses exploits.33

22 Son séjour, aussi court soit-il, la place dans un firmament mythique. On dirait une prophétesse, et sa conduite une révélation. Elle inspire aux femmes la force de lutter pour améliorer leur condition : « Tamou devint une légende dès le jour où elle apparut. Elle fit prendre conscience aux autres de leur force intérieure et de leur capacité à résister au destin, quel qu'il soit34. » Tamou stimule la conscience des femmes en vue de les libérer d'elles-mêmes dans un premier temps, condition sine qua non à la réussite de toute revendication, dans la perspective de préparer leur sortie du harem. Résister, revendiquer et se libérer une fois pour toutes.

23 La femme, dans le roman de Chraïbi, incube cette conscience. Les deux fils œuvrent pour doter leur mère d'ailes pour accélérer sa libération, pour la propulser vers d'autres mondes. L'image du cheval que le père chevauche pour se rendre à la ferme, sa soif de liberté, interpelle le narrateur : « le cheval que je dessellais dans la remise attenante à la maison ne me regardait pas, ne regardait même pas sa mangeoire : il pensait encore, penserait toute une semaine à ses frères les chevaux libres. […] : pourquoi pas ma mère ? […] : un jour les êtres humains aussi seront libres35. »

24 Par la revendication corporelle qui s'ajoute à l'investissement verbal, la mère accélère son cheminement vers la liberté, puisque le processus de la libération, une fois enclenché, est irréversible. Ses deux fils l'habillent à la manière occidentale et l'initient à la découverte du monde extérieur pour pouvoir vivre pleinement sa liberté :

Derrière le marché couvert, il y a un parc […]. Sycomores, palmiers, cèdres, pins, eucalyptus, ma mère est allée de l'un à l'autre, a embrassé tous les arbres, à pleine bouche, les a étreints, leur a parlé. Et ils lui ont répondu, ont ri et pleuré avec elle – j'en jure par cet orchestre d'oiseaux qui chantaient le brasillement du couchant dans les cimes, entre ciel et terre, dans le concert des senteurs de thym, de terre et d'euphorbe. Tant de verdure ! Tant de verdure d'un seul coup ! Et toute cette liberté !36

25 Une euphorie. Éprouver son être et goûter à cette valeur fondamentale, cette essence humaine qu'est la liberté. Cela advient grâce à la complicité des deux fils. Ces derniers se chargent de procurer à leur mère tout ce qui pourrait déterrer sa féminité et favoriser son épanouissement.

Grandie par les hauts talons, moulée dans cette robe longue à ramages, brusquement elle avait un corps de femme, nous découvrions qu'elle avait des jambes élancées, une taille fine, des hanches, une poitrine – toutes choses qui dans ces robes ancestrales, et surtout dans celles de sa confection, avaient été jusqu'à présent couvertes d'ignorance et de silence.37

26 En initiant leur mère à conquérir son corps et, ensuite, l'espace extérieur, Chraïbi confère à cet agir toute sa dimension philanthropique. En fait, il est convaincu que, « Quel que soit l'avenir, notre passé est terminé38. » Il s'ensuit que l'évolution, pour ne pas dire la révolution, doit être adoptée comme principe propre à la remise en question des institutions séculaires. Les structures sociales, notamment la famille, mais surtout la conception du monde et les rapports de force qui le façonnent, sont à révolutionner. Alors seulement la femme s'affirmera, sa subjectivité verra le jour et ses revendications se réaliseront.

27 Lors de son premier contact avec son mari après son initiation à la liberté, la mère de Chraïbi39, une femme d'environ trente-cinq ans, adopte un langage subjectif, voire poétique, afin d'affirmer son individualité, sa singularité d'être humain doté de sensibilité. En effet, alors que le mari parle de la culture maraîchère, des engrais chimiques, de l'agriculture qu'il faut révolutionner proportionnellement à l'essor industriel dans une société en pleine mutation, la mère répond au gré de son être. Elle parle des arbres dont elle vient de découvrir, en être libre, la splendeur. La conversation, apparemment décousue, pose la question de l'être féminin et son droit fondamental à la réconciliation plénière avec soi, avec sa sensibilité, avec tout son être :

