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Voyage, errance et exil. Parcours existentiels. | Poétique du désert et thématique de l’errance dans Le Livre du Sang de A. Khatibi 

Poétique du désert et thématique de l’errance dans Le Livre du Sang de A. Khatibi

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ZAHIR Mohamed
Poétique du désert et thématique de l’errance dans Le Livre du Sang de A. Khatibi-

1 Dans Le livre du sang, le désert représente à la fois l'espace fictionnel, mais introduit aussi un paradigme thématique qui contribue à déterminer l'économie du sens du roman. En effet, la thématique du désert charrie une longue tradition spirituelle et métaphysique enracinée dans toute l'aire culturelle imprégnée par la tradition abrahamique subsumant les trois monothéismes. Cet espace, signifiant, est chargé d'un surplus sémantique qui compense l'absence de repères chronologiques et d'une référencialité géographique dans le texte. Le désert, espace de l'errance mystique se trouve du coup investit d'une dimension métaphysique et existentielle, car il représente à la fois l'espace de l'ipséité, de la quiddité et celui de l'altérité absolue.

2 Par ailleurs, il convient de rappeler que la personnalité culturelle maghrébine s'est échafaudée au travers de la synthèse harmonieuse entre l'identité méditerranéenne et ce que d'aucuns appellent la Civilisation du Désert. En consacrant l'orient comme source d'inspiration, Khatibi nous invite à une plongée exploratrice de la dimension orientale, solaire en quelque sorte, de la structure identitaire maghrébine.

3 En effet, l'espace désertique évoque aussi toute une tradition littéraire et esthétique typiquement orientale à savoir L'Adab avec sa poésie préislamique, son amour courtois, ses contes merveilleux des Mille et une nuits. Cette source culturelle et esthétique irrigue le texte Khatibien qui convoque l'orient pour exprimer sa passion et sa déchirure nominale.

4 Modelée par l'ascendance nomade et bédouine des peuples sémitiques, la tradition culturelle dans laquelle baigne le texte est le produit de la coïncidence historique entre le développement du nomadisme et l'émergence des monothéismes. À cet égard, la poétique du désert dit l'errance de l'écriture Khatibienne qui nomadise d'une mémoire à une autre, d'une culture à une autre et d'un imaginaire à un autre. Une écriture nomade est une écriture qui célèbre les valeurs de l'accueil et de l'ouverture et récuse tout enracinement définitif. Bref, c'est une écriture qui se veut universelle et diasporique.

5 C'est en prenant en considération ces éléments qu'on pourrait saisir la valeur herméneutique de cette thématique du désert qui réfère à une composante essentielle de notre identité culturelle maghrébine. C'est dans cette perspective aussi que cet espace incarne une représentation hiératique d'une altérité absolue, d'une essence mystico-ontologique suggérée par l'infini désertique.

6 Le texte oppose donc deux espaces sur l'axe vertical, le ciel et la terre et sur l'axe horizontal, la cité et le désert, la taverne à l'asile de la secte des inconsolés. Il propose l'enracinement sédentaire et l'expérience de l'errance comme deux dimensions essentielles de l'être, mais aussi deux forces opposées ; tribus nomades et tribus sédentaires qui ont déterminé l'histoire sociopolitique du Maghrébin.

7 Le désert, associé à l'érémitisme des membres de la secte des inconsolés est le lieu d'une expérience spirituelle de la lutte des contraires où les mystiques vont y rencontrer les figures de l'altérité absolue : Dieu, la Mort, le Mal, le Démon etc. Le désert devient donc présentation d'une quête de l'ailleurs absolu, en cela l'espace désertique incarne la figure de l'infini et introduit le principe d'une projection de la nostalgie de la transcendance, du Tout Autre, la fin du roman consacre la désillusion et le désenchantement de cette quête de l'absolu.

8 En effet, lieu de désolation, de stérilité inorganique et minérale, le désert est un espace ou l'Homme est proche de la mort. Affronter la tension du désert c'est subir son épreuve initiatrice qui préfigure la passion et la mort. La mort des personnages et du récit lui-même à la fin du roman signifie cette lente décomposition de l'être et ce lent glissement vers l'anéantissement. La fin tragique de l'œuvre figure la défaite du moi face à cette épreuve initiatique, face à la promesse de l'absolu que miroitent les mirages du désert :« Le pas vers le désert va-t-il libérer notre détresse ? Nous mènera-t-il aux frontières de toute terre ? Désert, pensée promise » (P37).

