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Représentations de l’intellectuel | L’intellectuel entre silence et engagement  : Albert Camus à Stockholm 

L’intellectuel entre silence et engagement  : Albert Camus à Stockholm

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OUKHADDA Khalil Ibrahim
L’intellectuel entre silence et engagement  : Albert Camus à Stockholm-

« Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C'est que je pense selon les mots et non selon les idées. »

Albert Camus, Carnets II.

1 Le 10 décembre 1957, Albert Camus est le neuvième écrivain français à recevoir le Prix Nobel de Littérature, dans la lignée d'André Gide (1947) et de François Mauriac (1952). Si aujourd'hui cette distinction passe pour une évidence, il n'en était rien en 1957. En effet, cinquante ans après, l'Académie suédoise lève le secret sur ses archives. André Malraux, Samuel Beckett et Albert Camus étaient, entre autres noms, d'actualité dès 1954, année où le Prix fut décerné à Ernest Hemingway. Mais, avec la parution de La Chute en 1956, puis de L'Exil et le royaume en 1957, le natif de Mondovi augmente ses chances d'être primé et devient le 49e auteur à recevoir la haute consécration, à 44 ans seulement.

2 Soixante ans après, la présence de Camus en Suède reste polémique. Pour ses détracteurs, le Nobel couronne une œuvre achevéeC'est bien fait ! », dira Sartre), tandis que pour Camus il distingue un « homme presque jeune, riche de ses seuls doutes et d'une œuvre encore en chantier » (Camus, 1957 : 13). Si modeste qu'il la perçoive, son œuvre demeure un monument littéraire qu'on ne cesse de lire et de commenter. Indissociables des événements singuliers de son temps, ses récits, pièces de théâtre, essais et éditoriaux témoignent, par une prose unique, de la lucidité et des doutes d'un des intellectuels les plus influents du XXe siècle.

3 L'objet de cet article est d'étudier le rapport entre les discours de Suède, comme réflexions sur le rôle et la figure de l'intellectuel, et l'ensemble des circonstances qui ont fait accéder cette pensée à une postérité certaine.

I-Albert Camus à Stockholm

4 Quelques jours avant la cérémonie d'attribution du Prix, le jeune lauréat prend le train pour Stockholm : il sait obstinément, ainsi que ses proches, que sa parole est attendue, que son silence devait prendre fin. C'est dans cet esprit de circonspection extrême qu'il prononce le traditionnel discours qui clôturait les cérémonies. Le 14 décembre, il donne une conférence (L'artiste et son temps) à l'Université d'Upsal, où il reprenait les grandes lignes et les conclusions du précédent discours.

5 L'avant-veille, il était l'invité de la Maison des étudiants à Stockholm. Témoin de la rencontre, Carl Gustav Bjurström, correspondant à Paris de l'éditeur suédois de Camus, revient sur un épisode polémique : un jeune étudiant algérien, se concertant avec des camarades, interpelle à plusieurs reprises l'écrivain à propos du conflit en Algérie :

Et c'est dans ce contexte que Camus prononce une phrase devenue célèbre […] : “entre la justice et ma mère, je choisis ma mère“. Or ce n'est pas tout à fait ce qu'il a dit, et en tout cas, pas tout ce qu'il a dit. À l'étudiant algérien qui réclamait justice, il a finalement répondu : “En ce moment on lance des bombes dans les tramways d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela, la justice, je préfère ma mère.“ (Bjurström, 1997 : 78-79)

6 Dans Albert Camus, soleil et ombre, Roger Grenier, collègue de Camus à Combat, rapporte une version différente :

“J'ai toujours condamné la terreur, je dois aussi condamner un terrorisme qui s'exerce aveuglément, dans les rues d'Alger par exemple, et qui un jour peut frapper ma mère ou ma famille. Je crois à la justice, mais je défendrai ma mère avant la justice.“ (Grenier, 1987 : 351)

7 Soixante ans ont passé et il demeure toujours aussi ardu de tenir pour fidèle une version quelconque, Camus n'étant jamais revenu sur cette phrase, n'ayant jamais ni confirmé ni infirmé les différentes versions rapportées. Toutefois, il est avéré que c'est bien à partir de cet incident que se cristallise la discorde entre Camus et l'intelligentsia française. Relayée sous des formes différentes, la phrase retentit et engage définitivement l'auteur sur la voie du silence. Désormais, pour lui, le conflit algérien se résume à un affrontement entre deux clans qu'il ne peut départager, pour lesquels il nourrit des sentiments d'appartenance égaux. En effet, la situation lui impose une forme d'engagement plus ambigu que pendant la Seconde Guerre mondiale où il s'agissait de lutter contre le fascisme comme ennemi implacable de la liberté. Engagement plus ambigu encore comparé à la constante lutte de Camus contre le franquisme en Espagne1. Une décennie plus tard, la donne a changé : la course à l'armement nucléaire, l'échec proclamé par Arthur Kœstler puis Camus lui-même de l'idéal soviétique ou encore les mouvements indépendantistes qui ont ébranlé les fondements des grandes nations impérialistes en Europe.