- Les arbres aussi ? - Quels arbres ? s'exclama mon père. En ai-je fait mention ? - Oh non ! répondit ma mère avec une grande fraîcheur d'âme. Tu les as oubliés. Parle-moi des arbres. Comment font-ils pour se marier et avoir des enfants et chanter au soleil couchant ? […] je sais que tu ne m'as parlé ni d'arbres ni d'oiseaux. Pas même d'un petit ruisseau.40

28 Cette sensibilité humaine, pour ne pas dire féminine, le narrateur en trouve les traces dans l'un de ses cahiers. L'Être retrouvé dans tout son épanouissement, dans tout son rayonnement :

Un matin, en classe de mathématiques, comme j'ouvrais mon cahier de textes à la page du jour, je vis dessinés là, deux arbres, l'un gros et poussif, l'autre maigre comme moi : les feuilles en étaient soigneusement détachées et quelques fleurs roses, jaunes, bleues étaient plantées à même tronc. Entre les deux arbres, une silhouette : un rond pour la tête, quatre traits pour les membres, un œuf représentant le corps. Ma mère sans aucun doute. Elle souriait.41

29 Le dessein, une évasion ? Non. C'est plutôt la reconquête de soi. Les retrouvailles de l'élan libertaire qui promet une vie heureuse : « Le bonheur ne s'apprend qu'avec la liberté42. » La mère est consciente des manœuvres de ses fils qui veulent l'amener à renouer avec son “Être“. C'est pourquoi elle coopère : « Elle savait nos tentatives de la sortir surtout d'elle-même, de gratter la rouille à la recherche de l'âme, elle nous était reconnaissante de notre tendresse, ne demandait pas mieux que de grandir et de porter l'âge qu'elle avait. Avec son corps de trente-cinq ans et son âme de trente-cinq ans43. »

30 Cette âme, les femmes de Mernissi en sont relativement conscientes. L'immensité de l'espace, de l'extériorité les subjugue. Leur aspiration à la liberté, que les « hauts murs » de leur harem asphyxient, est réduite à la sphère onirique. Le rêve supplée le contact direct avec le monde extérieur et l'artificialité se substitue à la réalité : « Il est impossible d'ouvrir les persiennes pour regarder à l'extérieur si l'envie vous prend de voir des fleurs autres que celles qui sont piégées dans ces tissus luxueux. Toutes les fenêtres donnent sur la cour. Aucune ne s'ouvre sur la rue44. » Comme la Mère du roman de Chraïbi, toutes ambitionnent de briser les clôtures, de transcender l'enfermement. Une différence de taille, pourtant, les sépare. Les revendications de la mère de Chraïbi sont “morales“ et relèvent l'« Être ». Par contre les femmes mernissiennes doivent au préalable échapper à l'emprise de l'enfermement :

Notre harem à Fès est entouré de hauts murs et, hormis le petit pan de ciel qu'on voit de la cour, la nature n'y existe pas. Bien sûr, si on grimpe les escaliers comme une flèche pour voir le ciel de la terrasse, on voit qu'il est plus grand que la maison, plus grand que les gens les plus puissants, plus grand que tout, mais, de la cour, la nature semble inimportante, presque absente.45

31 Les promenades de printemps sont le seul et unique moment de répit et d'évasion. Les préparatifs s'effectuent dans la vivacité et l'engouement d'un prisonnier empressé de retrouver sa liberté. C'est pourquoi la déception des femmes s'accroît parallèlement et proportionnellement à une euphorie qui s'amenuise et s'estompe. La « nzaha » touche à sa fin et le cloisonnement habituel devient imminent :

Nous arrivons à la ferme en milieu de matinée […]. Ce n'est qu'après le coucher du soleil que nous prenons le chemin du retour. Les portes se referment derrière nous. Et pendant plusieurs jours, ma mère est malheureuse. “Après une journée passée au milieu des arbres, dit-elle, il est insupportable de se réveiller avec des murs comme seul horizon.“ 46