9 La thématique du désert est donc inscrite sur un plan mystico métaphysique comme le regret nostalgique d'un paradis édénique perdu. Cette nostalgie du Tout- Autre renoue avec une expérience immémoriale, une réminiscence primordiale aux antipodes de l'imperfection représentée par les forces de stérilité et du chaos emblématisées par l'espace désertique. Ce dernier symbolise l'espace de la Faute, du Péché et de la Malédiction. Il renvoie donc à la thématique de la quête du Salut, mais aussi à l'évasion négative, à la fuite du monde et au repli autistique sur soi. Le désert de la tradition biblique et coranique, où l'on réitère l'expérience archétypique de l'errance d'Abraham, reste hypotextuellement implicite dans le texte. Khatibi réinvestit et recycle les potentialités sémiologiques de cette tradition qu'il réactualise pour mieux la dépasser:

10 « Au seuil du désert, la sève hésite à submerger un printemps sec, presque fou éclatant de désirs foulés; de la l'évasion de ce pays vers sa destinée mythique et chancelante captivée par le soleil.

11 Nous posons le pas là ou les dieux, les morts et les amants inguérissables empruntent la trace de leur rapatriement.

12 Eh quoi ! N'avons-nous pas promis aux bienheureux des jardins suspendus où dansent les houris et les éphèbes immortels » (p19).

13 Ainsi, la thématique désertique se situe au cœur d'une quête du sens ou le nouveau consacre le retour du même.

14 Toutefois Khatibi prend soin de se dessaisir de toute nostalgie sclérosante qui exprimerait un quelconque passéisme ou retrait historique. Il précise dans son essai Penser le Maghreb Lorsque je dialogue avec la tradition mystique ; ce n'est point par nostalgie de retour, mais par transmutation de son épreuve »1.

15 Retrouver la plénitude et la totalité de l'être dans l'immensité et la vastitude du désert équivaut à une recherche de l'origine jusque dans son effacement, car la topographie désertique déploie une identité mouvante, transitoire et récusant toute fixation. Elle rappelle par sa fugacité et son évanescence le perpétuel mouvement des dunes qui figure et reconfigure l'espace. L'infini désertique épouse le ciel et la terre et consacre l'alliance du dehors et de l'intérieur comme le suggèrent les figures de la pierre noire, du minaret, symbole de la liaison entre l'intériorité désertique et l'altérité céleste :

16 « Étrange identité du ciel et de la terre, du vent et du soleil, figurée en un simple balancement des dunes ! De là jaillit le cri du désert dans le cœur extatique de l'homme appelé par l'errance. Ainsi qu'un rayon de sable, cet errant doit son corps à l'empire éclatant du soleil. Mais qui peut, sans trembler, habiter sur des racines de sables ?» ( p38 ).

17 La mobilité continuelle du signe désertique qui perd perpétuellement sa trace, car se répétant en l'absence de toute finalité instaure la dialectique de l'errance. Le signe désertique, nomade et diasporique, est destiné à ne jamais pouvoir fixer sa signification.

18 Dans le désert, Dieu est le seul maître. C'est pour cette raison que le dépouillement et la rupture ascétique avec le monde sont avant tout un renoncement aux oripeaux d'une identité superficielle qui doit mourir aux valeurs de l'existence éphémère pour se réaliser pleinement dans un moi transcendant. En ce sens, le désert incarne cet affrontement entre un moi égocentrique et un monde extérieur, un royaume caché de par sa densité spirituelle et mystique.

19 Le désert, espace propice à la contemplation théophanique, répond à la vocation profonde de l'homme, car son épreuve configure le lieu de l'épiphanie du divin. Le désert, comme élément essentiel de la cosmologie théophanique de la mystique, incarne l'expérience labyrinthique de l'errance, la condition nomade de l'être en perpétuelle quête d'une vérité primordiale.

