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L'ombre du bagne. La littérature carcérale au Maroc et ailleurs. | La parole et l’exorcisme du mal dans les récits de Tazmamart.  

La parole et l’exorcisme du mal dans les récits de Tazmamart.

SEMLALI Mohamed
La parole et l’exorcisme du mal dans les récits de Tazmamart. -SEMLALI Mohamed

1 « Punir jusqu'au dégoût, jusqu'à l'anéantissement.1 »

2 « Ce qui est pire que l'horreur subie, c'est sa négation2»

3 L'histoire de Tazmamart, telle qu'elle est racontée par les survivants3, est d'abord l'histoire d'une déchéance ; déchéance des corps transformés en épaves et en squelettes déformés par les maladies, le froid et les privations de toutes sortes, déchéance des esprits qui sombrent dans la démence et la dépression, déchéance des valeurs et de la justice bafouée au nom d'une vengeance inhumaine et surtout, aboutissement inévitable de ce cortège de malheurs, déchéance de l'humain dans un bagne où les « hommes étaient traités comme des cafards4 ». En langue amazighe, Tazmamart, de la racine « izm = lion), signifie littéralement la terre ou le territoire du lion, mais le colonel Feddoul, l'un des principaux acteurs qui ont exécuté l'embastillement des prisonniers en 1972, puis leur relaxation dix-huit ans plus tard, rattache le nom du bagne horrible à un autre lexème significatif du dialecte marocain. Au moment de la libération de Raïss, le colonel lui demande de passer l'éponge, « à partir de cet instant, lui dit-il, oublie ce ‘Zmar5' »6 comme si on pouvait simplement faire table rase de deux décennies d'une existence infernale. La double référence du lieu à la majesté du lion et à la grossièreté triviale de la merde traduit toute l'ambivalence d'un espace où l'homme est ravalé au rang de détritus et traité comme tel. Il est question, pour nous, de voir comment les témoignages des anciens détenus de Tazmamart font partie d'un combat décisif pour réhabiliter l'humain dans un contexte marqué par la barbarie.

4 Dans notre propos, nous allons évoquer cette déchéance de l'humain dans l'espace aliénant du bagne. Soumis à un régime qui multipliait les humiliations pour les vider de leur humanité, les bagnards avaient trouvé refuge dans la foi et dans le conte, apprenant le Coran et se racontant des histoires pour ne pas oublier qu'ils sont des hommes, pour ne pas se noyer dans la haine. Nous allons insister sur le désarroi des survivants après leur libération. Marqués par les stigmates indélébiles de l'abjection, ils ont le sentiment d'être définitivement des parias, des pestiférés exclus de la vie sociale. Il fallait donc continuer le combat pour la dignité qu'ils avaient déjà commencé dans les cachots de leur innommable mouroir. A leur sortie de Tazmamart, les rescapés sont sommés de garder le silence, d'oublier. C'était ignorer que le cri du supplicié est plus fort que la terreur. Parler est un devoir envers soi, envers la mémoire et envers la nation et son avenir.

5 Le sentiment poignant de la dépossession de l'humanité revient dans tous les témoignages. Tous les survivants gardent, comme une plaie entrouverte, une impression récalcitrante d'être et de rester, même après leur libération, des créatures méprisables et souillées qui ne peuvent prétendre à une quelconque réhabilitation, des laissés-pour-compte à qui le crime de lèse-majesté et de haute trahison colle comme une robe de Déjanire. Merzouki en fait le constat après sa libération en évoquant la négligence blessante avec laquelle les autorités continuent à traiter les anciens détenus du bagne :

Tazmamart nous collait à la peau comme une sorte de malédiction qui vouait aux gémonies tout ce qui l'approchait […] Réduits à l'état de débris humains encombrants, sur lesquels l'anathème a été jeté, nous étions absents des calculs prudents des politiciens7.

6 Pour un prisonnier fraîchement relaxé, il n'y a pas pire que cette sensation d'être de trop, d'être un indésirable dans une société qui a fait son chemin, laissant loin derrière elle des êtres qui ont accumulé un retard de deux décennies et qui, enchaînés au passé et portant les séquelles de leur emprisonnement comme une croix, peinent à suivre le pas. Alors qu'ils s'attendaient à une reconnaissance de leur souffrance et de l'injustice inhumaine dont ils ont été victimes, les ex-bagnards doivent faire face à l'indifférence et au mépris conjugués des autorités et de leurs concitoyens. Malédiction et anathème renvoient à une souillure que le supplice enduré pendant vingt ans dans l'obscurité des oubliettes de Tazmamart ne parvient pas à laver. Le déphasage entre les attentes des détenus et la réalité d'une société qui les a oubliés jette une ombre épaisse sur la liberté tardive qu'ils ont retrouvée. Les anciens détenus sont à se demander si leur libération n'est pas une tromperie, un autre coup bas du système qui substitue une plus grande prison à la cellule du bagne. C'est ce qui ressort du témoignage de Merzouki.

J'étais complètement assommé, démoralisé […] je me rendais compte une fois de plus que je n'avais droit à aucun droit. Sinon un droit garanti au désespoir.(Tazmamart, cellule 10, 242-3)

7 Alors que la plupart des récits de Tazmamart prennent fin au moment de la libération, le récit de Merzouki réserve une place importante (plus de sept chapitres) au combat qu'il a dû mener avec ses compagnons de douleur après leur libération pour retrouver une certaine dignité et inciter l'État à honorer ses engagements. À quoi bon survivre à Tazmamart, pense Merzouki, si c'est pour vivre « humilié et être l'objet de charité des hommes » (Tazmamart, cellule 10, 274), autant crever au lieu de subir cette dégradation supplémentaire. Il faut dire que les perspectives qui s'offrent à un bagnard qui a passé vingt ans derrière les murs d'un mouroir obscur ne sont pas très nombreuses. L'horizon peu réjouissant qui se profile devant lui est assombri par une méfiance viscérale vis-à-vis du Makhzen, lequel, selon un pressentiment du narrateur, « reprocherait toujours (aux survivants) […] d'être sortis à moitié vivants de Tazmamart. » (Tazmamart, cellule 10, 274) Enfin dehors, livré à lui-même et à un monde impitoyable, l'ancien détenu prend conscience de l'ampleur du défi qui l'attend. Il n'a échappé à la mangeuse d'hommes (prison) que pour affronter une réalité plus cruelle encore. Le combat pour la survie reprend de plus belle et le désarroi de Merzouki se fait plus pressant :

Proscrit, maudit, fiché, traqué, épuisé, malade, âgé, sans diplômes, sans ressources et avec un décalage de vingt ans sur ma société, que pouvais-je bien faire ? Pour la première fois après l'euphorie des retrouvailles, l'avenir me paraît sombre et incertain. (Tazmamart, cellule 10, 274)

8 Ayant nourri de grands espoirs en voyant s'approcher le bout du tunnel, les tazmamartiens, au moment même où les autorités leur intiment l'ordre de recommencer leur vie et d'oublier le passé, prennent conscience à leur sortie du bagne qu'ils sont marqués au fer rouge. « Tazmamart ne s'oublie pas. Et Tazmamart n'oublie pas » (Les Emmurés de Tazmamart, 186). Plus qu'un espace géographique localisable sur une carte, Tazmamart est devenu l'expression d'une condition et d'une identité. Raïss le dit en mots peu équivoques : « mon passé fait partie de mon existence, je ne peux pas le renier. C'est comme si je coupais une partie de mon corps. » (De Skhirat à Tazmamart, 344) En apparence, Tazmamart n'est rien d'autre que quelques cachots en béton construits à la hâte quelque part dans le désert pour y enterrer les régicides, mais, en réalité, comme le confesse Hachad, ce bagne a changé de nature et s'est infiltré dans l'âme des prisonniers et a fusionné avec leur être.