32 La femme chez Driss Chraïbi prône la reconnaissance de l'“Être“ en tant que revendication axiale. Il en est autrement de la femme chez Fatéma Mernissi qui se soucie “des mots et des choses“. Briser le joug du harem est le prélude d'une longue lutte à venir :

Petite fille, disait Yasmina, il faut apprendre à se méfier des mots […]. Une fenêtre qui ne donne pas sur l'extérieur, moi j'hésiterais à lui accorder ce titre. Une porte qui s'ouvre sur une cour intérieure, ou un jardin entouré de murs et bouclé par des portails surveillés, n'est certes pas une porte. Il faut que tu sois consciente qu'il s'agit d'autre chose.47

33 Mernissi pose, en sociologue, la question du harem et cherche à en cerner le sens et la signification, mais aussi les formes. Elle distingue alors le “harem visible“ du “harem invisible“ entre lesquels se perdent tous les droits de la femme et où se profilent toutes leurs revendications dont celle qui les couronne toutes, en l'occurrence la liberté : « Si la ferme de Yasmina était un harem, en dépit du fait qu'on n'en voyait pas les murs, que signifiait alors le mot hurriya, liberté48. » La question est pertinente. Parce que privée de liberté, la femme ne peut être heureuse. Le modèle moderniste à contre-courant de la tradition constitue l'alternative. Ainsi à la question de la narratrice : « Crois-tu que je serai heureuse quand je serai grande ? », Yasmina répond : « Bien sûr que tu seras heureuse ! […].Tu deviendras une dame moderne, instruite. Tu réaliseras le rêve des nationalistes. Tu apprendras les langues étrangères, tu auras un passeport, tu liras des milliers de livres et tu t'exprimeras comme une autorité religieuse49. »

34 Dans ce processus de libération, il ne faut pas désapprendre à aimer la liberté, à y aspirer, car une femme gagnée par la servitude, sous toutes les formes, est perdue pour la liberté. Il faut prendre de l'élan, s'en approcher, en chercher le voisinage et la proximité. La symbolique de l'équitation est, dans ce cadre, très significative. Tamou, qui y excelle, y initie les autres femmes. Asmahan, la chanteuse syrienne, est une autre illustration des idoles des femmes du harem. Elle aussi galopait à cheval en signe de liberté : « Près du lit d'Asmahan, il y avait un cheval de bois. Asmahan avait commencé à monter à cheval très jeune. […]. Asmahan montait à cheval, comme Tamou dans la région du Rif. Pour elle, le galop était synonyme de liberté. Être libre voulait dire courir, partir, s'éloigner, découvrir50. »

35 Malgré ces deux exemples, auxquels on peut ajouter celui de Chama qui donne des spectacles sur la terrasse, la femme chez Mernissi reste dans l'anonymat ; le harem l'absorbe. La revendication du bonheur personnel anime Mernissi, enfant, qui exprime son vœu de militer pour la réhabilitation des femmes dans leur dimension sentimentale :

Si je devais un jour me battre pour la libération des femmes, je ne laisserais certainement pas de côté les plaisirs de la vie. Comme le remarquai tante Habiba : “Pourquoi se révolter et changer le monde si on ne peut pas obtenir ce qui nous manque ? Et ce qui nous manque le plus, dans notre vie de femmes, c'est l'amour, le désir et la tendresse. À quoi bon faire la révolution si le monde doit rester un désert affectif ? Une révolution féministe doit plonger hommes et femmes dans un hammam de tendresse.51

36 En fait, Mernissi ambitionne la recréation d'« une planète sereine où les maisons n'auraient pas de portes, et où les fenêtres donneraient, grandes et ouvertes, sur des rues sans danger52», une “planète“ où elle mènera une danse, de femme libre, au rythme de sa propre musique : « Je voulais danser […], avec la communauté, en suivant ma propre musique, jaillissant d'une mystérieuse source intérieure, plus forte que les tambours. Plus forte, mais plus douce et plus libératrice53. »

37 Cette danse dont rêve Mernissi, la mère de Chraïbi l'entame déjà au propre comme au figuré. Manière de montrer que les deux ne font qu'un, répondre à ses pulsions les plus intimes et s'affirmer en tant qu'être humain pleinement libre :