8 Pour Camus, la guerre d'Algérie annonce donc un monde qui n'a pas fini de se défaire. Pris désormais entre deux causes qu'il estime justes, il continue de militer pour une Algérie multiethnique, où vivraient donc égaux pieds-noirs et autochtones2. Mais, l'utopie dans laquelle il commence à s'enferrer se heurte très tôt à la réalité de la situation, livrant Camus d'abord « à ce désarroi et ce trouble intérieur » qu'il évoque dans les discours de Suède, et ensuite aux tourments identitaires que connaissent bien avant lui nombre de pieds-noirs à travers le Maghreb et qu'il a lui-même reconnus dans le parcours atypique d'Albert Memmi et du personnage principal de La Statue de sel, roman qu'il préface en 1953. Quittant l'Algérie pour la défendre depuis l'Hexagone, Camus se sent plus que jamais exilé :

Évoluant entre l'Algérie, sa vraie patrie, disait-il, et la France, considérée par lui comme pays d'exil, où il a passé la majeure partie de sa vie, Camus était en proie aux déchirements intérieurs, jusqu'à sa mort tragique et absurde sur les routes de France, le 4 janvier 1960. (Stepniak, 2000 : 353)

9 On comprend dès lors assez que ce « déchirement » ait été davantage accentué par la polémique suédoise qui, étant anecdotique au début, s'amplifia par la suite jusqu'à remettre en question la nature de l'engagement camusien. Répondant aux questions d'un journaliste de Demain, en octobre 1957, Camus affirme :

“Mon rôle en Algérie n'a jamais été et ne sera jamais de diviser mais de réunir selon mes moyens. Je me sens solidaire de tous ceux, Français ou Arabes, qui souffrent aujourd'hui dans le malheur de mon pays. Mais je ne puis à moi seul refaire ce que tant d'hommes s'acharnent à détruire.“ (Stepniak, 2000 : 356)

10 Comme Sisyphe, il se dit prêt à « recommencer » ce « travail inutile et sans espoir », mais sans y croire vraiment, sans croire que son engagement pour la justice puisse être entendu, à l'heure même où la polémique suédoise vient bousculer ses certitudes. De plus, au moment où Camus reçoit le Prix, il n'est plus sûr de ses talents et doute de ne pouvoir plus jamais écrire, cependant qu'il demeure certain que ce trouble n'est pas tant issu des péripéties de sa vie personnelle qu'il ne l'est d'événements sur lesquels il n'a aucune prise.

II-Albert Camus et le drame algérien

11 Pour Camus, en effet, comme pour nombre de ses compatriotes, la guerre d'Algérie a été un coup de tonnerre dans un ciel sans orages. Déjà en mai 1945, la reddition de l'armée allemande enflamme une foule exaltée à Sétif. En célébrant la défaite du fascisme, la population arabo-berbère songeait à précipiter la défaite du colonialisme, brandissant les drapeaux d'une Algérie nouvelle. Mais très vite, l'esprit de célébration tourne à l'engouement nationaliste. Les autorités françaises ouvrent le feu et s'engagent dès lors une bataille de rue qui se soldera par plus de cent morts du côté français. De suite, la répression de l'armée française est immédiate, d'une ampleur et un acharnement tels qu'elle désamorce le conflit3.

12 Ainsi qu'une majorité de pieds-noirs, Albert Camus est pris en étau entre la chute du fascisme dont la libération de Paris demeurait un symbole vif et le massacre du Constantinois qui annonçait tout autant la chute de l'impérialisme français dans le Maghreb. Toutefois, Camus se sent solidaire bien qu'il refuse d'envisager une rupture aussi brusque entre deux populations jusqu'à lors unies dans une même terre. Pour lui, le massacre de Sétif n'est pas un signe avant-coureur de ce qui allait devenir la guerre d'Algérie, près d'une décennie plus tard, mais un malaise qu'il résume en ces termes : « La crise apparente dont souffre l'Algérie est d'ordre économique. » (Camus, 1958 : p. 99). Aussi suffirait-il de donner à l'Algérie les moyens de pallier la famine et le manque d'importation pour que l'ordre se rétablisse :

Sans doute le problème est difficile. Mais il n'y a pas une minute à perdre ni un intérêt à épargner, si l'on veut sauver ces populations malheureuses et si l'on veut empêcher que des masses affamées, excitées par quelques fous criminels, recommencent le massacre de Sétif. (Camus, 1958 : p. 103)

13 En 1945, les événements de Sétif intéressent peu l'opinion publique en France. Mal ou très peu informés du fait de la censure militaire, les journaux abordent le sujet sans insistance4. De retour d'Algérie, Camus monte au front et signe six éditoriaux qui paraissent dans Combat du 13 au 23 mai. Ils n'eurent que peu d'effet, de l'aveu de l'auteur lui-même : « Ce travail de désintoxication, je l'ai tenté selon mes moyens. Ses effets, reconnaissons-le, ont été nuls jusqu'ici : ce livre est aussi l'histoire d'un échec. » (Camus, 1958 : p. 25).