20 C'est cette sagesse du désert avec sa dimension théophanique et ontologique que le texte Khatibien essaie de convoquer pour la réhabiliter comme éthique salvatrice face au galvaudage dont fait l'objet la figure désertique par un exotisme de pacotille. C'est ce que signale Jean Jacques Winnenrberg dans ces mots :

21 « Certes une poétique du désert moderne masque souvent de notre imaginaire sécularisé une cécité devant l'imaginal et banalise la charge « numineuse » qu'il porte en lui, l'exotisme des sables et des terres arides abâtardit souvent l'icône désertique en idole spectaculaire, et nous déporte loin des paysages traditionnels de la tradition. Pourtant ça et là des appels authentiques du désert signalent toujours sa présence et réaniment son pouvoir de méditation et d'activation d'un absolu caché ».2

22 Dans cette perspective, le désert devient une présentation hiératique de l'absolu. L'épiphanie du désert comme thématique mystique qui prend corps dans le texte en invoquant l'expérience abrahamique, très prégnante dans l'imaginaire khatibien, consacre l'alliance du désert et de l'histoire sainte. En effet, c'est le désert, qui a accueilli les événements fondateurs des trois religions monothéistes, d'où la tonalité affective et quintessentielle que dégage cet espace fictionnel dans l'œuvre.

23 La figure désertique incarne, dans le roman, la dialectique de complémentarité entre l'intériorité et l'extériorité, deux dimensions de l'être suggérant à la fois la quiddité de l'être comme accès au royaume du dedans qui formule un appel à l'intériorité, à l'esseulement ; et l'altérité radicale du Tout Autre, d'une identité suprême qui permet de vivre pleinement une passion et d'accéder à l'absolu :

24 « Cet élan qui surélève le corps jusqu'au vertige de l'être, qui l'éprouverait sans intense hallucination (…) nous saisissant au seuil du désert en un vol fulgurant, ni la terre ni ses montagnes ne peuvent nous retenir, hors du temps. Là où jaillit sa source, le chant du même s'éveille et dicte la résonance de notre destin » (p.85).

25 C'est un désert exemplaire dont-il s'agit dans Le livre du sang, un désert d'essence mystico ontologique c'est-à-dire un espace qui organise la hiérarchie entre le visible et l'invisible, la présence et l'absence et à travers lequel se réalise une vision de la réalité intérieure de la condition humaine. Pour Henry Corbin :

26 « Le rapport entre l'essence occultée et ses manifestations est désert et nostalgie »3.

27 À travers la figure épiphanique du désert que s'incarnent les deux faces de la théophanie, séparée, divisée et qui manifeste la dualité et la séparation de l'identité. Cette imagerie du désert exprime une éthique faite d'insuffisance, de manque qui poussent à l'errance, à la quête et au besoin de rencontrer l'Un, au-delà de toutes les idoles du moi égocentrique.

28 Le désert, espace de l'errance dans son sens le plus métaphysique structure de bout en bout l'espace narratif et actualise la dialectique du « Batin »/ « Zahir » de l'occulté et de l'épiphanique. C'est la synthèse d'une subjectivité universelle et immanente, du « je » cosmique de l'auteur avec une totalité ontologique transcendante. Le désert exprime donc cette altérité radicale qui suppose la dualité du Même et de l'Autre, le même ne peut pas être tout entier identité et l'autre ne serait tout entier altérité. À ce propos, nous citons Arnaud Abecassis qui précise à ce propos :

29 « La ville et le désert révèlent deux dimensions essentielles de l'être humain. L'ipséité, l'identité, la présence totale dans l'instant et dans l'espace qui condamne l'être à n'être que ce qu'il est ; et l'absence, le renvoi à l'autre que soi même, l'altérité radicale qui permet à l'être d'être ce qu'il n'est pas » 4.

30 Le désert, paradigme de l'imaginaire cosmologique du corpus littéraire maghrébin d'expression française, installe, comme nous l'avons déjà signalé, l'orient comme source d'inspiration. Cet orient fantasmé, actualisé et suggéré par la cruauté sanguinaire de ses despotes et par la volupté sensuelle de son érotisme introduit tout de même le schème spiritualiste dans le texte:

31 « Il faut deviner toute une correspondance souterraine de crimes de perversions et de subtils égorgements ; quelque chose comme une déflagration rouge de l'orient (…) de cette histoire explosive allait briller une mystique fabuleuse » ( p 16).

32 Ainsi, le texte revendique sa généalogie orientale et mystique tout en effleurant certaines vérités historiques que le texte brouille délibérément. Dans le récit racontant la vie antérieure de l'échanson et de sa sœur, le narrateur glisse un discours théorique désabusant :

33 « À replacer sa sœur Muthna dans cette histoire, dans cette avance des peuples et des orients nomades , au-delà de ces têtes de rois envolées et dispersées au vent , à suivre les survivants qui reconstituent avec une rage épique des fables généalogiques brûlant vers des origines réinventées ; à suivre au trot de cheval toute la chaîne d'intrigues et de conspiration irrémédiables , multipliant crime sur crime , à la scansion du credo chanté en direction de la Mecque , elle même se déplaçant selon la direction solaire du conquérant. À imaginer avec une énergie de feu la destruction des États et des harems où le sang coule avec le vin, le poison et le sperme … »(p 27).