Ce fut le bal où je l'entraînai valser un soir à la mode d'Occident, couronnée de fleurs de bigaradier. Des dames assises sur des canapés, carafes d'orangeades, cigarettes turques, salon bourgeois et ma mère se déchaussant et dansant en soliste ses propres danses, chaque mouvement épousant chaque phrase musicale. 54

38 Tout un élan libertaire la transporte et la joie de vivre la berce. Tel un enfant impliqué dans son jeu libre, elle se laisse emporter, elle en jouit : « Ce fut la foire […] : maman tourna sur un cochon de bois, fila avec la chenille mécanique, connut l'ascension et le vertige sur une balançoire électrique, riant, criant au secours et à la joie, sa chevelure était comme un panache vivant, montant de la terre au ciel55. » Cette femme renaît à elle-même et s'engage à emprunter la voie de la liberté. Encore lui faut-il connaître et savoir. Une manière d'insinuer, par Chraïbi, l'intérêt que représente le savoir, auxiliaire et allié de toute revendication féminine voulant revisiter l'être au lieu de se contenter d'un combat pour la seule et unique contingence. La mère de l'écrivain, en fait, montre un engouement infaillible pour l'apprentissage, pour l'Histoire particulièrement. Elle est à la quête de cet “Eden“ où l'être était immuable, d'avant la culture et les lois sociales : « Elle apprenait avec avidité […]. L'Histoire était sa passion […]. Je lui appris les dates, les traités, les grandes batailles. –Non pas de guerres, pas de dates. […]. Raconte-moi le fond vrai de l'Histoire. […]. Il doit bien y avoir une époque où les chiens fraternisaient avec les chats et Dieu avec les hommes !56»

39 Son fils l'initie à la géographie aussi. Il lui apprend son corps, la morphologie, la physiologie. Ce que cette éducation visait, « c'était la carapace d'ignorance, d'idées reçues et de fausses valeurs qui la maintenait prisonnière au fond d'elle-même57. » La boulimie de connaître et de savoir est à lire aussi comme un signe de la volonté de comprendre pour se connaître et permettre aux autres, en particulier les femmes, de se connaître elles-mêmes afin de s'extirper à toutes les formes du malheur. Une entreprise qui répudie tout égoïsme et tout narcissisme : « Il faut que je m'occupe des gens […]. Je ne peux pas, je-ne-peux-pas être heureuse quand d'autres sont malheureux. À quoi me servirait toute ma science ? À avoir bonne conscience ? Mes idées, mes acquisitions, mes émotions, il faut que je les traduise en actes, pour moi et pour les autres58. » Comprendre aussi pour élucider le mystère de la décadence de cette civilisation qui l'avait condamnée à la réclusion et à l'exil par rapport à soi. Comprendre pour être au lieu d'exister seulement. Et comprendre pour agir. D'autant plus que le train de l'Histoire s'accélère sans attendre : « L'Histoire est en train de galoper plus vite qu'un cheval sauvage59. » Dans ce sens, la symbolique de la peinture renvoie à la nécessité d'agir sur l'“étant“ en même temps que sur l'“être“ :

Elle a peint toute la maison. Elle-même. C'était sa volonté, écrite dans ses yeux en lettres majuscules : “LAISSE-MOI FAIRE !“ […] – On peut transformer une maison, une ville, un pays, dit le père. Transforme-t-on pour autant l'âme des gens qui ont vécu dans une vieille maison, une ville ancienne, un pays millénaire ? _ Je ne sais pas, répond le narrateur. Peut-être que l'âme a besoin d'un coup de peinture comme la maison ?60

40 L'enterrement des objets relatifs à la période de la servitude et de la méconnaissance de soi, de l'étrangeté dans le temps et dans l'espace est un autre événement pleinement symbolique, car il implique une rupture avec un passé marqué par la soumission et l'effacement : « savez-vous ce que j'en ai fait, de la religion ? Je l'ai enterrée avec de vieux débris du passé.61