Même libres, nous restons là-bas, loin derrière les murs des vivants parce que, quelque part, le Makhzen avait assassiné nos espoirs, notre avenir, nos rêves et brisé notre destin. Rescapé de Tazmamart, je savais que je resterais à jamais enfermé dans le bagne de la honte, par l'esprit, le souvenir de tant de camarades enterrés là-bas […] comme des héros sans gloire. (Les Emmurés de Tazmamart, 188-9).

9 Eux-mêmes héros sans gloire, les survivants, enchaînés à l'espace de la douleur où ils ont laissé des compagnons et des lambeaux de leur être, restent attachés à Tazmamart comme à une dépouille damnée qui les prive de l'élan nécessaire à un nouveau départ. Ce sentiment est d'autant plus poignant que la société des débuts des années quatre-vingt-dix qu'ils découvrent en sortant de leur tombeau a si profondément changé qu'il ont l'impression d'atterrir dans un pays qu'ils n'ont jamais connu. Êtres déracinés et gardés en stase pendant deux décennies dans une fosse où le temps s'est figé, les bagnards se sentent égarés dans une époque qui n'est plus la leur. Comme les hommes de la caverne, dans l'histoire du Coran que les détenus évoquent à plusieurs reprises, ils ne sortent de leur caveau que pour constater que le monde a changé, que les hommes les ont oubliés et ont fait leur chemin sans eux. Un profond fossé les sépare désormais de leur entourage, de leurs familles et des mœurs d'une société qui a connu d'énormes changements durant les longues années de leur détention. « J'étais un étranger égaré dans un monde où je ne connaissais rien ni personne8 », affirme le narrateur dans le roman de Tahar Ben Jelloun. « Entre moi et la civilisation, constate Raïss, il y avait Tazmamart » (De Skhirat à Tazmamart, 386). La fracture est douloureuse et irréparable. Au lieu de leur apporter la paix de l'âme, leur libération tardive ne fait qu'exacerber la sensation de la perte irrémédiable chez ces prisonniers qui, après avoir longtemps fantasmé sur un probable retour en société, ne tardent pas à découvrir leur incapacité de rattraper le temps perdu, de retrouver une place en société. Quelque chose est mort en eux ; une part de leur âme est définitivement restée à Tazmamart. Raïss fait part de cette découverte : « Me voilà maintenant, dit-il, semblable à une momie sans vie, sans sève, desséché de sentiments. Je n'ai plus d'âme pour aimer la vie comme je l'ai aimée autrefois. » (De Skhirat à Tazmamart, 347)

10 Si la réintégration est difficile, ce n'est pas seulement parce que l'État a longtemps tergiversé avant de garantir aux anciens bagnards des conditions de vie acceptables, mais aussi parce les prisonniers eux-mêmes devaient lutter pour retrouver une place au sein de leurs propres familles qui se sont habituées depuis longtemps à vivre sans eux, et qui, d'une certaine façon, ont déjà fait leur deuil, ont déjà accepté la disparition des leurs comme un fait accompli et ont reconstruit leur vie en prenant en compte cette absence. La sensation d'être de trop, voire, dans certains cas, d'être des indésirables, est insupportable et blessante. « Il y avait entre moi et mes enfants, remarque Raïss, un fossé très profond, un obstacle infranchissable. » (De Skhirat à Tazmamart, 388) Outre le fait de se sentir comme des étrangers ou des intrus dans une société méconnaissable, les anciens détenus ne peuvent plus retrouver ceux qu'ils étaient avant le putsch fatidique et avant leur longue incarcération. Ils éprouvent l'amertume d'un individu qui comprend subitement qu'il a été délesté de sa vie, de sa jeunesse, de sa famille, de sa carrière, de son passé et de son avenir. Vidé de toute substance, il est exhumé de son tombeau et jeté dehors comme une épave ou un détritus en pâture à une réalité impitoyable. Se retrouvant à l'extérieur, dépouillé de tout, Merzouki exprime son désarroi et celui de ses compagnons du bagne.

Ainsi donc, constate-t-il, je n'aurai plus jamais de jeunesse. J'avais été spolié du printemps de ma vie. Tel un mégot de cigarette, la fleur de l'âge avait été foulée et écrasée par des pieds impitoyables. (Tazmamart, cellule 10, 245)

11 S'il est vrai que la libération est vécue, au début, comme une renaissance, les survivants découvrent rapidement, après l'évanouissement des premières illusions, que cette nouvelle naissance est minée de l'intérieur : « J'avais l'allure d'un petit vieux qui venait d'arriver au monde » (Cette aveuglante absence de lumière, 245), constate le narrateur dans Cette aveuglante absence de lumière. « Je n'avais pas vécu pendant vingt ans, ajoute-t-il, et celui qui existait avant le 10 juillet 1971 était mort et enterré.» (Cette aveuglante absence de lumière, 245)

12 Ce sentiment exacerbé de la dépossession est un symptôme récurrent chez les survivants. En témoignent le choc émotionnel et le traumatisme qu'ils subissent lorsqu'ils sont confrontés à leur propre reflet. L'épreuve du miroir est un instant éprouvant pour tous les rescapés parce qu'elle les force enfin à voir, de leurs propres yeux, les ravages du temps et le poids des années et des souffrances qui ont creusé des sillons profonds sur leurs visages. « Pour la première fois, raconte Merzouki, j'avais l'occasion de me regarder dans un miroir. J'étais terriblement pâle et le visage couvert de rides. Une tête de croque-mort qui me porta un coup au moral. » (Tazmamart, cellule 10, 245) La même réaction est décrite par Aziz Binebine au moment où il croise un regard « venu de l'au-delà » dans le miroir du dentiste. Ces yeux hagards, qui lui rappellent le regard de Van Gogh, abritaient quelque chose au-delà de la folie et lui faisaient peur : « je me détachai de ces yeux, poursuit-il, pour fixer le visage d'un vieillard que j'eus beaucoup de peine à reconnaître, à admettre. C'était moi 9». Les termes utilisés par Tahar Ben Jelloun insistent plus sur le trouble dissociatif qui submerge le sujet à cet instant.