34 C'est tout cet imaginaire solaire de l'orient que le texte creuse pour s'imprégner de sa magie et de sa sorcellerie. Ainsi, l'allusion à la poésie arabe préislamique avec ses « Majnoun », son amour courtois. La présence intertextuelle des Mille et une nuits à travers leur principe narratif générateur: « raconte une belle histoire et je te tue » référent aux structures épistémiques de la civilisation de l'orient dans tout ce qu'elle a d'enchantant, d'onirique et d'extrême.

35 Le désert appelle l'Orient nomade avec ses poètes maudits et ses extravagances. Il était toujours l'espace des bannis, des marginalisés et des marginaux qui refusent l'asservissement des valeurs conventionnelles et rejettent la décadence de la société.

36 C'est dans le désert qu'on retrouve la véritable condition humaine, une connaissance intuitive de notre réalité intérieure telle qu'elle est ancrée dans les niveaux les plus profonds de l'existence. De cette expérience du désert jaillit un humanisme qui part à une redécouverte de l'homme axial qui se situe aux antipodes de l'individualisme pragmatique dégradé et corrompu que les obligations sociales du monde ont forgé. Au terme de ce voyage intérieur et spirituel se trouve la sagesse innée de l'expérience mystique qui récuse le Moi faux et conventionnel et se consacre à la recherche d'un dieu qui n'est pas donné sous forme stéréotypée et fixée par les sentiers battus. Cette poétique du désert véhicule, donc, une éthique salvatrice qui réactualise la part divine en l'homme et assure l'évasion hors des tumultes du monde moderne désenchantant :

37 « Aujourd'hui le désert symbolise la nouvelle Arche de Noé susceptible d'échapper au déluge déclenché par le monde en particulier par le monde contemporain qui tend à niveler l'homme, puis à le faire disparaître en le noyant dans l'omnitude. Un tel désert se situe dans l'histoire tout en lui échappant ».5

38 Ainsi, le livre de sang consacre la thématique du désert qui s'inscrit dans le mouvement de l'histoire qu'il transcende en le dépassant. Elle incarne la condition mélancolique de l'homme moderne qui, dans sa solitude toujours abyssale, symbolisée par l'esseulement, le dépouillement et l'isolement de la secte mystique, est invité à pénétrer dans sa dimension de profondeur.

39 Cette poétique se réalise aussi dans le roman de Khatibi comme une critique de la léthargie culturelle négative qui bloque les sociétés arabo- musulmanes. L'image de l'asile des inconsolés signifie le caractère figé d'un monde islamique qui n'a cessé d'être l'inconsolé de sa destitution. L'inconsolation exprime donc le ressentiment d'une conscience malheureuse, la blessure de la défaite historique d'un islam qui rêve de restaurer sa grandeur passée. À ce sujet

40 L'inconsolation n'est pas donc uniquement métaphysique, résultat de la séparation de l'homme avec son l'alter ego divin, mais elle est aussi historique, elle traduit l'ensablement des sociétés arabo-musulmanes dans la contemplation d'un passé sublimé, sanctifié et idéalisé :

41 « La fécondité y fleurit à moitié, en une croissance frappée par le soleil et glissant vers une décadence hallucinante des plantes et des êtres (…) Oui, à peine affleure-t-il la terre sèche que ce pays semble se dégager des lois de la pesanteur pour s'abriter dans le seul élément du mythe » (p19).

42 Le désert servit d'espace aussi pour le récit du fou et du prince. Le personnage du fou fait figure de Mejdoub incarnant la conscience d'une société dans tout ce qu'il a d'antisocial :

43 « Siècle d'eunuques et de pleureurs castrés ! Siècle de princes maudits, achetés par les morts! O ma folie, tu est encore une grande sagesse ».(p 98).