41 Écrire les revendications féminines. Oui. Mais, comment ? L'écriture préliminaire de Mernissi et la fiction visionnaire, voire révolutionnaire de Chraïbi en disent long sur cette forme de militantisme littéraire. Mernissi bouscule les tabous en bataillant pour l'émancipation de la femme et va jusqu'à transgresser les règles de la société marocaine et dénoncer les discriminations sexistes et la disparité. En féministe, Mernissi applique la méthode sociologique dans son roman Rêves de femmes. Ce qu'elle vise, c'est réhabiliter les femmes et les libérer de toutes les tutelles. Par cette autobiographie romancée, elle dénonce le « harem visible » qui empêche les femmes d'accéder à l'espace public et le « harem invisible » qui les maintient dans l'ignorance. Ces marques, que l'ordre social a tatouées sur l'être et le paraître des femmes, les ont réduites au profil d'une créature « omnisexuelle » : « Une femme corps, exclusivement physique. Ses autres dimensions psychiques, économiques et génétrices, sont non pas réduites ou marginalisées, mais inexistantes. Leur absence est symbolisée par deux attributs appréciés chez cette femme-matière, le silence et l'immobilité.62 »

42 Aux confins de l'interdit, dans une société en reconfiguration permanente, les rêves des femmes de Mernissi revendiquent la reconnaissance des autres dimensions féminines.

43 Chraïbi, lui, transcende, par sa vision du monde, la dimension onirique de Mernissi. L'accès de la “Mère“, dans La Civilisation, ma Mère !..., à l'éducation, à l'espace public lui garantit un capital en mesure de réhabiliter son “être“. C'est pourquoi au niveau de l'imaginaire, ce roman chraïbien secoue les représentations sociales qui résistent au changement, une déconstruction qui va au-delà du clos et de l'ouvert, du voilement et du dévoilement pour favoriser la quête de l'“être“. Décoder l'être féminin est une constance de la ligne directrice du roman qui met à l'épreuve l'éthos d'une culture tendant à éloigner la femme de son être. Un activisme littéraire qui montre l'une des fonctions de la littérature, celle de réveiller, en premier lieu, les femmes de leur amnésie collective : « La littérature […] nous fait participer à une sorte d'éternité […]. La fréquenter ne rend pas plus sage, mais elle nous aide à être moins sots63. » Moins sot pour ne pas voir dans l'écriture littéraire le seul bout visible de l'iceberg verbal, mais le dessous sublime de l'œuvre imaginative qui submerge le réel et le supplante même. D'autant plus que l'avenir est à imaginer64, en entier et non mutilé.


AMMAR Hamid

Bibliographie :


BEAUCHEMIN, Yves, Un temps de chien, tome I, Montréal, Fides, 2004.
CHRAÏBI, Driss, La Civilisation, ma Mère !..., Éditions Denoël, 1972.
GASPARANI, Philippe, Autofiction, une aventure du langage, Seuil, 2008.
HABERMAS, Jürgen, La Technique et la science comme idéologie, Editions Gallimard, 1973, pour la traduction française.
KADIRI, Abdeslam, Une vie sans concessions. Entretiens avec Driss Chraïbi, Tarik Editions, Casablanca, 2008.
MERNISSI, Fatéma, Rêves de femmes, Editions Le Fennec, Casablanca, 1994.
MERNISSI, Fatéma, La Femme dans l'inconscient musulman, Editions Le Fennec, Casablanca, 2006.
TODOROV, Tzvetan, La Littérature en péril, Flammarion, 2002.
Entretien avec Chraïbi à propos de son roman La Civilisation, ma Mère !... http://www.ina/video/100017827
« Portrait de Fatima Mernissi, icône du féminisme marocain », https://www.youtube.com/watch?v=Qb6iaPFs-ZI