Je repensais au miroir et à mon visage qui n'avait plus d'expression[…] j'avais beau le toucher, j'étais convaincu qu'on me l'avait volé. Celui que je portais n'était pas le mien, ce n'était pas celui que ma mère caressait. (Cette aveuglante absence de lumière, 212)

13 Incapable de reconnaître son propre visage, le survivant s'enferme dans une forme de déni du réel. Il éprouve une rupture interne entre la représentation psychique de soi qui réfère à l'être épanoui d'avant les coups d'État et son propre reflet terrifiant qui le ramène à un présent associé à un corps mutilé et dégradé par les conditions inhumaines d'une longue et terrible captivité qui auraient ruiné les corps les plus robustes. Lorsque le prisonnier aperçoit son visage après deux décennies d'absence à soi-même, il est terrifié par le spectacle de dévastation qui s'offre à son regard. Au lieu de reconnaître un visage familier, il se retrouve face à une relique délabrée qui aggrave le sentiment d'une dépossession irréversible de soi :

Ce visage, labouré de partout, froissé, traversé de rides et de mystère, effrayé et effrayant, était le mien. Pour la première fois depuis dix-huit ans, j'étais face à mon image. Je fermai les yeux. J'eus peur de mes yeux hagards. Peur de ce regard échappé de justesse à la mort. Peur de ce visage qui avait vieilli et perdu les traits de son humanité. (Cette aveuglante absence de lumière, 237)

14 Ces troubles dissociatifs se déclarent en parallèle avec d'autres séquelles physiques et psychiques qui trahissent l'ampleur du traumatisme subi. À l'instar des autres survivants, Merzouki évoque une amputation de sa jeunesse et une « infirmité morale et psychique » (Tazmamart, cellule 10, 289) qui le fragilisent et exacerbent sa méfiance, rendant encore plus ardues et plus problématiques ses retrouvailles avec la société. D'interminables cauchemars le ramènent au bagne où il se voit seul, sans ses camarades, livré à des tortionnaires effrayants et sadiques. Cette fragilité psychique du survivant est exacerbée par l'indifférence conjuguée des autorités et de ses propres concitoyens. Merzouki évoque les rescapés de Tazmamart comme « les grands oubliés de la société marocaine » (Tazmamart, cellule 10, 305). Cette indifférence blessante est vécue comme l'expression d'un rejet. Au moment où des étrangers apportent leur soutien aux victimes du bagne, au pays, en revanche, personne ne semble vouloir de ces « débris humains encombrants.» (Tazmamart, cellule 10, 305). Pour l'ancien détenu, cette situation est insupportable. « Je compris, confesse l'ancien locataire de la cellule 10, que Tazmamart n'était pas terminé et que je ne survivrais qu'au prix de nouvelles souffrances et d'une existence en marge de la société. » (Tazmamart, cellule 10, 299)

15 Le monde extérieur apporte une grande déception aux rescapés ; toutefois, cela ne les empêche pas de considérer leur libération comme une victoire sur leurs tortionnaires et sur l'adversité. Considéré comme une « usine à fabriquer des cadavres » (De Skhirat à Tazmamart, 193) et comme une « terrible bastille » (Les Emmurés de Tazmamart, 91), le bagne de Tazmamart n'a rien à envier aux horribles oubliettes de l'inquisition, aux effroyables prisons de Staline, à l'horreur de Dachau et autres fours crématoires nazis. Survivre à ce lieu abominable est déjà une victoire en soi. Confrontés à la mort lente, au pire châtiment que l'on puisse imaginer pour briser un être humain et annihiler sa volonté, les détenus n'avaient pas beaucoup d'alternatives. La lutte pour la survie était le seul moyen de résister à ce qu'ils ressentent comme une vengeance bestiale (Les emmurés de Tazmamart, 130) qui voulait les dépouiller de leur humanité à petit feu, « le plus atrocement possible, le plus inhumainement possible » (Les emmurés de Tazmamart, 130). Face à cette vengeance terrible, il fallait résister, lutter constamment contre le froid, contre la maladie, contre la méchanceté des hommes, lutter contre la tentation de baisser les bras, d'accepter la mort comme une meilleure option ; il fallait lutter pour rester en vie et ne pas sombrer dans la folie, car survivre à Tazmamart c'était remporter une victoire sur la barbarie, une « victoire contre les forces du mal » (Les Emmurés de Tazmamart, 161). « Notre volonté, dit Hachad, était de survivre à notre bourreau » (Les Emmurés de Tazmamart, 160). Les bagnards ne pouvaient y arriver qu'au prix d'énormes sacrifices, de souffrances atroces et d'un travail profond sur soi. Pour Hachad, dans cette lutte inévitable pour la survie, il y va de la dignité humaine des prisonniers : « Même s'il nous arrivait de ramper par manque de force, dit-il, nous continuions à rester debout dans notre tête et dans notre fierté [...] La seule solution était de tenir jusqu'au bout, malgré le froid, malgré la faim, malgré la maladie... » (Les Emmurés de Tazmamart, 144-5). Il ne s'agissait pas uniquement de survivre à tant de haine, à tant de mépris et de méchanceté ; pour les prisonniers, il était surtout question de préserver leur humanité dans un espace extrême, une géhenne où cette humanité est soumise à une usure accélérée. Comme le dit Hachad, le vrai défi consistait à survivre à la mort pour pouvoir un jour regarder « le soleil et dire : je suis un homme et j'ai survécu à la barbarie de l'homme ! » (Les Emmurés de Tazmamart, 68)

16 Pareillement, le narrateur du roman de Tahar Ben Jelloun10 affecte au prisonnier de Tazmamart une seule mission, celle de rester un homme dans un espace foncièrement déshumanisant. Le détenu doit lutter constamment pour ne pas céder à l'horreur et pour garder sa dignité. « Voilà ma mission, dit-il. Rester debout, être un homme, jamais une loque, une serpillière, une erreur. » (Cette aveuglante absence de lumière, 37). Le corps est pourrissable ; il appartient au tortionnaire, et cela le rend très vulnérable aux multiples agressions. Il en est autrement pour le moral. La pensée et la volonté féroce ont accès à des ressources insoupçonnées qui leur permettent de planer au-dessus de l'enfer, de supporter l'intolérable et d'accéder à la sérénité en avançant sur le long et difficile chemin de la spiritualité. « Ma pensée, affirme le même personnage, devait rester hors d'atteinte, c'était ma vraie survie, ma liberté, mon refuge, mon évasion. » (Cette aveuglante absence de lumière, 66).

17 Renonçant à tout ce qui peut le fragiliser en le rendant dépendant d'un facteur extérieur qu'il ne maîtrise pas, le prisonnier cesse d'espérer, car l'espoir, dans de telles conditions, était un piège, une négation. Pour résister à l'horreur, sa stratégie de défense est simple : il entame « un travail d'oubli » (Cette aveuglante absence de lumière, 75) et de silence, rompt toutes les attaches qui le lient à l'extérieur et se retourne vers la prière et vers sa propre intériorité qu'il entreprend d'explorer. C'est ainsi que la lumière jaillit des ténèbres. Le voyage mystique dans la profondeur insondable de l'être et dans l'immensité de la miséricorde divine libère le prisonnier de la souffrance, du désir et des appétits. Affranchie de ces entraves, la pensée peut atteindre l'extase11 et jouir d'une musique intérieure qui n'est accessible qu'à ceux qui ont réussi le travail de la dénudation des misères de l'homme enchaîné. « Libéré de toutes les entraves de la vie superficielles, n'ayant aucun besoin, ne réclamant aucune indulgence, j'étais nu, et c'était là ma victoire. » (Cette aveuglante absence de lumière, 203)