44 Ainsi, nous voyons comment cette poétique du désert signifie la thématique de l'inconsolation et exprime le désenchantement d'une société enfermée sur elle-même en installant dans ce temps humain une forme essentielle du déchirement absolu. Le désert dans Le livre du sang spatialise la défaite du Moi face à l'épreuve initiatique du désert, la quête devient une fuite et un cheminement vers la mort, Le livre du sang est une œuvre ou la réflexion métaphysique et contemplative issue de la tradition mystique se double d'un questionnement critique de la tradition philosophique arabo-islamique. Cette écriture essaie de pourfendre les mythes et les tabous d'une culture qui ne se pense pas et qui ne met pas en question ses fondements. Les sociétés musulmanes frappées de léthargie socioculturelle et de sclérose axiologique sont en pleine quête ontologisante. La figure de l'asile des inconsolés incarne cette solidification minérale des valeurs qui arrache le réel historique de cette société à l'évolution dynamique du monde.

45 Le désert, le dépouillement, le renoncement au monde sont autant d'images qui signifient le recroquevillement des sociétés arabo-musulmanes face au déferlement gigantesque de la modernité. L'une des fonctions de l'intellectuel, selon Khatibi, est de contribuer à s'affranchir du joug métaphysique et théologique de la tradition. L'écriture Khatibienne se donne comme modèle de gestion de la trace, c'est-à-dire de tout le legs religieux, littéraire et spirituel, bref de tout le patrimoine en le reconvertissant, en le réhabilitant en tant que source féconde de création, mais en le dépassant pour remédier aux errances sémantiques et au sommeil dogmatique qui paralysent la pensée dans nos pays.

46 Reconsidérer le passé dans une nouvelle perspective que celle de l'auto-admiration anesthésiante qui l'arrache au mythe est l'un des éléments programmatiques dans le projet intellectuel et l'œuvre littéraire de Khatibi.

47 L'asile des inconsolés signifie cette triste alternative de l'anachronisme culturel et l'exaltation compensatoire de l'anti- historique qui la sous-tend.

48 Le signe désertique en symbolisant cette errance sémantique évoque la mobilité perpétuelle du signe qui perd continuellement sa mémoire. Il évoque le nomadisme et la migration d'un signe destiné à ne jamais pouvoir enraciner sa signification. Ainsi, Khatibi pose l'identité comme valeur métisse qui refuse toute conception fixiste et essentialiste. Khatibi nous le rappelle en disant « que l'identité ne doit pas être définie par une structure éternelle. »

49 Cette mobilité perpétuelle, l'absence d'ancrage lourd et enchaînant suggérée par la figure du désert récuse toute confiscation dépersonnalisante de l'autre :

50 « Enfant inoubliable, le désert est pour l'amoureux le médian suprême de la passion, il partage l'orient et l'occident de l'être aimée sacrifiant l'un en l'autre selon un partage solaire. » (38 )

51 Comment régler donc son rapport à l'ancien, à l'origine et à l'identité. Pour Khatibi c'est en introduisant le conjoncturel dans l'éternel. Le subtil dosage entre ce qui est conjoncturel, historique et ce qui est éternel et mythique est, en notre sens, un élément déterminant dans la productivité sémiotique de cette œuvre et correspond à sa double inspiration historico métaphysique.


ZAHIR Mohamed

Bibliographie :


CORBIN. H, l'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi, Paris, Flammarion, 1958.
DURANT Gilbert et. al, Le Désert et la Quêste, Paris, BERG International, 1982.
KHATIBI Abdelkbir, Le Livre Du Sang, Gallimard, Paris, 1979
KHATIBI Abdelkbir, Penser le Maghreb, Smer, Rabat, 1993
MOUJANE Molé, les mystiques musulmans, les Deux Océans, Paris, 1982.

Notes

1KHATIBI Abdelkbir, Le Livre Du Sang, Gallimard, Paris, 1979, p 30.
2WUNENBERG Jean Jacques, le pèlerin des sables, phénoménologie de l'espace minéral in le désert et la queste, Paris, BERG International, 1982, p 130.
3CORBIN. H, L'imagination créatrice dans le soufisme d'Ibn Arabi, Paris, Flammarion, 1958.
4ABECASIS Arnaud, l'expérience du désert dans la mentalité hébraïque in le désert et la queste, op.cit, p35.
5DURANT. G, le thème du désert dans le monachisme chrétien in le désert et la quêste, op.cit., p 67.
Mots-clés : errance | livre de sang | khatibi

Pour citer cet article :
ZAHIR, Mohamed, "Poétique du désert et thématique de l’errance dans Le Livre du Sang de A. Khatibi", in Voyage, errance et exil. Parcours existentiels. [isbn:9789954379165], pp.68-79


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