III-Albert Camus à contre-courant

14 Quand la guerre d'Algérie éclate au grand jour, dix ans après les événements de Sétif, l'on en appelle à l'engagement absolu de Camus. Sûrement attendait-on de lui, en tant qu'écrivain français d'Algérie, de se faire l'avocat de la cause à la défense de laquelle on le prédestine. Pourtant, quelque temps plus tôt, ce qu'il nommait « la société parisienne de dénigrement » fustigeait sa pensée. D'abord, le message d'espoir que porte La Peste en 1947 le fait rompre avec le courant existentialiste, auquel il n'a pourtant guère prétendu appartenir. Ensuite, en 1951, L'Homme révolté le brouille définitivement avec Jean-Paul Sartre, à la suite d'une longue polémique, à l'origine de laquelle un compte rendu critique de Francis Jeanson, paru dans Les Temps modernes. Enfin, François Mauriac, en juillet 1957, s'attaque à sa position sur la peine de mort. Critiqué à droite comme à gauche et se refusant à rejoindre tout extrême, il sait que sa voix ne bénéficie que d'un rare soutien et qu'il ne peut plus défendre une position aussi nuancée que le juste équilibre entre deux causes, à l'heure où Jean Sénac, également écrivain français d'Algérie, se range ouvertement du côté des indépendantistes algériens, tout comme Jean-Paul Sartre qui, avant de soutenir l'action du FLN, plaide pour une indépendance totale de l'Algérie. Ce sont autant de poids qui pèsent sur la parole de Camus qui, pour éviter que l'on souligne le contraste entre les privilèges de son nouveau rang et la souffrance de ses compatriotes en Algérie, interpelle l'auditoire :

De quel cœur aussi pouvait-il recevoir cet honneur à l'heure où, en Europe, d'autres écrivains, parmi les plus grands, sont réduits au silence, et dans le temps même où sa terre natale connaît un malheur incessant ? (Camus, 1957 : 14)

15 Mais longtemps plus tard, l'expression de cette inquiétude demeure problématique. Pour certains, Camus ne s'inquiétait pas tant de la souffrance des indépendantistes algériens, des actes de tortures qui se multipliaient, des arrestations arbitraires, qu'il ne se souciait du sort des colonies françaises, plus que jamais lié au destin de sa terre natale.

16 Pour Edward Wadie Saïd, la position de Camus vis-à-vis de la guerre d'Algérie, qui s'est déclenchée en 1954, relève d'une sorte d'inconscient colonial. Aussi Camus n'échapperait-il pas à son milieu. Il a en effet grandi en retrait de la population arabe et berbère, ne fréquentant presque exclusivement que la communauté des « blancs ». Mais, devenu écrivain, une conscience morale le pousse à condamner les sévices subis par la population musulmane qui, quoique majoritaire, demeure marginalisée par rapport aux colons. Toutefois, si Camus s'alarme très tôt de cette situation, il n'en condamne pas ouvertement les sources. Pour lui, l'impérialisme français ne peut être l'avers des visages de son enfance ; mais au contraire un mouvement d'Histoire auquel il s'oppose comme principe, non comme manifestation factuelle.

VI-Albert Camus, le journaliste ou l'écrivain ?

17 Cette contradiction entre une conscience nourrie de principes marxistes et un inconscient colonial apparaît épisodiquement dans son œuvre. D'abord, dans La Mort heureuse, il est rarement fait référence à cette communauté, quoique les événements se passent à Alger. D'ailleurs, le mot « arabe » revient à deux reprises seulement : la première fois pour évoquer des acrobates arabes (p : 19) et la seconde : « Les chemins étaient encore bordés de figuiers de Barbarie, d'oliviers et de jujubiers. On y croisait des Arabes montés sur des ânes. » (Camus, 1971 : 148) De fait, quand l'« Arabe » est évoqué, c'est essentiellement sur le mode de l'évocation neutre, tout comme l'« olivier » et le « jujubier ». Il semble que le minimalisme textuel de l'écriture de Camus - écriture blanche par excellence -, s'est exercé à « effacer » l'Autre, en niant son existence propre par le seul biais d'une majuscule, en le reléguant au niveau d'un décor de théâtre. Ensuite, dans L'Étranger, l'Arabe est assassiné sans qu'on ne connaisse ni son nom ni son identité, sans qu'il n'ait droit à prendre la parole. Enfin, il en est de même quant à La Peste, récit paru en 1947, au sujet duquel Pol Gaillard explique cette absence comme une nécessité d'ordre philosophique et esthétique. Selon lui, Camus souhaitait livrer une image de la révolte, désancrée, loin de la question coloniale qui occupe le champ du débat :

[…] si Camus avait peint réellement les deux « communautés », le livre ne pouvait plus répondre aux intentions de son auteur, qui voulait nous présenter la « communauté » essentielle des hommes devant l'épidémie, devant l'oppression, devant le mal. Une question se pose alors : pourquoi Camus a-t-il choisi Oran, et non pas Marseille par exemple ? – Non seulement parce que Camus connaissait beaucoup mieux Oran, mais parce que la ville, plus petite, ramassée sur elle-même et comme enfermée (au milieu des Arabes précisément), neutre, presque sans arbres, lui a paru, esthétiquement, le lieu idéal pour y faire vivre, ensemble, les prisonniers de tous les fléaux (Les prisonniers était le premier titre de La Peste). (Gaillard, 1972 : 33)

18 Cette réflexion ne fait que prolonger la polémique. En effet, quand Gaillard parle de « “communauté“ essentielle des hommes », il réaffirme l'hégémonie comme posture du colonisateur à l'égard du colonisé. L'« Arabe », considéré de ce point de vue comme entité essentialisée, ne semble pas avoir droit à son accès à l'Histoire. La possibilité émise, quant au choix de la ville, paraît immotivée, en ceci que si l'auteur voulait véritablement un lieu neutre, il aurait choisi le lieu utopique, la géographie illocalisable, un lieu sans culture et sans ethnie préétablie.