18 Parallèlement à cette initiation mystique, le narrateur de Tahar Ben Jelloun trouve aussi refuge dans les univers imaginaires de ses lectures. Celles-ci lui permettent de léviter au-dessus de la triste réalité et de l'étroitesse étouffante du tombeau : « si je m'évade mentalement en retrouvant les personnages imaginés par les romanciers, je n'aurai plus de problème d'espace. » (Cette aveuglante absence de lumière, 144). Ses codétenus réclament ses histoires qui leur donnent l'énergie de vivre et les empêchent de sombrer dans la folie : « raconte-moi une histoire, sinon je meurs » (c.a.a.l, 93), le supplie un compagnon ; « donne-nous un peu de ton imagination » (c.a.a.l, 94) lui demande un autre qui s'accrochait aux mots comme à une bouée de survie. Le conte ne sert pas uniquement de sédatif qui calme la douleur de l'instant présent et fait voyager les embastillés ailleurs, au-delà de leurs corps meurtris et de l'ennui implacable du trou, il offre aussi la possibilité de substituer un monde heureux à l'horreur inqualifiable du bagne :

S'il te plaît, demande un prisonnier au narrateur, raconte-moi une histoire, une longue et folle histoire. J'en ai besoin. C'est vital. C'est mon espoir, mon oxygène, ma liberté, […] toi qui recrées l'autre monde où tout est possible. (Cette aveuglante absence de lumière, 101)

19 Pour le narrateur de Tahar ben Jelloun, « la victoire devait commencer dans le bagne » (Cette aveuglante absence de lumière, 214). Il fallait combattre pour la survie, déjouer les intentions des tortionnaires en faussant compagnie à la mort malgré l'état désastreux de son corps ; il fallait accomplir, par un long et patient travail d'ascèse, une ascension vers la sublime solitude et s'élever bien au-dessus des ténèbres et de la haine. Pour le bagnard, la victoire de l'humain sur la barbarie du tortionnaire est la seule et ultime victoire valable : « Je n'étais pas un héros, dit-il, mais un homme à qui dix-huit années de calvaire n'avaient pas réussi à retirer son humanité. » (Cette aveuglante absence de lumière, 226)

20 La vraie défaite est la défaite de l'esprit et de la volonté. Pour les prisonniers de Tazmamart, « la seule attitude possible était la lutte par le mental.» (Tazmamort, 63-4) Ceux qui n'ont pas compris la nécessité de transcender l'horreur du lieu et les conditions effroyables de la détention en puisant au plus profond de leurs ressources spirituelles, et ceux, plus nombreux, qui n'ont pas eu la force et la volonté de faire cet effort, ont rapidement succombé en sombrant dans la folie ou en se suicidant. D'autres, au contraire, ont résisté héroïquement à l'adversité jusqu'au dernier souffle. Tous les récits de Tazmamart évoquent avec une admiration sans réserve le combat de quelques compagnons de douleur qui n'ont pas survécu au bagne, non pas faute de courage et de volonté, mais à cause de maladies invalidantes aggravées par les conditions inhumaines de la détention, par l'absence complète de soins et par la méchanceté gratuite du directeur du bagne et de certains geôliers. C'est le cas notamment de Lghalou, « le plus grand des suppliciés de Tazmamart » (Tazmamart, cellule 10, 167) qui, malgré sa tétraplégie sévère et son état cadavérique, a gardé durant plusieurs années son âme affable et complètement intacte.

21 Pour Aziz Binebine qui a hérité de son père biologique, le chambellan du roi, l'art de conter des histoires, vaincre Tazmamart passait essentiellement par une évasion dans les sphères aériennes de l'esprit et du rêve : « Au fond de ma cellule, dans la crasse, dans le béton, dans le froid, un arbre, le plus beau des arbres, et voilà qu'il donnait des fruits, le savoir et le rêve l'emportaient sur la cruauté des hommes. » (Tazmamort, 153) Coupés du monde, les bagnards, au-delà des conditions insupportables de leur détention, sont condamnés à vivre dans le non-événement, le corps emmuré et l'esprit livré à une solitude abrutissante. « Projetés dans un monde où les extrêmes et l'horreur étaient banalisés » (Tazmamort, 59), les détenus trouvent refuge dans l'apprentissage assidu du Coran et dans la fiction. « J'étais, raconte Binebine, comme un arbre dont les racines s'implantaient dans la foi et la cime dans la culture et l'imaginaire.» (Tazmamort, 56) La foi offre la force de supporter la douleur et les épreuves et, comme un baume bénéfique, introduit l'espoir dans le lieu de l'adversité tandis que la littérature aide les détenus à braver les murs nus et l'obscurité de leurs cellules en ouvrant une fenêtre sur le vaste monde de l'imaginaire. Héritier des anciens conteurs, Binebine parvient, par la seule force de sa voix, de sa mémoire et de son imagination, à faire opérer la magie de la parole pour creuser une brèche dans l'obscurité du bagne :

Je devins marchand de rêves, maître de l'imaginaire, magicien de la voix, conteur inopiné. Ce fut ma participation à la vie du groupe : le voyage par la voix. (Tazmamort, 50)

22 Grâce à des prisonniers comme Binebine, Raïss, Marzouki et les frères Bouriquat qui possèdent le talent et l'art de conter des histoires, le quotidien des bagnards de Tazmamart est amélioré de manière significative et leurs souffrances sont atténuées. La littérature et le rêve offrent aux prisonniers de précieux moments d'évasion au-delà des murs de leur mouroir lugubre et obscur. Grâce à la foi et à la littérature, la plupart des prisonniers, en dépit de l'effet de l'usure qui s'aggrave au fil des années, ont su garder une large part de leur humanité et de leur âme intacte. Les geôliers et les tortionnaires ne peuvent prétendre avoir réussi un exploit identique. Ils sont victimes de leur propre barbarie.

23 En effet, la plus grande victoire remportée sur la méchanceté transparaît quand les rôles s'inversent, quand le prisonnier commence à plaindre son tortionnaire. Si la plupart des récits évoquent la brutalité gratuite de certains gardes-chiourmes qui poussent la perversité à la limite de la monstruosité, d'autres récits insistent sur le malheur à peine voilé des geôliers. Les gardes, pour la plupart illettrés et superstitieux, ne sont pas immunisés contre le mal ; aucun être humain ne l'est réellement, « il n'est jamais facile, affirme Binebine, d'égorger un être humain. » (Tazmamort, 95). Les gardes étaient les instruments passifs d'une vengeance qui bafoue les droits humains les plus élémentaires. Or, en bafouant l'humanité du prisonnier, c'est leur propre humanité qui en pâtit en retour. « Les barbares, observe Todorov, sont ceux qui nient la pleine humanité des autres12 ». Ayant côtoyé pendant de longues années les malheureux détenus, les gardes ont été contaminés et sont eux-mêmes profondément affectés par la souffrance à laquelle ils ont contribué en exécutant des ordres cruels avec zèle, ou, tout au moins, en ayant soin de ne manifester aucune compassion. Tazmamart, comme le remarque Binebine, « n'a pas laissé indemne tous ceux qui l'ont côtoyé. » (Tazmamort, 119). La même remarque revient chez Merzouki : « la vie des gardiens à Tazmamart, dit-il, fut loin d'être une sinécure. On ne côtoie pas impunément la détresse et le malheur sans en payer le prix d'une manière ou d'une autre. » (Tazmamart, cellule 10, 120). Les gardes reçoivent leur part de la malédiction du lieu, et, de surcroît, ils portent sur la conscience la lourde responsabilité du crime auquel ils ont participé de manière active ou passive. Cela, constate Binebine, « a fini de pomper ce qui restait en eux d'humanité. Je les plains, j'ai pitié d'eux, puissent leurs enfants ne jamais savoir à quoi ils ont participé. (Tazmamort, 120).