Notes

1« La littérature peut beaucoup. Elle peut nous tendre la main quand nous sommes profondément déprimés, nous conduire vers les autres êtres humains autour de nous, nous faire mieux comprendre le monde et nous aider à vivre. » Cf. Todorov, Tzvetan, La Littérature en péril, Flammarion, 2002, p.72.
2Fatéma Mernissi, Rêves de femmes, Éditions Le Fennec, Casablanca, 1997, p. 43.
3Le mot « hudud » en arabe désigne les frontières, les limites.
4Fatéma Mernissi, Rêves de femmes, op.cit., p. 7.
5Entretien avec Chraïbi à propos de son roman La Civilisation, ma Mère !..., http://www.ina/video/100017827
6Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., Éditions Denoël, 1972, p. 9.
7Jürgen Habermas, La technique et la science comme idéologie, Subrkamp Verlag, Frankfurt am Main, 1968. Editions Gallimard, 1973, pour la traduction française.
8Jürgen Habermas, La Technique et la science comme idéologie, Editions Gallimard, 1973, pour la traduction française. Préface, p. XIV.
9Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit. pp. 13-14.
10Ibid, pp. 13-14
11Ibid, p. 15.
12Ibid, p. 18.
13Entretien de Driss Chraïbi à propos de son roman La Civilisation, ma Mère !..., : http://www.ina/video/100017827
14Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit. p. 25.
15Pour Fatéma Mernissi, le mot « Harem » ne signifie pas le fait d'être gardé par un eunuque et servi par une odalisque, ni cette vie fantasmique et débridée, mais plutôt la forme concrète de l'exclusion de la femme. Le « Harem se définit en tant qu'espace mono-sexe… dans ce cas-là, le Sénat français où il y a moins de 4% de femmes, c'est un harem. » Cf. « Portrait de Fatima Mernissi, icône du féminisme marocain », https://www.youtube.com/watch?v=Qb6iaPFs-ZI
16Fatéma Mernissi, Rêves de femmes, op.cit., pp. 147-148.
17Ibid, p. 9.
18Ibid, p. 12.
19Ibid, p. 12.
20Ibid, p. 14.
21Ibid, p. 14.
22Ibid, p. 148.
23Ibid, p. 17.
24Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit., pp. 36-37.
25Ibid, p. 43.
26Ibid., p. 39.
27Ibid., p. 43.
28A propos de cette ouverture et de cette libération, Chraïbi dit : « la mère a la radio, la télévision, son indépendance… » Cf. Entretien avec Chraïbi à propos de son roman La Civilisation, ma Mère !... http://www.ina/video/100017827
29Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit. pp.53-54.
30Ibid., p. 58.
31Fatéma Mernissi, Rêves de femmes, op.cit., p. 17.
32Ibid, p. 27.
33Ibid, p. 66.
34Ibid, p. 70.
35Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit., pp. 62-63.
36Ibid, pp. 67-68.
37Ibid, p. 63.
38Ibid, p. 71.
39Entretien avec Chraïbi à propos de son roman La Civilisation, ma Mère !..., http://www.ina/video/100017827
40Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit., p. 72.
41Ibid, p. 75.
42Ibid, p. 83.
43Ibid, p. 84.
44Fatéma Mernissi, Rêves de femmes, op.cit., p. 75.
45Ibid, p. 75.
46Ibid, p. 77.
47Ibid, p. 75.
48Ibid, p. 83.
49Ibid, pp. 83-84.
50Ibid, p. 139.
51Ibid, p. 169.
52Ibid, p. 142
53Ibid, p. 205.
54Driss Chraïbi, La Civilisation, ma Mère !..., op.cit., p. 87.
55Ibid, p. 87.
56Ibid, pp. 87-88.
57Ibid, p. 90.
58Ibid, pp. 167-168.
59Ibid, 146.
60Ibid, pp. 145-146.
61Ibid, p. 177.
62Fatéma Mernissi, La Femme dans l'inconscient musulman, Éditions Le Fennec, Casablanca, 2006, p. 49.
63Yves Beauchemin, Un temps de chien, tome I, Montréal, Fides, 2004, pp. 668-669.
64Cf. Abdeslam Kadiri, Une vie sans concessions. Entretiens avec Driss Chraïbi, Tarik éditions, Casablanca, 2008, p. 39.
Mots-clés : revendications | féminines | Mernissi | chraïbi

Pour citer cet article :
AMMAR, Hamid, "Les revendications féminines entre « Rêves » de Fatéma Mernissi et « Être » de Driss Chraïbi", in Revendications féminines dans la littérature [isbn:9789920358040], pp.147-173


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