19 L'interprétation de cette absence reste toutefois conflictuelle et rien ne permet d'affirmer qu'elle ait une signification exacte. D'autant plus que l'on sait que Camus s'est engagé publiquement et secrètement en faveur du colonisé – par le biais de tribunes dans Alger Républicain et de lettres où il demande la libération de détenus politiques algériens5. D'ailleurs, dans La Peste, il est fait référence à Misère en Kabylie à travers le journaliste Raymond Rambert qui « enquêtait pour un grand journal de Paris sur les conditions de vie des Arabes et voulait des renseignements sur leur état sanitaire. Rieux lui dit que cet état n'était pas bon. » (Camus, 1947 : 18). Mais quelques pages plus avant, Camus récidive en faisant référence au meurtre dans L'Étranger :

Grand avait même assisté à une scène curieuse chez la marchande de tabac. Au milieu d'une conversation animée, celle-ci avait parlé d'une arrestation récente qui avait fait du bruit à Alger. Il s'agissait d'un jeune employé de commerce qui avait tué un Arabe sur une plage. (Camus, 1947 : 56-57)

20 Ce contraste entre l'œuvre et l'homme a fait l'objet de toute une littérature. Culture et impérialisme de Saïd s'attache particulièrement à cet aspect, dans un chapitre intitulé « Camus et l'expérience impériale française », où on peut lire :

Camus joue un rôle particulièrement important dans les sinistres sursauts colonialistes qui accompagnent l'enfantement douloureux de la décolonisation française du XXe siècle. C'est une figure impérialiste très tardive : non seulement il a survécu à l'apogée de l'empire, mais il survit comme auteur « universaliste », qui plonge ses racines dans un colonialisme à présent oublié. (Saïd, 2000 : 252)

21 Le caractère impérialiste de la pensée camusienne aurait ainsi été feutré par une œuvre considérable et un parcours intellectuel irréprochable. Mais la réflexion de Saïd peut être envisagée différemment. Quand Camus se refuse à mettre en scène des personnages arabes, il ne témoigne pas d'une attitude coloniale, mais reconnaît sa non-connaissance d'une communauté qu'il n'a pas fréquentée. Lui qui admet ne connaître les hommes qu'à travers le football et le théâtre, c'est-à-dire l'amitié, comment aurait-il pu, en tant qu'écrivain, attribuer une parole à des silhouettes lointaines, dont la culture et la langue lui sont étrangères ? Sans doute une telle entreprise aurait été assurément taxée d'artificielle, l'exercice romanesque requérant une subjectivité contraire à l'objectivité du journaliste. Toutefois, pour Saïd, c'est bien à travers les récits de Camus qu'on peut expliquer cette ambivalence. Dominique Combe résume les arguments de Saïd :

La « réalité » de la colonisation est « déniée », comme le montrent selon Said « l'Arabe » innommé de L'Étranger, le procès supposé équitable de Meursault meurtrier, la présence fantomatique et « horslieu » de la ville d'Oran comme décor de La Peste, la culpabilité du juge Clamence dans La Chute, seul récit de Camus à ne pas se dérouler en Algérie, mais qui en présente à travers Amsterdam une image inversée, de froid et de brume. (Combe, 2013)

22 La « dénégation » de la réalité coloniale serait le maître mot d'une œuvre littéraire foncièrement favorable à la colonisation, mais tout de même excusée par un concours de circonstances extérieures à la volonté de l'auteur. Pourtant, cette réalité traverse les éditoriaux de Camus sur une période de vingt ans. Et peut-être trouve-t-elle aussi une place dans ses récits. La scène du meurtre dans L'Étranger traduit symboliquement le combat inégal entre le colon et le colonisé : le premier brandit un révolver, le second un couteau… Cette injustice, qui serait par métonymie celle de la colonisation, est saisie par les paroles de Meursault directement après le meurtre : « J'ai compris que j'avais détruit l'équilibre du jour, le silence exceptionnel d'une plage où j'avais été heureux. » (Camus, 1942 : p. 95).

23 Ainsi, en prenant le train pour Stockholm, Camus avait sûrement pris conscience du bien-fondé d'une opinion similaire à celle de Saïd, quoiqu'en son temps, nul n'établît clairement le rapport que souligne l'analyse de Saïd. Pourtant, l'engagement, tel que l'envisage Camus lui-même, rencontre cette perspective. Pour Benoît Denis, l'intellectuel engagé exprime sa position à travers différentes formes littéraires, de l'essai au poème, en passant par le récit et ses multiples catégories :

[…] tous les textes redevables de l'engagement sont marqués par l'accent qu'ils mettent sur la personne de leur scripteur. Au point que Camus, en 1945, discutant de la validité de l'engagement, soutenait qu'il reposait en quelque sorte sur “le double jeu d'une œuvre et d'une vie“, façon pour lui de souligner que ce qui authentifie partiellement le texte engagé, c'est avant tout l'engagement de l'écrivain, selon un processus d'échange entre l'œuvre et son auteur plus complexe et plus ambigu qu'il n'y paraît. (Denis, 2000 : p. 43)

24 Cette opinion renforce l'hypothèse d'un Camus double : d'une part, un écrivain soutenant la colonisation française, sans être conscient de jouer le rôle de « figure impérialiste très tardive » ; de l'autre, un journaliste « embarqué », éclairant de son témoignage la nécessité de libérer son pays natal du joug colonial et du « malheur incessant » qu'il enfante. Mais à vrai dire, Camus juge lui-même peu fondée cette division franche entre les genres littéraires. Ne se considérant pas lui-même comme philosophe, il affirme pourtant, à propos de La Nausée de Jean-Paul Sartre : « Un roman n'est jamais qu'une philosophie mise en images. Et dans un bon roman, toute la philosophie est passée dans les images. » (Camus, 1938). À ce sujet, Michel Onfray estime que la pensée de Camus est radicalement différente de l'expression philosophique dominante au cours de la seconde moitié du XXe siècle, substituant à la possibilité d'un double aspect de l'œuvre camusienne une unité due à la tradition philosophique française à laquelle Onfray la lie :

La ligne claire a ses adeptes, Kierkegaard ; le trait obscur, ses thuriféraires, Hegel en figure emblématique. Ou bien encore : Camus, la ligne claire, contre Sartre, le trait obscur.