24 Certains gardes, cependant, ceux que d'aucuns récits appellent les anges gardiens, – même si d'autres témoignages, notamment celui de Raïss, contestent cette image – ont réussi à garder leur humanité intacte en aidant les prisonniers à survivre au risque de partager leurs cachots s'ils venaient à être trahis. C'est le cas, notamment, de Cherbadoui, surnommé Jeff, qui a largement contribué à établir des contacts entre les détenus et le monde extérieur. Ce garde a sensiblement amélioré les conditions de la détention en ramenant à l'intérieur de l'enfer, les lettres, les médicaments et l'argent envoyés par les familles. Le témoignage de ce gardien, qui se présente lui-même comme « une partie de la mémoire de Tazmamart » (Les Emmurés de Tazmamart, 295), est rapporté en annexe aux mémoires de Salah Hachad dans Kabazal. Les emmurés de Tazmamart d'Abdelhak Serhane. Ce témoignage a le mérite de représenter l'horreur du point de vue du geôlier, d'un être humain qui, même s'il n'est pas en position du condamné, ne reste pas indifférent à la douleur et à la brutalité excessives qui l'entourent. Il a beau être un gardien, il était malgré lui au centre de la tourmente.

Tazmamart était le cœur même de l'enfer et j'ai vu ce cœur, palpitant de misère humaine, de souffrances, de folie, de mort… mais aussi de haine, d'injustice, de monstruosité, de barbarie, de bêtise… Je n'étais pas prisonnier à Tazmamart. Mais Tazmamart m'a fait prisonnier de ces dix-huit ans contre lesquels je n'ai pas pu hurler mon indignation et mon désarroi. (Les Emmurés de Tazmamart, 295)

25 Outre le fait qu'il est un bon narrateur qui extirpe ses compagnons de l'ennui macabre de leur trou en les aidant à « voguer loin de la triste réalité. » (De Skhirat à Tazmamart, 155), Mohammed Raïss trouve la force de vaincre l'abjection dans la foi. « À Tazmamart, confesse-t-il, la foi était indispensable, voire vitale […] Ma seule force au bagne, ajoute-t-il, fut la confiance sans conditions en Dieu. » (De Skhirat à Tazmamart, 216). C'est grâce à une élévation spirituelle que l'on parvient à vaincre l'adversité. À l'instar de Binebine qui affirme que « la vie renaît toujours de l'autre côté du désespoir » (Tazmamort, 109), Raïss trouve la force de combattre et de résister dans l'acceptation stoïque de son destin. Chaque épreuve apporte son lot de souffrance, mais favorise en même temps l'émergence d'une forme de maturité spirituelle. Tazmamart est un lieu horrible et immonde, mais il a été aussi pour ses locataires une école de vie et de sagesse. « Spirituellement, remarque Raïss, les détenus avaient gagné plus qu'ils n'avaient perdu. » (De Skhirat à Tazmamart, 284)

26 De manière incontestable, tous les récits de Tazmamart insistent sur les vertus conjuguées de la parole sacrée et de la parole profane. Sans tomber dans aucun fanatisme, la plupart des détenus, même les plus récalcitrants, ont retrouvé un certain commerce avec Dieu en multipliant les pratiques rituelles, le jeûne, la prière, la méditation et l'apprentissage du Coran. Comme Binebine et Raïss, Merzouki trouve dans la foi et dans l'acceptation de la providence un appui essentiel pour vaincre l'adversité. « En acceptant de nous soumettre à la volonté de Dieu, remarque-t-il, nous avons sans doute trouvé la force morale de surmonter une épreuve inhumaine. » (Tazmamart, cellule 10, 105-6). À côté du livre saint, la maîtrise de l'art de conter par certains prisonniers a largement contribué à l'adoucissement de la vie insupportable et de « la nuit immobile » du bagne (Tazmamart, cellule 10, 216) ; et pour cause ! La présence de « trois bon conteurs, comme le remarque Merzouki, peut complètement transformer un univers aussi clos » (Tazmamart, cellule 10, 102) en brisant le silence malsain qui laisse le prisonnier en proie à la douleur, à la dépression et à toutes sortes de démons intérieurs. « Nos récits et notre petit talent, je le dis en toute humilité, ajoute Merzouki, ont procuré des centaines d'heures de bonheur ou, tout au moins, nous ont permis d'oublier pendant ces moments notre immense misère. » (Tazmamart, cellule 10, 104-5). Ainsi, au sein du bagne infernal, face à une mort lente et certaine, ce que Pascal reproche au divertissement devient un moteur essentiel de la survie.

27 Les survivants du bagne portent, pour la vie, les stigmates de l'horreur qu'ils ont vécue. Après leur retour en société, ils ont tous gardé, sur leur chair meurtrie comme au plus profond de leur âme, des plaies incurables et une mémoire tatouée par la noirceur de l'effroi et de l'abjection. Cela n'empêche qu'ils ont tous vécu leur sortie du tombeau comme une résurrection, et surtout comme une victoire sur leurs tortionnaires. « Le plaisir, affirme Merzouki, provenait du sentiment de prendre une revanche sur ce Makhzen qui avait tout mobilisé pour me détruire. » (Tazmamart, cellule 10, 289). Ayant trompé la vigilance du cerbère et les rigueurs du monde souterrain de Tazmamart, les survivants restaient, néanmoins, conscients qu'une autre lutte pour la dignité les attendait dehors, dans une société qui ignorait presque tout de leur histoire. Leur victoire reste inachevée et éphémère tant qu'ils n'ont pas reconquis la parole et révélé au monde l'épreuve inhumaine qu'ils ont endurée.

28 Sous la pression grandissante des organisations internationales et des gouvernements étrangers, le Makhzen a été obligé de lâcher prise et de libérer les quelques bagnards qui ont survécu, non sans leur rappeler sur un ton explicitement menaçant que cette liberté conditionnée peut être compromise s'ils osent raconter leur mésaventure infernale aux journalistes étrangers ou même aux membres de leurs familles. Ternir l'image du pays en racontant les tortures que le régime a toujours niées serait une autre haute trahison. Il faut sauver les apparences, faire table rase du passé et reprendre sa vie comme si les vingt années de réclusion dans la nuit absolue du mouroir n'avaient jamais eu lieu. Il faut accepter la grâce royale avec gratitude, oublier les cadavres des compagnons, extirper leur souvenir des mémoires, recommencer une nouvelle vie, faire comme si de rien n'était, s'aliéner en un seul mot. Les rescapés sont condamnés à une amnésie forcée, à une amputation encore pire que toutes les exactions qu'ils ont dû subir auparavant. Incarcérés dans des conditions effroyables, ils découvrent, au moment de leur libération, qu'ils sont encore asservis à la volonté tyrannique du Makhzen qui œuvre pour les museler, les réduire au silence, les empêcher de crier leur douleur. La voix doit rester prisonnière, à jamais, alors que les corps, réduits en épaves, gangrenées par toutes les infirmités et tous les traumatismes, peuvent errer, semblables à des fantômes maudits, dans une société qui n'en a que faire.

29 Y a-t-il plus grande défaite que la défaite de la parole ? « Se taire est une trahison », écrit Khalid JAMAI dans l'un de ses éditoriaux du journal L'Opinion13. En l'occurrence, braver l'interdiction de parler n'est pas seulement un acte de bravoure ou une intrépidité incalculée, mais un devoir que le rescapé doit à soi-même, à ses compagnons de douleur, à ses concitoyens et à la nation. Outre le fait que la parole peut être un moyen thérapeutique essentiel et une passerelle qui facilite la réhabilitation des survivants, elle est aussi une gardienne de la mémoire. « À ignorer le passé, on risque de le répéter 14», affirme Todorov. Le témoignage des victimes de Tazmamart n'est pas uniquement une histoire d'horreur destinée à donner quelques frissons aux lecteurs, c'est une leçon d'Histoire porteuse, comme tous les témoignages authentiques, d'enseignements précieux. Le régime craignait que les révélations des rescapées ne fassent assombrir encore plus son image de marque surtout qu'il était déjà dans le collimateur des organisations internationales des droits de l'Homme, mais il avait aussi peur que les anciens détenus ne soient animés d'une volonté vindicative qui les pousserait à transformer leurs récits en un lieu de règlement des comptes.

30 Pourtant, la plupart des récits de Tazmamart, pour ne pas dire tous, rejettent explicitement tout mobile vindicatif, à moins de considérer le récit des faits et les portraits monstrueux de certains gardes, de certains responsables et même de certains codétenus comme une vengeance personnelle. Au fait, la plupart des survivants qui ont publié leurs témoignages affirment avoir atteint un degré de lucidité et de sagesse qui les soustrait à la haine et à la rancune. Opposer à une vengeance aveugle et bestiale une autre vengeance de même type signifierait que la victime n'est pas meilleure que son tortionnaire. Après leur libération, Merzouki et l'un de ses compagnons d'infortune avaient décidé d'aller dans un bar à Meknès où Mohamed El Cadi, le directeur du bagne de la honte, avait l'habitude de passer toutes ses journées à se saouler. Ils voulaient voir de près le tortionnaire qui s'était ingénié à les faire souffrir durant les dix-huit ans de leur incarcération. « Je regardais intensément le monstre, raconte Merzouki […] Pourtant, ajoute-t-il, j'avais beau essayer de le haïr, je n'y arrivais pas, […] il ne le méritait même pas. » (Tazmamart, cellule 10, 316). La haine est une passion énergivore qui épuise son hôte et le dévore de l'intérieur. Comme le remarque Houda, la fille de Salah Hachad, le drame de Tazmamart fait comprendre que « le désir de vengeance est néfaste » ; les victimes ne doivent pas « ressembler au Mal dans ses agissements et dans ses sentiments. » (Les Emmurés de Tazmamart, 299). La même conclusion est tirée par le narrateur de Cette aveuglante absence de lumière dont le projet mystique consiste à s'élever au-dessus des bassesses et de la mesquinerie des hommes. La haine, constate-t-il, empoisonne en premier celui qu'elle habite. Évoquant son père qui l'a renié après les événements de Skhirat, il affirme :

Il aurait été plus facile de le haïr, d'avoir du ressentiment et de cultiver un besoin de vengeance. Mais cette facilité était piégée : on commence par s'ouvrir à la haine, et puis elle vous empoisonne le sang et vous en crevez. (Cette aveuglante absence de lumière, 192)

31 Le rescapé du bagne qui se laisserait prendre dans les filets de la rancune resterait à jamais esclave de l'objet haï. Jamais, il ne saura le vrai goût de la liberté tant que son esprit et son âme ne s'affranchissent pas de la haine qui les enchaîne au passé et à la douleur. Peut-être que toutes les victimes ne possèdent pas la force morale de pardonner, mais toutes doivent avoir la force de résister aux passions vindicatives destructrices. C'est à ce prix seulement qu'elles peuvent accéder à la vraie liberté.

Il fallait surmonter cette idée de vengeance définitivement, affirme le narrateur de Tahar ben Jelloun. Être au-delà. Ne plus donner prise à ses tourments […] c'était de nouveau le signe d'un état que j'aimais par-dessus tout : j'étais un homme libre. (Cette aveuglante absence de lumière, 193)

32 Si la haine, comme passion stérile, ne motive pas le récit de l'abject, quelle autre force impérieuse peut-elle pousser les rescapés à braver l'interdiction des autorités qui les somment de la boucler , de passer l'éponge ? Quelle envie irrésistible les amène à partager les souvenirs malheureux de leur infortune ? Raconter l'horreur de Tazmamart ne réveille-t-il pas en eux les durs et douloureux souvenirs du bagne ? Tous ces récits ne sont-ils pas, comme le dit Raïss à la fin de son témoignage, un « triste récit d'une âme meurtrie » (De Skhirat à Tazmamart, 390). Ces témoins de l'abominable bastille trouvent-ils un quelconque plaisir à tourner le couteau dans la plaie ? « C'est avec amertume et dégoût que j'ai écrit ce livre en pensant malgré moi à ces atrocités vécues […] Malgré tout, continue Mohammed Raïss, je ne peux pas taire ces choses » (De Skhirat à Tazmamart, 7). Pourquoi cette incapacité de garder le silence ? Raïss évoque au moins deux raisons suffisantes pour justifier ce besoin irrépressible de témoigner.

33 La première raison est liée au devoir de mémoire. Le rescapé s'est fait la promesse de raconter les misères, l'angoisse et l'horreur du bagne dès sa sortie « pour que pareille tragédie ne se reproduise plus » (De Skhirat à Tazmamart, 5). L'Histoire d'une nation doit consigner ses moments de gloire, mais aussi ses dérapages, ses moments de honte et de faiblesse. Elle doit avoir le courage de se regarder dans le miroir de ses actes, tirer une fierté de ses exploits et se repentir devant ses erreurs. C'est à ce prix seulement que la réconciliation avec soi devient possible et profitable. « C'est en reconnaissant ses erreurs qu'un État devient grand et puissant » (De Skhirat à Tazmamart, 7). Pour Raïss, il fallait raconter cet épisode sombre de l'histoire du pays non seulement pour en tirer des enseignements et ne pas répéter les mêmes horreurs, mais aussi pour réhabiliter la mémoire des victimes qui ont péri dans des conditions barbares et qui ont été enterrées dans des tombes anonymes sans aucune forme de cérémonie. S'abstenir de raconter l'horreur de Tazmamart, ç'aurait été trahir leur mémoire et les condamner à un oubli encore pire que la mort. Les récits de Tazmamart sont autant de stèles commémoratives destinées aux personnes oublieuses. Ils immortalisent « la mémoire de ces enfants des ténèbres qui depuis leur ensevelissement n'ont jamais revu le soleil jusqu'à leur enterrement dans la cour, sans linceuls, sans ablutions et sans prières. » (De Skhirat à Tazmamart, 6). Face à un régime qui voulait effacer les traces de son crime et ravauder la virginité perdue de son image d'État de droit, il fallait rétablir et sauvegarder la vérité.