En vertu de cette domination de l'Allemagne sur le terrain de la philosophie européenne depuis les années 1830, quiconque rédige son propos dans une langue facile d'accès passe pour superficiel. L'obscurité semble signe et gage de profondeur ; la clarté, preuve de légèreté et d'inconséquence théorique. Voilà pourquoi, à plusieurs reprises dans son œuvre, Camus affirme n'être pas philosophe : selon les critères prussiens, en effet ; mais en vertu des critères que nous dirons danois, il illustre à merveille la tradition de la philosophie française. (Onfray, 2012 : p. 13)

25 Ainsi, quand Camus se plonge dans l'écriture du discours de Suède, il s'exprime en tant qu'écrivain et journaliste. L'association de ces deux fonctions y est d'ailleurs textuellement traduite par la notion d'« artiste » : un créateur solitaire et solidaire, par opposition à « la présence totale de l'écrivain à l'écriture » que Simone de Beauvoir défend, dans la lignée des positions sartriennes vis-à-vis de l'engagement et qu'on peut résumer par la notion de « responsabilité de l'écrivain ». Mais tous les termes issus de ces positions, défendues en grande partie dans trois essais : Qu'est-ce que la littérature ? Baudelaire et Flaubert, ne conviennent pas à Camus. Pierre Grouix, dans Dictionnaire Albert Camus, revient sur cette divergence de terminologie :

Comme ceux de “philosophe“, voire d'“intellectuel“, d'“existentialiste“, les mots d'“auteur engagé“ ne conviennent pas. Il est frappant de voir que Camus juxtapose les termes d'“engagement“ et d'“artiste“, qu'il oppose presque comme “oppression“ et “liberté“. (Guérin et al., 2009 : p. 251)

26 Même s'il dénigre autant de mots, il n'hésite pas à les utiliser pour se faire comprendre de ceux qui, sur l'Algérie, écrivent des articles « si facilement dans le confort du bureau » (Camus, 1958 : p. 13). S'il fallait enfin résumer la position de Camus en quelques mots, cela reviendrait aussi à justifier sa constante neutralité, tout au long du conflit, et son pacifisme absolu. Fort de vingt ans de prises de positions constantes, il affirme en livrant Actuelles III à ses lecteurs que son « témoignage », sans être le plus éclairé, est sans doute le plus cohérent :

Lorsque la violence répond à la violence dans un délire qui s'exaspère et rend impossible le simple langage de raison, le rôle des intellectuels ne peut être, comme on le lit tous les jours, d'excuser de loin l'une des violences et de condamner l'autre, ce qui a pour double effet d'indigner jusqu'à la fureur le violent condamné et d'encourager à plus de violence le violent innocenté. S'ils ne rejoignent pas les combattants eux-mêmes, leur rôle (plus obscur, à coup sûr !) doit être seulement de travailler dans le sens de l'apaisement pour que la raison retrouve ses chances. (Camus, 1958 : p. 18)

V-Albert Camus, engagé ou embarqué ?

27 Dans le même ordre d'idées, la notion d'« engagement » en elle-même ne saurait être valable au regard de Camus, en cela qu'elle suppose que l'intellectuel est en dehors de l'Histoire et qu'il ne peut la rejoindre qu'en s'y engageant d'un élan « volontaire » ; alors que lui stipule, reprenant le mot de Pascal, que l'artiste est embarqué et qu'il doit agir dans la mesure de ses moyens, qu'il soit volontaire ou non. « Il ne s'agit pas en effet pour l'artiste d'un engagement volontaire, mais plutôt d'un service militaire obligatoire. » (Camus, 1957 : p. 26). Ce sens du « devoir difficile » réapparaît dans l'avant-propos d'Actuelles III, lorsqu'il définit le rôle de l'intellectuel :

Se battre pour sa vérité et veiller à ne pas la tuer des armes mêmes dont on la défend, à ce double prix les mots reprennent leur sens vivant. Sachant cela, le rôle de l'intellectuel est de discerner, selon ses moyens, dans chaque camp, les limites respectives de la force et de la justice. (Camus, 1958 : p. 24)

28 Si Camus redéfinit ci-dessus « le rôle de l'intellectuel », c'est que cinq mois plus tôt, le message des discours de Suède n'a pas été entendu, court-circuité sans doute par sa phrase sur la justice. Il se retrouve de nouveau contraint de « recommencer », alors que les cérémonies du Nobel représentaient à lors l'occasion d'exprimer sa conception « du rôle de l'écrivain » et, partant, de l'engagement de l'artiste, dans l'absolu et sans le réduire à un événement en particulier, si bien que la réflexion de Camus semblait déborder le cadre restreint de l'actualité politique de son temps, tout en tirant un enseignement singulier de la question algérienne et du débat qu'elle suscite.

29 C'est donc un enjeu considérable qui pèse sur les deux discours de Suède : dresser un portrait de ce qu'est et devrait être un artiste « embarqué » dans « la galère de son temps » (Camus, 1958 : p. 26), car l'artiste n'est pas volontaire, mais il accomplit « un service militaire obligatoire » (p. 26). Pour Camus, en effet, « l'artiste doit, comme les autres, ramer à son tour », mais cette solidarité ne l'empêche pas de continuer « de vivre et de créer ». La métaphore moliéresque de la « galère » soulève ainsi la double attitude de l'artiste : solidaire, du fait qu'il est embarqué ; solitaire, du fait qu'il demeure, dans la mesure de ses moyens, un créateur qui ne peut se définir que « dans cet aller retour perpétuel de lui aux autres, à mi-chemin de la beauté dont il ne peut se passer et de la communauté à laquelle il ne peut s'arracher. » (p. 15). En effet, Camus ne peut supporter tout engagement qui prive l'artiste d'une telle liberté si chèrement acquise et si difficile à maintenir.

30 Dans L'Artiste et son temps6, Camus évoque cette perspective : « Racine en 1957 s'excuserait d'écrire Bérénice au lieu de combattre pour la défense de l'Édit de Nantes. » (p. 29). Cette hypothèse soulève une autre facette de l'engagement, laquelle étouffe la création, suprême vocation de tout artiste. Condamné sans cesse, ce dernier voit diminuer cette liberté : « Jusqu'à présent, et tant bien que mal, l'abstention a toujours été possible dans l'histoire. Celui qui n'approuvait pas, il pouvait se taire, ou parler d'autre chose. Aujourd'hui, tout est changé, le silence même prend un sens redoutable. » (p. 26). En défendant le silence, Camus sait pourtant que « l'abstention elle-même est considérée comme un choix », que tout artiste ne peut se soustraire à l'obligation d'embarquer dans l'histoire et qu'en temps de combat, écrire pour la postérité est tout à fait condamnable : « Nous ne souhaitons pas gagner notre procès en appel et nous n'avons que faire d'une réhabilitation posthume : c'est ici même et de notre vivant que les procès se gagnent ou se perdent. » (Sartre, 1948 : p. 14-15). Sartre, en présentant Les Temps modernes, ouvre une nouvelle ère : celle de l'engagement plénier de l'écrivain. Toute œuvre devient dès lors conditionnée par la responsabilité que son auteur y engage et à partir de laquelle on peut juger de « la qualité de son engagement » (Denis, 2000 : p. 44) ; aucun auteur ne peut alors se défaire de ce jugement en évoquant « l'alibi de la liberté créatrice ». Par conséquent, « écrire est une tâche ou un devoir qui s'impose à la liberté de l'écrivain. » (p. 46). Mais, une fois cette écriture entamée, elle montre certaines de ces limites, confinant l'auteur ou bien à « une mise en scène de soi » ou bien au témoignage, qui, tout en « réalis[ant] cet accord d'une œuvre et d'une vie », demeure « la malédiction de l'écrivain engagé, la forme pauvre par excellence » (p. 49). En conséquence, Benoît Denis soulève la justesse de l'opinion de Camus :

Ainsi la définition camusienne du “double jeu d'une œuvre et d'une vie“ s'avère-t-elle exacte. Il y a une duplicité de l'engagement qui consiste en ce va-et-vient entre la personne de l'écrivain et son œuvre, entre la mise en avant de l'auteur et l'utilisation des ressources et des séductions qu'offre la littérature. (Denis, 2000 : p. 48)

31 Issue des discours de Suède, cette réflexion maintient la constante nécessité de ce « double jeu » et définit l'écrivain selon deux attitudes complémentaires : solitaire et solidaire. Camus substitue donc cette dualité de l'artiste à la notion de « responsabilité », participant ainsi au commencement de ce que Benoît Denis nomme « Les résistances à Sartre » : « L'hégémonie du discours sartrien sur la littérature dans l'immédiat après-guerre ne doit pas masquer les résistances que le personnel littéraire oppose à une conception aussi radicale et contraignante de l'engagement. » (p. 273). En effet, Jean Paulhan, René Étiemble et Georges Bataille s'opposent ou tout du moins dulcifient la rigueur du discours sartrien, cependant que Camus semble être au plus près de la vision de Sartre, étant donné que tous deux produisent essais, romans et pièces de théâtre, que tous deux sont critiques littéraires et ont exercé, chacun de son côté, le métier d'éditorialiste, notamment au cours de la Seconde Guerre mondiale. Mais autant de points en commun n'ont pas résisté au violent cours de l'histoire. En 1952, Sartre l'observe avec « regret » : « Beaucoup de choses nous rapprochaient, peu nous séparaient. Mais ce peu était encore trop : l'amitié, elle aussi, tend à devenir totalitaire […] » (Sartre, 1964 : p. 90). La brouille est entamée et rien, hormis le silence, ne peut y mettre un terme : « J'espère que notre silence fera oublier cette polémique. » (p. 125). Quelques jours après le décès de Camus, Sartre rompt le silence et lui rend hommage, évoquant son humanisme que chacun pouvait critiquer mais dont aucun ne pouvait douter.