34 La deuxième raison est personnelle. Le survivant du bagne est un être traumatisé, habité par la peur, labouré par la douleur. Il a besoin de parler de son épreuve parce que dix-huit années de son existence se sont déroulées derrière les oubliettes pestilentielles du mouroir. « Mon passé, affirme Raïss, fait partie de mon existence, je ne peux pas le renier, c'est comme si je coupais une partie de mon corps. » (De Skhirat à Tazmamart, 344). Dans ces conditions, se taire équivaudrait non seulement à une trahison, mais aussi à une auto-mutilation. La parole acquiert une vertu thérapeutique et socialisante fondamentale. Grâce à son effet cathartique, à défaut de soigner le mal, la parole en atténue les effets : « je voudrais me débarrasser de ce cauchemar qui me hante » (De Skhirat à Tazmamart, 5), proclame Raïss au début de son récit.

35 Les deux motivations du témoignage évoquées par Mohammed Raïss sont invoquées par les autres rescapés. Ignace Dalle, le préfacier de Tazmamart, cellule 10, dénonce les agissements du régime qui multiplie les manœuvres pour bâillonner les ex-détenus du bagne et les empêcher de mener à terme l'exorcisme de l'épouvantable période dont ils gardent encore les effroyables séquelles. « Pourquoi reprochez-vous à quelqu'un qui brûle sur des charbons ardents de crier sa douleur ? » (Tazmamart, cellule 10, 326), s'indigne Merzouki. Empêcher le supplicié de crier, c'est le torturer doublement. Face aux menaces de l'autorité qui rappelle aux survivants qu'elle a la main longue et qu'elle peut toujours les ramener à l'enfer s'ils s'avisent de transgresser le tabou ou de rompre le cercle du silence, Merzouki, démoralisé et désespéré, refuse de se taire, considérant que la lamentable résignation des sujets et leur lâcheté encouragent les tortionnaires à aller jusqu'au bout de leur entreprise destructrice.

Je ressentais le besoin pressant de témoigner, de dénoncer les atrocités de Tazmamart. Insupportable m'était l'idée d'avoir à me conformer aux ordres des responsables et de me taire lâchement alors que les gémissements des disparus ne cessaient de hanter ma mémoire. Les Marocains ont besoin de connaître la vérité, toute la vérité. À mes yeux, il était impératif de vider complètement l'abcès. (Tazmamart, cellule 10, 322)

36 La nécessité de lever le voile sur l'abominable bagne est ainsi rattachée au devoir d'informer l'opinion publique marocaine. La vérité a beau être dure, amère et choquante, elle vaut mille fois mieux que le mensonge que l'État voulait entretenir au détriment de la mémoire des disparus et des victimes. Comme dit le proverbe marocain, à quoi sert le rouge à lèvre sur de la morve ? À quoi bon maquiller la réalité si, au fond, la gangrène continue son œuvre destructrice ? L'image médicale de l'abcès qu'il faut crever pour faciliter la guérison est expressive. Une réconciliation de l'État marocain avec soi et avec ses citoyens n'est possible qu'au prix de cette franchise et de cette acceptation d'une remise en cause de ses erreurs.

37 Outre la liberté d'exprimer la douleur pour exorciser le mal, Merzouki revendique le devoir de réhabiliter la mémoire des victimes enterrées à la hâte dans la cour du bagne, sous des pelletées de chaux vive et des plaques de tôle ondulée. Les survivants sont hantés par le souvenir de leurs compagnons d'infortune qui ont rendu l'âme dans d'atroces souffrances sans jamais revoir le soleil. Comme un triste requiem, le récit de Merzouki consacre un chapitre entier – (chapitre 13) « In Memoriam » – à la mémoire des défunts dont le calvaire ne doit pas rester inconnu à leurs compatriotes :

En évoquant ici quelques-unes de ces disparitions, nous ne voulons pas seulement rendre un dernier hommage à nos camarades, mais faire en sorte que nos compatriotes respectent leur mémoire et n'oublient jamais le calvaire qu'ils ont subi du fait de la cruauté et de l'inhumanité de certains de nos responsables.

38 Si ces victimes ont été incarcérées parce qu'elles ont été entraînées dans le sillage d'un coup d'État fomenté par leurs supérieurs, elles ont subi un traitement cruel et illégal où les droits les plus élémentaires du prisonnier ont été bafoués15. Cela en fait des martyrs du droit que la nation doit honorer et réhabiliter. En ce sens, la parole n'est pas seulement un moyen qui permet de dire la douleur et d'honorer les victimes, elle est aussi un outil de communication qui permet au rescapé de retrouver la chaleur de la commisération humaine. « La parole, écrit Ignace Dalle en évoquant le cas de Merzouki, le libérait […] Le verbe l'aidait à retrouver un minimum de confiance dans les hommes. » (Tazmamart, cellule 10, 4-5)

39 Aziz Binebine, quant à lui, considère que toute la funeste histoire de Tazmamart est une affaire de terreur. Le pouvoir, dans un moment de fragilité, voulait ériger un mythe capable de frapper l'imaginaire de ses opposants et réprimer ainsi durablement leurs ardeurs révolutionnaires. C'était « une vengeance programmée […] un châtiment pour l'exemple » (Les emmurés de Tazmamart, 57). Ayant exécuté hâtivement les têtes pensantes des putsch, il ne restait à la machine répressive du pouvoir que les exécutants qui ont écopé de longues peines. Il fallait donc soumettre une soixantaine de subordonnés à un régime carcéral infernal pour les transformer en exemple, ou mieux, en un épouvantail qui met en garde quiconque, dans l'institution militaire comme dans la classe politique, oserait encore attenter à la vie du chef suprême de l'État. Au fond, ce n'est pas l'emprisonnement lui-même qui est contesté par les prisonniers, mais les conditions inhumaines et horribles qui ont donné à un jugement du tribunal les allures d'une vengeance irrationnelle et illégale. Les miraculés qui ont, contre toute attente, survécu au régime infernal du bagne se considèrent par conséquent comme les dépositaires d'une mémoire qu'il faut préserver contre l'indifférence et contre l'oubli. En apprenant que les autorités ont envoyé des bulldozers pour détruire le bagne et effacer les vestiges du crime, le narrateur de Tahar ben Jelloun soutient que la négation de l'horreur est pire que l'horreur même (voir, Cette aveuglante absence de lumière, 232). Au lieu de reconnaître ses méfaits, l'État préfère fuir en avant et se précipite à camoufler la honte, se cantonnant ainsi dans une attitude de déni malsaine. S'il est aisé d'effacer les preuves matérielles de la torture systématique subie par les prisonniers à Tazmamart, il est bien plus difficile de formater les mémoires des survivants :

Si des soldats réussissent à effacer les traces du bagne, jamais ils n'arriveront à effacer de notre mémoire ce que nous avons enduré. Ah, ma mémoire, mon amie, mon trésor, ma passion ! (Cette aveuglante absence de lumière, 233).