32 Les principes moraux et philosophiques d'un Camus humaniste étaient assurément à l'épreuve des grands tourments de son époque, éclairant une génération qui « sait pourtant qu'elle ne refera pas [le monde]. » (Camus, 1957 : p. 18). Cette génération à laquelle Camus ne peut s'arracher a pour tâche « d'empêcher que le monde se défasse », de « restaurer […] ce qui fait la dignité de vivre et de mourir », de « restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude, réconcilier à nouveau travail et culture, et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. » (p. 19). Les menaces qui planent sur cet idéal sont légion, et y faire face suppose un combat sans répit et sur tous les fronts, qui ne peut être victorieux que si tous les hommes comprennent que leur devoir est d'« élever leurs fils et leurs œuvres dans un monde menacé de destruction nucléaire. » (p. 18). Ce zeugma attelage n'est pas sans rappeler le rôle duel de l'écrivain. Duel aussi est l'objectif suprême auquel il concourt : « Le service de la vérité et celui de la liberté. » (p. 16). Associées, vérité et liberté offrent aussi au métier d'écrivain son caractère noble : « Le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression. » (p. 17). Ainsi, la génération de Camus est vouée à « tenir » le « double pari de liberté et de vérité. » (p. 20). Çà et là : bribes d'un langage résolument humaniste et qui ne trouve son expression sans nulle autre pareille qu'une fois reconnu le mérite de la vérité et de la liberté, éclairé le dur « chemin » pour y parvenir :

La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts, péniblement, mais résolument, certains d'avance de nos défaillances sur un si long chemin. (p. 20-21)

Conclusion

33 Exposant au grand jour à la fois ses incertitudes et ses convictions, reconnaissant ses erreurs et recouvrant son mérite d'une simplicité singulière, Albert Camus a survécu non pas comme « figure impérialiste », mais, à en croire Mouloud Feraoun, comme « une gloire algérienne ». Sans doute le cours de l'histoire lui a donné tort, mais s'il continue d'être présent, c'est que les hommes lui ont donné raison. Habitué à « vivre dans la solitude du travail ou dans les retraites de l'amitié » (p. 13), il a néanmoins contribué à « élever » une des œuvres fondatrices de la littérature algérienne d'expression française. « En effet, de Rachid Boudjedra à Maïssa Bey, de Assia Djebbar à Abdelkader Djemaï, ou encore Yasmina Khadra et Salim Bachi, tous “dialoguent“ avec Camus, le disputent quand ils ne le revendiquent pas. » (Belaskri, 2013 : p. 226).

34 Cette « filiation » continue toujours d'alimenter la littérature algérienne. En 2013, un siècle après la naissance de Camus, Kamel Daoud publie Meursault, contre-enquête, pastiche de L'Étranger retraçant l'histoire de la victime de Meursault, un homme réassassiné par l'oubli et l'indifférence. Le narrateur, frère de la victime, doit faire face à Meursault : « Le meurtrier est devenu célèbre et son histoire est trop bien écrite pour que j'aie dans l'idée de l'imiter. » (Daoud, 2014 : p. 12). Sans l'imiter donc, le narrateur tente une réécriture du meurtre de Moussa, auquel il rend donc son nom, son visage et son histoire. En s'attaquant à Meursault, Daoud affirme à la fois ce qui l'éloigne de Camus et ce qui l'en rapproche.

35 En somme, Camus intrigue toujours non seulement les intellectuels de son pays natal, mais aussi ceux de l'Hexagone comme Jean Daniel, Michel Onfray, Alain Finkielkraut ou encore Olivier Todd. Évoqué, interrogé, sans cesse rappelé dans le débat, Camus reste dépositaire de valeurs toujours aussi actuelles. Ses idées, ses positions mais aussi ses silences sont autant de chemins qui mènent à de multiples réflexions, que ce soit sur le terrorisme (Jean Monneret), sur la violence (Lou Marin ou encore Éric Werner) ou bien sur le rôle et la figure de l'intellectuel.

36 Bien que nombre d'anathèmes aient pu l'atteindre, Camus est resté un artiste solidaire de ses contemporains et compatriotes, solitaire dans l'exercice de son art, cherchant dans un monde absurde la présence inespérée de l'Autre qui le ferait sortir de l'exil, loin de tout dandysme et au plus près de l'engagement pour cette beauté à laquelle concourt l'art, qui aspire à la vérité et consent à liberté :

L'esprit historique et l'artiste veulent tous deux refaire le monde. Mais l'artiste, par une obligation de sa nature, connaît ses limites que l'esprit historique méconnaît. C'est pourquoi la fin de ce dernier est la tyrannie tandis que la passion du premier est la liberté. Tous ceux qui aujourd'hui luttent pour la liberté combattent en dernier lieu pour la beauté. Bien entendu, il ne s'agit pas de défendre la beauté pour elle-même. La beauté ne peut se passer de l'homme et nous ne donnerons à notre temps sa grandeur et sa sérénité qu'en le suivant dans son malheur. Plus jamais, nous ne serons des solitaires. (Camus, 1959 : p. 138-139)


OUKHADDA Khalil Ibrahim

Bibliographie

-Belaskri, Yahia, « Camus et l'Algérie : le retour », in Pourquoi Camus ?, (sous la direction d'Eduardo Castillo), Éd. Philippe Rey, Paris, 2013

-Benot, Yves, Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe république et la mise au pas des colonies françaises, La Découverte, 2001 [1994].

-Camus, Albert, « La Nausée de Jean-Paul Sartre », in Alger républicain, 20 octobre 1938.

-Camus, Albert, L'Étranger, Gallimard, « Folio », 1980 [1942].

-Camus, Albert, La Peste, Gallimard, « Folio », 1972 [1947].

-Camus, Albert, Discours de Suède, Gallimard, « Folio », 1997 [1957].

-Camus, Albert, Actuelles III, Gallimard, coll. « NRF », 1958.

-Camus, Albert, Noces suivi de L'été, Gallimard, « Folio », 1988 [1959].

-Camus, Albert, La Mort heureuse, Gallimard, « Folio », 2010 [1971].

-Combe, Dominique, « Camus postcolonial ? », in Revue Sciences/Lettres [En ligne], mis en ligne le 20 mars 2013, consulté le 29 octobre 2015.

-Daoud, Kamel, Meursault, contre-enquête, Actes Sud, 2014 [Éd. Barzakh, Alger, 2013].

-Denis, Benoît, Littérature et engagement. De Pascal à Sartre, Seuil, « Points/essais », 2000.

-Gaillard, Pol, La Peste. Camus. Analyse critique, Hatier, « Profil d'une œuvre », 1972.

-Grenier, Roger, Albert Camus, soleil et ombre. Une biographie intellectuelle, Gallimard, « Folio », 1987.

-Guérin, Jeanyves (sous la direction de), Dictionnaire Albert Camus, Robert Laffont, « Bouquins », 2009.

-Lottman, Herbert R., Albert Camus, Seuil, « Points/Biographie », 1978.

-Onfray, Michel, L'Ordre libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus, Flammarion, 2012.

-Saïd, Edward W., Culture et impérialisme, Fayard/Le monde diplomatique, 2000.

-Sartre, Jean-Paul, Situations II, Gallimard, « NRF », 1948.

-Sartre, Jean-Paul, Situations IV, Gallimard, « NRF », 1964.

-Stepniak, Maria, « Albert Camus, écrivain français d'Algérie », in Studia Romanica Posnaniensia, Vol. 25/26, Adam Mickiewicz University Press, Poznań, 2000.

Notes

1 Le 7 septembre 1944, Camus signe un éditorial à Combat : « Nos frères d'Espagne », où on peut lire une prise de position tranchée : « L'Espagne a déjà payé le prix de la liberté. Personne ne peut douter que ce peuple farouche est prêt à recommencer. Mais c'est aux Alliés de lui économiser ce sang dont il est si prodigue et dont l'Europe devrait se montrer si avare en donnant à nos camarades espagnols la République pour laquelle ils se sont tant battus. »

2 Herbert R. Lottman, biographe d'Albert Camus, résume la position de ce dernier, à partir d'un entretien paru en Juin 1957 dans Encounter, un périodique anglais : « Il s'y déclarait favorable à la proclamation de la fin du statut colonial de l'Algérie, à l'organisation d'une conférence où seraient représentés tous les camps et où serait envisagée la constitution d'une nation autonome et fédérée sur le modèle suisse, qui garantirait les droits des deux populations vivant dans ce pays. Mais il ne pouvait, disait-il, aller plus loin. Il ne pouvait pas s'engager dans le maquis arabe, ni approuver le terrorisme, qui d'ailleurs frappait davantage de civils arabes que de Français. Il ne pouvait protester contre la répression française et garder silence sur le terrorisme arabe. » (Lottman, 1978 : p. 602). De plus, en mai 1958, quelques jours après le Putsch d'Alger, paraît le dernier tome de la série Actuelles, sous-titré Chroniques Algériennes 1939-1958 et accompagné d'un avant-propos de l'auteur. Il y revient sur son opinion vis-à-vis de la guerre d'Algérie : « J'ai essayé […] de définir clairement ma position. Une Algérie constituée par des peuplements fédérés, et reliée à la France, me paraît préférable, sans comparaison possible au regard de la simple justice, à une Algérie reliée à un empire d'Islam qui ne réaliserait à l'intention des peuples arabes qu'une addition de misères et de souffrances et qui arracherait le peuple français d'Algérie à sa patrie naturelle. Si l'Algérie que j'espère garde encore une chance de se faire (et elle garde, selon moi, plus d'une chance), je veux, de toutes mes forces, y aider. » (Camus, 1958 : p. 28).

3 Pour plus de précisions, voir l'ouvrage d'Yves Benot : Massacres coloniaux. 1944-1950 : la IVe république et la mise au pas des colonies françaises, La Découverte, 2001 [1994], pp. 9-35. Il est à noter que l'auteur revient longuement sur la polémique qui entoure le bilan du massacre de Sétif et les chiffres avancées par les deux belligérants, les circonstances « préinsurrectionnelles », ainsi que les différentes versions rapportées des événements du 8 mai 1945.

4 Voir à cet effet, dans le même ouvrage : « Sétif vu de l'Hexagone », pp. 54-64.

5 Herbert Lottman évoque dans sa biographie d'Albert Camus les différentes interventions de ce dernier en faveur de la libération d'indépendantistes algériens. L'une de ces interventions concernait le jeune frère d'un ami de l'écrivain Emmanuel Roblès, que le général de Gaulle a gracié à la demande de Camus. D'après les témoignages recueillis par Lottman, cette initiative n'était pas singulière : « Les dossiers de Camus contenaient de nombreux échanges de correspondance avec le gouvernement français, avant et après l'arrivée au pouvoir du général de Gaulle, sollicitant la clémence pour des individus ou des groupes musulmans. » (Lottman, 1978 : p. 605).

6 Conférence prononcée à l'Université d'Upsal, le 14 décembre 1957.

Mots-clés : intellectuel | silence | engagement | Camus

Pour citer cet article :
OUKHADDA, Khalil Ibrahim, "L’intellectuel entre silence et engagement  : Albert Camus à Stockholm", in Représentations de l’intellectuel [isbn:9789920358729], pp.87-116


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