40 En comparaison avec les autres récits du bagne de la honte, les mémoires de Salah Hachad et de sa femme, composés par Abdelhak Serhane, adoptent un ton plus amer et moins conciliant. Dès les premières pages de l'ouvrage, l'objectif principal est clairement annoncé. Les mémoires sont dédiés au Maroc des années sombres dont il faut préserver le souvenir contre toute amnésie pour éviter une reproduction des mêmes dérives, mais aussi au Maroc d'aujourd'hui « pour refuser l'oubli, l'arbitraire, l'impunité [...] et dire à ceux qui trahissent que l'histoire n'oublie pas. » (Les Emmurés de Tazmamart, 7). Pour Hachad, parler de Tazmamart c'était aussi braver l'interdiction du système qui avait mobilisé tous « ses moyens de répression au service de sa paranoïa » (Les Emmurés de Tazmamart, 151) pour imposer le silence aux esprits malveillants et impertinents qui guettent l'instant propice pour ternir l'image du pays. La liberté reconquise restait bancale et insipide tant que les survivants étaient obligés de se taire et d'oublier. C'était compter sans la résistance des survivants qui se considèrent comme « les dépositaires d'un pan de l'histoire […] investis d'une mission ; celle de vivre pour témoigner plus tard, dire l'horreur […] dénoncer les tortionnaires des temps modernes et remettre les pages de l'histoire du Maroc dans le bon ordre.» (Les Emmurés de Tazmamart, 162). Pour Hachad et sa famille, au-delà de la survie, la vraie victoire sur la tyrannie consiste à témoigner contre les systèmes totalitaires qui se repaissent de la souffrance des hommes et se plaisent dans l'arbitraire.

41 Le témoignage n'est pas uniquement un exutoire de la douleur, un déversoir de l'horreur qui soulage la souffrance du survivant. Outre ses fonctions thérapeutique et cathartique, la parole est un support essentiel de la transmission d'un enseignement profitable à l'ensemble de la communauté. En racontant leur histoire, les rescapés veulent, certes, susciter la solidarité et le soutien moral de leurs concitoyens, mais, par-delà l'effet pathétique, ils souhaitent également exorciser l'imaginaire collectif de la peur insidieuse qui habite tous les Marocains et les rend particulièrement vulnérables à l'oppression. Il ne faut pas se méprendre, Tazmamart n'est pas un trou perdu quelque part dans le sud-est du Maroc, elle est, par sa symbolique répressive et tyrannique, tapie « dans la tête de chaque citoyen marocain » (Les Emmurés de Tazmamart, 301). Le bagne de Tazmamart était un microcosme qui reflétait la situation et la mentalité politiques du pays tout entier. Pour cette raison, l'histoire de Tazmamart et de ses détenus ne doit pas être oubliée, car « l'histoire de ces hommes est tout simplement l'histoire de chacun de nous. » (Les Emmurés de Tazmamart, 301). C'est dans ce sens qu'il faut considérer la multiplication des récits du bagne comme un événement très sain qui traduit, sinon la défaite de la terreur, du moins son recul et son affaiblissement considérable. Tous les pays, même les plus grandes démocraties, peuvent connaître des dérapages et des moments de crise. Cela fait partie de la logique historique. Les victimes garderont toujours des cicatrices, des séquelles et des regrets. L'essentiel est de ne pas sombrer dans la haine ou dans le déni. Grâce aux témoignages, l'humain reprend le dessus. La voie du pardon et de la réconciliation est grandement ouverte. L'espoir est permis.


SEMLALI Mohamed

Bibliographie.

▪ Textes supports


BEN JELLOUN, Tahar, Cette aveuglante absence de lumière, Seuil, coll. Points, 2001
BINEBINE, Aziz, Tazmamort, Récit de vie, Le Fennec poche, Casablanca, 2015
MARZOUKI, Ahmed, Tazmamart cellule 10, éd. Tarik, 2013
RAISS, Mohammed, De Skhirat à Tazmamart, retour du bout de l'enfer, Afrique Orient, 3e édition, 2011
SERHANE, Abdelhak, Kabazal. Les emmurés de Tazmamart, Mémoires de Salah et Aïda Hachad, éd. Tarik, coll. Témoignages, 2009 (nouvelle édition)

Textes critiques :


BLANCHOT, Maurice, L'écriture du désastre, Gallimard, 1980.
FOUCAULT, Michel, Surveiller et punir, naissance de la prison, Gallimard, 1975
JANKELEVITCH, Vladimir, L'imprescriptible, Pardonner ? Dans l'honneur et la dignité, Seuil, coll.points, 1996
KRISTEVA, Julia, Pouvoirs de l'horreur, Seuil, coll.points essais, 1980
RICOEUR, Paul, La mémoire, l'histoire, l'oubli, Seuil, coll.points, 2000
TODOROV, Tzvetan, Face à l'extrême, Seuil, coll. La couleur des idées, 1991
TODOROV, Tzvetan, La peur des barbares, éd. Robert Laffont, Le livre de poche, Paris, 2008

Notes

1 Abdelhak SERHANE, Kabazal, Les Emmurés de Tazmamart, mémoires de Salah et Aïda Hachad, Tarik éditions, 2003 et 2009, p.96
2 Tahar BEN JELLOUN, Cette aveuglante absence de lumière, Seuil, 2001, p.232
3 Cet article est basé sur les récits de quatre survivants du bagne : Ahmed Merzouki, Mohammed Raïs, Aziz Binbine et Salah Hachad.
4 Les Emmurés de Tazmamart, mémoires de Salah et Aïda Hachad, op.cit., p.305
5 Zmar, en dialecte argotique marocain, désigne la merde et, plus généralement, tout ce qui suscite le dégoût.
6 Mohammed RAISS, De Skhirat à Tazmamart, Retour du bout de l'enfer, éd. Afrique Orient, 2001 et 2011, p.345
7 Ahmed MERZOUKI, Tazmamart, cellule 10, Tarik éditions, témoignages, Casablanca 2013, p.305
8 Tahar BEN JELLOUN, Cette aveuglante absence de lumière, Seuil, 2001, p.246
9 Aziz BINEBINE, Tazmamort, Récit de vie, Le Fennec poche, Casablanca, 2015, p.228
10Il est à noter que Cette aveuglante absence de lumière de Tahar Ben Jelloun est une adaptation des mémoires de Aziz Binebine.
11Voir la page 135 : « Pour avancer dans ce désert, il fallait s'affranchir de tout. Je compris que seule une pensée qui arrive à s'affranchir de tout nous introduit dans une paix subtile que j'appellerai extase. »
12 Tzvetan TODOROV, La Peur des barbares, éd. Robert Laffont, Le livre de poche, Paris, 2008, p.36
13 Tazmamart cellule 10 , op.cit., p.345
14 Tzvetan TODOROV, Face à l'extrême, Seuil, points, 1991, ch1
15Ces droits sont, en partie, souligné dans l'article 5 de la Déclaration des droits de l'Homme qui interdit la torture et les traitements inhumains : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. »in, « Déclaration universelle des droits de l'homme», 1948, en ligne 3 juil. 2010, http://www.un.org/fr/documents/udhr/
Mots-clés : Prison | littérature carcérale | Tazmamart | parole | exorcisme

Pour citer cet article :
SEMLALI, Mohamed, "La parole et l’exorcisme du mal dans les récits de Tazmamart. ", in L'ombre du bagne. La littérature carcérale au Maroc et ailleurs. [isbn:9789954990551], pp.57-86


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